Le pour et le contre

La Presse - - MUNICIPALES 2017 - SUZANNE COLPRON

Ras­sem­bleuse, dé­ter­mi­née, vraie, connec­tée, saine, éner­gique... Ce sont les mots qui re­viennent quand on sonde l’en­tou­rage de Va­lé­rie Plante. Ses op­po­sants es­timent quant à eux qu’elle manque de pro­fon­deur, d’ex­pé­rience, qu’elle a des idées dé­con­nec­tées de la réa­li­té. Et qu’elle peut jouer très dur pour ar­ri­ver à ses fins.

Luc Fer­ran­dez (Pro­jet Mon­tréal) :

« La même éner­gie que M. Co­derre » Pen­dant la cam­pagne à la di­rec­tion, Luc Fer­ran­dez a de­man­dé aux sym­pa­thi­sants de son par­ti d’ap­puyer la can­di­da­ture de Va­lé­rie Plante, de la­quelle il est «proche idéo­lo­gi­que­ment», contre celle de Guillaume La­voie, qu’il juge trop à droite. «Je suis ad­mi­ra­tif quand je la vois por­ter le poids du par­ti sur ses épaules, confie-t-il. Can­di­dat à la mai­rie, c’est un mé­tier en soi. Il faut ren­con­trer des mil­liers de per­sonnes, sa­tis­faire des cen­taines de demandes, ten­ter de voir plus loin, de voir les en­jeux pré­cis, trou­ver les bonnes per­sonnes avec qui tra­vailler. Va­lé­rie fait ça avec éner­gie et cou­rage. Elle est in­fa­ti­gable. Je dé­tes­tais beau­coup de choses chez M. Co­derre, mais je dois dire que c’est un gros tra­vailleur élec­to­ral. Car, en plus du tra­vail de chef, il y a le tra­vail élec­to­ral. Il faut être par­tout, ac­cep­ter d’être vu, constam­ment ex­po­sé, re­ce­voir des cri­tiques. Va­lé­rie a la même éner­gie que M. Co­derre du point de vue élec­to­ral, sans avoir ses dé­fauts de cen­tra­li­sa­tion, de ty­ran­nie et d’ego. Elle est simple, saine, terre-à-terre, brillante et ac­ces­sible. »

Cathy Wong (Équipe Co­derre) :

« Ja­mais on ne m’a par­lé comme ça » Mi­li­tante fé­mi­niste et ex-pré­si­dente du Con­seil des Mont­réa­laises, Cathy Wong, 32 ans, vient de faire le saut en po­li­tique mu­ni­ci­pale. Elle ten­te­ra de se faire élire dans le dis­trict Pe­ter-McGill avec Équipe Co­derre. La Presse a ob­te­nu d’une source un échange de tex­tos entre elle et Va­lé­rie Plante, qui es­saie de la per­sua­der de por­ter les cou­leurs de Pro­jet Mon­tréal. «Une des choses que la course à la chef­fe­rie m’a prou­vées, c’est que les élec­teurs de gauche n’ont pas de respect pour les gens qui se laissent prendre dans les fi­lets de faux pro­gres­sistes. Guillaume La­voie en était un. Co­derre en est un aus­si!», écrit Va­lé­rie Plante. Plus loin, elle ajoute : « Si tu te lances avec Co­derre et dans ce dis­trict [Pe­ter-McGill], at­tache ta tuque avec de la broche ! » Ap­pe­lée à ré­agir, Mme Wong nous a dit: «Les échanges que j’ai eus avec Va­lé­rie m’ont confir­mé que je ne me re­con­nais­sais pas dans ce par­ti. Je n’ai pas en­vie de créer une guerre entre femmes. Au contraire, je trouve im­por­tant d’en­cou­ra­ger les femmes à al­ler en po­li­tique. Mais je n’ai pas ai­mé son ton : “tu es avec nous ou contre nous”. Ja­mais, en 15 ans, on ne m’a par­lé comme ça.» Mme Wong a aus­si per­du la chro­nique qu’elle te­nait au De­voir à la suite d’un cour­riel en­voyé par Pro­jet Mon­tréal, au len­de­main de sa dé­ci­sion, in­for­mant la di­rec­tion du jour­nal qu’elle al­lait se lan­cer en po­li­tique avec le maire. « J’ai pas­sé un mau­vais mois, avoue-t-elle. Je ne pen­sais pas que ça al­lait se dé­rou­ler comme ça. J’ai vé­cu de la co­lère.»

Be­noit Do­rais (Pro­jet Mon­tréal) :

« C’est une éponge. Elle ap­prend très vite. » Cour­ti­sé de tous bords, tous cô­tés, le maire de l’ar­ron­dis­se­ment du Sud-Ouest Be­noit Do­rais a fait le choix de se pré­sen­ter avec Pro­jet Mon­tréal. Pour­quoi? Va­lé­rie Plante. «Elle a ame­né de nou­veaux membres, beau­coup plus “mon­sieur et ma­dame Tout-le-Monde”, ex­plique-t-il. On parle en­core de mo­bi­li­té et de tran­sports en com­mun, mais dif­fé­rem­ment. Sans rendre cou­pable toute per­sonne qui fait un autre choix. C’est ça qui m’a sé­duit. Je l’ai re­gar­dée al­ler, j’ai pris mon temps avant de me dé­ci­der. » M. Do­rais es­time que Mme Plante a élar­gi la base des gens qui par­tagent les va­leurs de Pro­jet Mon­tréal. «Elle gagne à être connue, dit-il. Elle est là pour les bonnes rai­sons. Elle convainc par ses ac­tions, son cha­risme. Elle est vraie. C’est une éponge. Elle ap­prend très vite. »

Alexandre Taille­fer (as­so­cié prin­ci­pal, XPND Ca­pi­tal) :

Une bonne... cheffe de l’op­po­si­tion L’homme d’af­faires Alexandre Taille­fer, dont le CV est bien rem­pli, croit que Va­lé­rie Plante fe­rait une bonne... cheffe de l’op­po­si­tion à la mai­rie. «Elle fait son tra­vail, dit-il. Elle est al­lée ren­con­trer un pa­quet de gens. Elle est ra­fraî­chis­sante et amène du po­si­ti­visme, ce qui n’est pas tou­jours le cas des équipes de Pro­jet Mon­tréal. Il faut s’éloi­gner des po­si­tions in­té­gristes. On n’a pas be­soin de ça dans notre so­cié­té. » Pour ce qui est de De­nis

Co­derre, M. Taille­fer re­con­naît que son style ne plaît pas à tout le monde et qu’«il est aus­si sub­til qu’un 2 x 4», mais les dos­siers se réa­lisent à Mon­tréal. «De­puis quatre ans, la bonne hu­meur et la confiance sont re­ve­nues en ville. La der­nière chose que je vou­drais, c’est perdre ça. Mais est-ce que Mon­tréal bé­né­fi­cie­rait de Mme Plante comme cheffe de l’op­po­si­tion? Dé­fi­ni­ti­ve­ment.»

Ma­ja Vo­da­no­vic (Pro­jet Mon­tréal) :

« Elle n’a pas d’ego » La conseillère de La­chine Ma­ja Vo­da­no­vic a été la pre­mière à se ral­lier à Pro­jet Mon­tréal après la vic­toire de Va­lé­rie Plante comme cheffe. En jan­vier, deux mois après avoir cla­qué la porte d’Équipe Dau­phin, elle a an­non­cé qu’elle bri­gue­rait la mai­rie de La­chine pour la pre­mière fois. «Quand j’ai ren­con­tré Va­lé­rie, on ne s’est même pas pré­sen­tées. On a tout de suite com­men­cé à tra­vailler. J’ai beau­coup ai­mé ça. Elle n’a pas d’ego, elle ne joue pas de game. Ce qui la fas­cine, c’est de trou­ver des so­lu­tions. Moi aus­si. Va­lé­rie a une grande écoute, com­prend et re­tient ce qu’on lui dit. Je suis à l’aise avec elle. Je ne res­sens pas le be­soin de mettre des gants blancs. Moi, mon rôle, c’est de ser­vir mes ci­toyens. Pas de ser­vir le maire de Mon­tréal.»

Richard Ber­ge­ron (Équipe Co­derre) :

« C’est de­ve­nu un par­ti qui s’op­pose » Richard Ber­ge­ron, l’an­cien chef de Pro­jet Mon­tréal, pas­sé en 2014 dans le camp de son an­cien ad­ver­saire, connaît bien Va­lé­rie Plante pour l’avoir re­cru­tée en 2013. «Elle est ob­jec­ti­ve­ment char­mante, dit-il. Il n’y a pas de doute là-des­sus. Je ne croyais pas à l’époque qu’elle al­lait battre Louise Ha­rel. Ç’a été une heureuse sur­prise.» M. Ber­ge­ron note tou­te­fois que deux camps se sont af­fron­tés lors de la ré­cente course à la di­rec­tion de Pro­jet Mon­tréal: la droite et la gauche. «La droite a per­du, c’était Guillaume La­voie, dit-il. Le par­ti Pro­jet Mon­tréal a chan­gé. Il est très tein­té vers la gauche plu­tôt que vers l’équi­libre que j’avais créé. C’est de­ve­nu un par­ti qui s’op­pose. Je ne vois pas de pro­po­si­tions autres qu’on va faire des réunions ci­toyennes et qu’on va en ja­ser.» Pour M. Ber­ge­ron, il se passe quelque chose à Mon­tréal de­puis quelques an­nées. «La re­lance d’une ville, c’est fra­gile. Tout le cré­dit en re­vient à De­nis Co­derre. C’est très dif­fi­cile de faire re­naître une pé­riode de pros­pé­ri­té comme celle qu’on connaît à Mon­tréal pré­sen­te­ment. Mais c’est fa­cile de la faire dis­pa­raître.»

Ma­rie-Ève Ga­gnon (di­rec­trice de ca­bi­net, Pro­jet Mon­tréal) :

« Elle re­cherche le consen­sus » La nou­velle di­rec­trice de ca­bi­net, nom­mée à ce poste par Va­lé­rie Plante, était l’at­ta­chée de presse de Luc Fer­ran­dez. Comme Alexan­der Nor­ris, Ma­rie-Ève Ga­gnon trouve que « Va­lé­rie a une connexion avec les gens ». « C’est sin­cère, ins­tan­ta­né, im­pres­sion­nant et sys­té­ma­tique, énu­mère-t-elle. Elle veut faire em­bar­quer les gens et re­cherche le consen­sus. Elle est là avec son coeur et ses tripes. Les gens le sentent. Elle est aus­si prête à mettre de l’eau dans son vin pour que ça fonc­tionne. C’est une fille de ter­rain, une fille de proxi­mi­té. C’est une mère de fa­mille connec­tée, is­sue du mi­lieu com­mu­nau­taire. Le fait que son style soit à l’op­po­sé de De­nis Co­derre en fait une can­di­date in­té­res­sante. Elle est aus­si ponc­tuelle et à son af­faire. »

Éri­ka Du­chesne (Équipe Co­derre) :

Des « pro­messes ir­réa­listes » Après avoir sié­gé comme conseillère in­dé­pen­dante, l’an­cienne élue de Pro­jet Mon­tréal Éri­ka Du­chesne a dé­ci­dé de se joindre à l’Équipe Co­derre en mars 2016 comme can­di­date dans le dis­trict Fran­çois-Per­reault. «Au-de­là de la per­sonne, je suis sur­prise par les pro­messes ir­réa­listes que Va­lé­rie Plante pré­sente dans son pro­gramme. Elle pense pou­voir tout ré­gler d’un coup de ba­guette ma­gique. J’ai de la mi­sère à l’ima­gi­ner mai­resse.» Mme Du­chesne trou­vait amu­sant, par exemple, l’idée de la ligne rose lan­cée par Mme Plante pen­dant la cam­pagne à la di­rec­tion. « Mais de là à faire croire aux ci­toyens que c’est pos­sible de réa­li­ser cette ligne de mé­tro dans un pre­mier man­dat, c’est tout à fait utopique. Je trouve que plu­sieurs per­sonnes dans cette équipe manquent de ma­tu­ri­té. »

PHO­TO MAR­CO CAMPANOZZI, LA PRESSE

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