BOEING, CHAM­PIONNE DE LA VENTE AU RA­BAIS

Cette se­maine, Wa­shing­ton se pro­non­ce­ra de nou­veau sur la plainte de Boeing contre Bom­bar­dier, cette fois sur la ques­tion de la vente d’avions au ra­bais. Do­maine dans le­quel l’en­tre­prise amé­ri­caine est cham­pionne, se­lon notre chro­ni­queur Jean-Phi­lippe Déc

La Presse - - CAHIER A - JEAN-PHI­LIPPE DÉCARIE

La stu­pé­fac­tion qu’a gé­né­rée au Qué­bec cette se­maine la dé­ci­sion du dé­par­te­ment amé­ri­cain du Com­merce d’im­po­ser des droits com­pen­sa­teurs de 220% sur les avions C Se­ries de Bom­bar­dier ven­dus aux États-Unis peine à se dis­si­per tel­le­ment la dé­marche qui a conduit à cette dé­ci­sion a été tein­tée de mau­vaise foi, tant du cô­té du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain que du cô­té du construc­teur Boeing. Le pire, c’est que le cirque re­prend la piste la se­maine pro­chaine.

On le sait tous, la ré­ac­tion des au­to­ri­tés amé­ri­caines du Com­merce à l’égard de la plainte for­mu­lée par Boeing – qui ac­cu­sait Bom­bar­dier d’avoir pro­fi­té abu­si­ve­ment de sub­ven­tions des gou­ver­ne­ments du Qué­bec et du Ca­na­da pour fi­nan­cer le dé­ve­lop­pe­ment de la C Se­ries – a si­dé­ré tout le monde tel­le­ment sa dé­ci­sion a été dé­me­su­rée.

Même Boeing, qui sou­hai­tait l’im­po­si­tion d’un droit com­pen­sa­teur de 80%, taux que beau­coup ju­geaient dé­jà ex­ces­sif, n’en de­man­dait sû­re­ment pas au­tant.

La pro­chaine étape, avant que le dé­par­te­ment du Com­merce des États-Unis ne rende sa dé­ci­sion fi­nale en fé­vrier pro­chain, se­ra la dé­ter­mi­na­tion mer­cre­di pro­chain du droit pu­ni­tif an­ti­dum­ping que sou­haite voir im­po­ser Boeing sur tous les avions de la C Se­ries ven­dus aux États-Unis.

Si on a eu une in­di­ca­tion de la mau­vaise foi du dé­par­te­ment du Com­merce mar­di der­nier alors qu’il a pra­ti­que­ment tri­plé le droit com­pen­sa­teur es­pé­ré par Boeing, qu’est-ce que ce se­ra la se­maine pro­chaine, alors que le géant amé­ri­cain a plai­dé pour l’im­po­si­tion d’un droit an­ti­dum­ping de 143%?

Wa­shing­ton va-t-il ac­cor­der une sur­taxe de 400% ad­di­tion­nelle à celle de 220% dé­jà sou­hai­tée sur tous les avions ven­dus par Bom­bar­dier aux États-Unis ?

Dans le flot conti­nu de ré­ac­tions qu’a sus­ci­tées de­puis mar­di der­nier la dé­ci­sion pré­li­mi­naire du dé­par­te­ment du Com­merce, bon nombre d’ob­ser­va­teurs de par­tout dans le monde ont sou­li­gné l’hy­po­cri­sie avec la­quelle Boeing avait mené son com­bat.

L’en­tre­prise que de nom­breux mé­dias amé­ri­cains dé­crivent comme la so­cié­té la plus sub­ven­tion­née des États-Unis, grâce à ses con­trats mi­li­taires et à ses dé­penses en re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment, conteste le trai­te­ment de fa­veur in­juste que les gou­ver­ne­ments ca­na­diens ont ac­cor­dé à Bom­bar­dier pour lui per­mettre de ve­nir la concur­ren­cer dans son propre mar­ché.

Si Qué­bec a in­ves­ti 1 mil­liard US pour prendre une par­ti­ci­pa­tion de 49% dans la C Se­ries, Boeing a ob­te­nu l’équi­valent en sub­ven­tions di­verses de la part des gou­ver­ne­ments de l’Il­li­nois et de la Ville de Chi­ca­go lors­qu’elle a ac­cep­té d’y dé­mé­na­ger son siège so­cial, au dé­but des an­nées 2000.

Des pertes à chaque vente

Mer­cre­di pro­chain, le dé­par­te­ment du Com­merce des États Unis va dé­ci­der quelle pé­na­li­té il en­tend im­po­ser à Bom­bar­dier pour avoir ven­du ses 75 avions C Se­ries à un prix in­fé­rieur à leur coût de pro­duc­tion.

Boeing sou­haite un droit mi­ni­mal de 143%, pour­tant l’en­tre­prise amé­ri­caine est une cham­pionne de la vente d’avions au ra­bais.

À lui seul, son plus ré­cent pro­gramme de jets 787 Dream­li­ner, en pro­duc­tion de­puis 2011, a ac­cu­mu­lé près de 30 mil­liards US de pertes en rai­son des dé­pas­se­ments de coûts et des ra­bais ac­cor­dés aux trans­por­teurs aé­riens.

Le prix de ca­ta­logue du Dream­li­ner va­rie, se­lon les versions, de 220 à 305 mil­lions. Pour­tant, de­puis 2011, Boeing a ven­du des cen­taines d’ap­pa­reils à un prix de 100 mil­lions, net­te­ment au-des­sous de leur coût de re­vient.

Se­lon un rap­port de re­cherche réa­li­sé par la banque al­le­mande d’in­ves­tis­se­ment Be­ren­berg, pu­blié en mars der­nier, Boeing su­bis­sait des pertes de 50 mil­lions pour chaque ap­pa­reil qu’elle ven­dait 100 mil­lions.

Ce n’est qu’à par­tir de l’an pro­chain que l’avion­neur va com­men­cer à faire de l’ar­gent sur son nou­veau mo­dèle 787, lors­qu’il se dé­taille­ra au-des­sus de la marque des 150 mil­lions.

Boeing a sau­té sur le cas de Bom­bar­dier parce que l’en­tre­prise a su­bi une perte dans ses états fi­nan­ciers dès la si­gna­ture du contrat avec Del­ta, en confor­mi­té avec sa comp­ta­bi­li­té d’exer­cice.

De son cô­té, Boeing uti­lise une comp­ta­bi­li­té de pro­gramme, ce qui lui per­met de dif­fé­rer ses coûts de dé­ve­lop­pe­ment sur la du­rée de vie de l’avion qu’il com­mer­cia­lise.

Boeing pré­voit li­vrer 1300 Dream­li­ner et elle ré­par­tit l’en­semble de sa perte de 30 mil­liards sur cha­cun des 1300 avions qu’elle li­vre­ra dans le temps. Contrai­re­ment à Bom­bar­dier, ses pertes n’ap­pa­raissent pas au bi­lan, mais, de­puis huit ans, le construc­teur vend lui aus­si ses avions au-des­sous de leur coût de fa­bri­ca­tion.

S’agit-il de dum­ping pour au­tant? Il se­ra in­té­res­sant de voir quel trai­te­ment en­tend ré­ser­ver mer­cre­di pro­chain le dé­par­te­ment du Com­merce amé­ri­cain à la re­quête de Boeing. Est-ce que la mau­vaise foi fe­ra en­core loi?

Se­lon un rap­port de re­cherche réa­li­sé par la banque al­le­mande d’in­ves­tis­se­ment Be­ren­berg, pu­blié en mars der­nier, Boeing su­bis­sait des pertes de 50 mil­lions pour chaque ap­pa­reil qu’elle ven­dait 100 mil­lions.

PHO­TO MIC SMITH, AR­CHIVES LA PRESSE CA­NA­DIENNE

PHO­TO AS­SO­CIA­TED PRESS

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