Pro­pa­gande 2.0

La Presse - - DEBATS - ARIANE KROL akrol@la­presse.ca

Après Fa­ce­book, c’est Twit­ter qui vient de pas­ser aux aveux : de faux comptes soup­çon­nés d’avoir été uti­li­sés par des in­té­rêts russes pour s’in­gé­rer dans les élec­tions amé­ri­caines ont été dé­tec­tés chez lui aus­si. Des ré­vé­la­tions qui confirment le be­soin urgent d’une plus grande res­pon­sa­bi­li­sa­tion de ces ré­seaux, et de leurs usa­gers.

Un peu plus de 200 comptes pro­blé­ma­tiques ont été re­pé­rés, a re­con­nu Twit­ter jeu­di. Au moins 22 avaient un lien di­rect avec des comptes dé­jà iden­ti­fiés par Fa­ce­book, et 179 autres y étaient re­liés.

Fa­ce­book, rap­pe­lons-le, a ad­mis au dé­but du mois qu’au moins 470 pages et comptes, ap­pa­rem­ment re­liés à une or­ga­ni­sa­tion consi­dé­rée comme un re­paire de trolls russes, avaient ache­té au moins 100 000$ de pu­bli­ci­té chez elle entre 2015 et 2017. La ma­jo­ri­té de ces 3000 pubs ne par­laient pas de la pré­si­den­tielle, mais je­taient de l’huile sur le feu dans des dé­bats comme le ra­cisme, l’im­mi­gra­tion ou le port d’arme. En­vi­ron le quart ci­blaient des ré­gions par­ti­cu­lières, a pré­ci­sé Fa­ce­book. Vi­saient-elles à mo­bi­li­ser les par­ti­sans de Trump ? Le peu d’in­for­ma­tions di­vul­guées jus­qu’ici ne per­met pas de le sa­voir, mais elles confirment à quel point la puis­sance de ces ré­seaux est fa­cile à dé­tour­ner.

Le fon­da­teur de Fa­ce­book s’est ex­cu­sé ré­cem­ment d’avoir qua­li­fié cette pos­si­bi­li­té « d’idée folle ». La di­rec­tion de Twit­ter, qui a dé­jà dit s’en re­mettre aux jour­na­listes (!), aux ex­perts et aux ci­toyens en­ga­gés pour cor­ri­ger les faus­se­tés émises sur son ré­seau, a aus­si chan­gé de ton. Elle est aus­si in­ter­ve­nue pour contre­car­rer les mes­sages frau­du­leux vi­sant à dé­tour­ner les par­ti­sans d’Hilla­ry Clin­ton des urnes en les in­ci­tant à «vo­ter par tex­to », a-t-elle rap­pe­lé cette se­maine.

Ces ré­seaux ont beau van­ter leurs ef­forts pour ré­pri­mer les abus, leur ré­ponse glo­bale laisse gran­de­ment à dé­si­rer. Il a fal­lu des mois de pres­sions pour que Fa­ce­book ac­cepte de four­nir ses 3000 pubs pro­blé­ma­tiques aux co­mi­tés de la Chambre et du Sé­nat qui en­quêtent sur la ques­tion. Et la pré­sen­ta­tion de Twit­ter à huis clos a beau­coup dé­çu jeu­di.

Les deux en­tre­prises ont in­té­rêt à mieux faire à l’au­dience pu­blique du 1er no­vembre, car elles jouent leur cré­di­bi­li­té. Que leurs don­nées ne soient pas suf­fi­santes pour re­cons­ti­tuer cette hy­po­thé­tique fi­lière russe, passe en­core. Elles vont ce­pen­dant de­voir dé­mon­trer qu’elles savent, et contrôlent, ce qui se passe dans ces ré­seaux qui sont de­ve­nus les prin­ci­pales, et dans bien des cas les seules, sources d’in­for­ma­tion d’in­nom­brables ci­toyens.

Les « fausses nou­velles » peuvent-elles in­fluen­cer le ré­sul­tat d’un scru­tin, en in­ci­tant des élec­teurs à al­ler vo­ter et d’autres, à s’abs­te­nir? Ça reste à voir, mais le seul fait que des es­prits mal­veillants aient ten­té le sa­voir en ma­ni­pu­lant des cen­taines de mil­liers d’uti­li­sa­teurs de ré­seaux so­ciaux de­vrait in­ci­ter ceux-ci à y re­gar­der à deux fois avant de re­layer un mes­sage.

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