DROUIN SOUS LES PROJECTEURS

La Presse - - CAHIER A -

Le jeu com­mence dans le ter­ri­toire des Moo­se­heads d’Ha­li­fax. Jo­na­than Drouin in­ter­cepte la passe d’un ri­val et lance son équipe à l’at­taque. Une fois en zone ad­verse, il pré­pare une pre­mière chance de mar­quer pour son co­équi­pier Kon­rad Abelt­shau­ser, mais Ja­cob Bren­nan fait l’ar­rêt.

Les Moo­se­heads main­tiennent la pres­sion et le dé­fen­seur Bren­dan Duke tire de nou­veau sur le gar­dien. Le re­tour se re­trouve sur le bâ­ton de Drouin. Que le spec­tacle com mence !

Chris­tophe La­lan­cette se fait étour­dir deux fois plu­tôt qu’une par Drouin, qui fi­nit par le dé­jouer, avant d’en­sor­ce­ler An­tho­ny Gin­gras, puis de ti­rer au fi­let. Ar­rêt. Drouin se pré­ci­pite vers la rampe pour ré­cu­pé­rer la ron­delle, non sans bous­cu­ler le pauvre La­lan­cette.

Re­voi­ci Drouin, qui se moque cette fois d’Alexandre Gos­se­lin, avant de for­cer Bren­nan à s’age­nouiller et de re­fi­ler la ron­delle de­vant le fi­let.

« Je le re­gar­dais al­ler et je me di­sais que je de­vais me te­nir près du fi­let pour être prêt à mar­quer. J’avais un siège en pre­mière ran­gée pour as­sis­ter à ça! Mais je n’avais pas le droit de manquer mon coup.»

Ce­lui qui parle, c’est Ste­fan Four­nier. Et non, il n’a pas man­qué son coup en ce 24 fé­vrier 2013. Le ca­pi­taine des Moo­se­heads a pro­fi­té de sa chance pour mar­quer un de ses 35 buts de cette sai­son-là. Pro­ba­ble­ment son but le plus cé­lèbre, puisque la vi­déo a été consul­tée 350 000 fois sur YouTube. Même si au bout du compte, per­sonne ne re­marque vrai­ment qui marque... «Les gens m’en parlent tou­jours et ne réa­lisent pas que c’est moi qui marque!»

« C’était une ver­sion ex­trême de ce qu’il fai­sait toute la sai­son, rap­pelle Four­nier, un an­cien de l’or­ga­ni­sa­tion du Ca­na­dien. C’était sa plus belle sé­quence, mais pas la seule. C’était juste nor­mal de le voir jouer comme ça.»

Quatre mois après cette folle sé­quence, une Coupe Me­mo­rial plus tard, le Light­ning de Tam­pa Bay re­pê­chait Drouin au troi­sième rang du re­pê­chage de 2013.

Fou, ex­ces­sif

À bien des égards, on ne change pas beau­coup en vieillis­sant. Shea We­ber était un gar­çon ti­mide. En­core au­jourd’hui, c’est un homme peu ba­vard. De fa­çon si­mi­laire, le Jo­na­than Drouin de 22 ans que le Ca­na­dien a ac­quis en juin est le même que cer­tains ont connu en­fant, adolescent, jeune adulte. Ça com­mence par son ta­lent, su­pé­rieur à la norme.

« Jo­na­than avait 9 ou 10 ans. On avait per­du 9-8, et les neuf buts de l’autre équipe avaient été mar­qués par le même gars! Après le match, on a par­lé à son oncle et on a in­vi­té Jo­na­than à notre école de ho­ckey », se sou­vient Jon Goyens, en­traî­neur­chef de l’équipe mid­get AAA des Lions du Lac Saint-Louis.

Goyens a cô­toyé Drouin en été, dans le cadre d’écoles de ho­ckey, avant de le di­ri­ger à temps plein chez les Lions au ni­veau mid­get AAA pen­dant une sai­son et de­mie. Il a alors dé­cou­vert un ado pas­sion­né du ho­ckey, par­fois à l’ex­cès.

«Dé­jà, tu voyais qu’il était fou du ho­ckey, in­siste Goyens. Il vou­lait vivre à l’aré­na. Dans le mid­get AAA, il vou­lait res­ter des heures sur la pa­ti­noire, re­gar­der des vi­déos, échan­ger des idées avec les en­traî­neurs. Il pou­vait res­ter en équi­pe­ment 45 mi­nutes après le match, il ve­nait dans le bu­reau pour nous de­man­der de re­voir telle sé­quence pour ap­por­ter des cor­rec­tifs. S’il avait fait quelque chose de bon avec la ron­delle, il vou­lait aus­si le re­voir.

« Sou­vent, dans ces cas-là, ce sont les pa­rents qui exa­gèrent, qui amènent le jeune dans trois aré­nas dif­fé­rents la même jour­née. Mais Jo­na­than, ça vient de lui. Des fois, il fal­lait lui dire: “de­main, c’est une jour­née off, on barre les portes!” Mais des fois, on lui en don­nait plus. Quand tu as un ar­tiste, tu ne peux pas tou­jours lui dire que le stu­dio est bar­ré. Des fois, il voyait un jeu de Pa­vel Dat­syuk la veille et vou­lait l’es­sayer, donc on lui lais­sait 30 mi­nutes de glace. »

Ce cô­té ex­ces­sif, Drouin ne le dé­ployait pas que sur la pa­ti­noire.

«Il se donne tou­jours à fond au gym­nase. Plus jeune, il fal­lait faire at­ten­tion, car il avait ten­dance à pous­ser un peu trop fort, ra­conte Paul Ga­gné, son pré­pa­ra­teur phy­sique de­puis plu­sieurs an­nées. Il me fait pen­ser à Jus­tine Du­fourLa­pointe. Ces jeunes-là ar­rivent au gym et ils ne sont pas là pour avoir du fun.

«On lui a ap­pris à do­ser ses ef­forts, mais il reste très com­pé­ti­tif. Plu­sieurs de nos ap­pa­reils sont re­liés à des or­di­na­teurs, donc il peut com­pa­rer ses ré­sul­tats avec ceux des autres ath­lètes. S’il n’est pas le meilleur, il va es­sayer de les battre. Et en gé­né­ral, il va réus­sir. »

« Dé­jà, tu voyais qu’il était fou du ho­ckey. Il vou­lait vivre à l’aré­na. Dans le mid­get AAA, il vou­lait res­ter des heures sur la pa­ti­noire, re­gar­der des vi­déos, échan­ger des idées avec les en­traî­neurs. » — Jon Goyens, des Lions du Lac Saint-Louis

PHO­TO PAUL CHIASSON, LA PRESSE CA­NA­DIENNE

PHO­TO YAN DOUBLET, LE SO­LEIL

Jo­na­than Drouin dans la mar­mite mon­tréa­laise : le jeune dé­barque dans un bas­sin de par­ti­sans qui n’at­tend que la chance d’adu­ler une ve­dette qué­bé­coise.

PHO­TO FOUR­NIE PAR LA FA­MILLE

Jo­na­than Drouin alors qu’il jouait pour les Lions du Lac Saint-Louis dans le Mid­get AAA.

GUILLAUME LEFRANÇOIS

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