Mar­tin Pe­riz­zo­lo

Humoriste, au­teur, co­mé­dien, Mar­tin Pe­riz­zo­lo, qu’on a connu entre autres dans Les beaux ma­laises, pro­pose Nous, son pre­mier spec­tacle so­lo, mar­di soir au Théâtre Mai­son­neuve de la Place des Arts.

La Presse - - ARTS - — pro­pos re­cueillis par Sté­pha­nie Val­let

Les ro­dages ?

« Ça m’a pris du temps à as­su­mer de de­man­der à des gens d’ache­ter un ti­cket pour ve­nir me voir. Ça prend un peu d’ar­ro­gance et une confiance aveugle pour faire ça... Alors le ro­dage per­met de mieux se pré­pa­rer, de voir com­ment les choses s’em­boîtent, et de l’as­su­mer da­van­tage. C’est un beau luxe. Il y a aus­si des spec­ta­teurs qui adorent les ro­dages, ça les amuse jus­te­ment parce que ce n’est pas par­fait. »

L’af­fir­ma­tion qui dit qu’il y a trop d’hu­mo­ristes ?

« Il n’y au­ra ja­mais trop d’hu­mo­ristes. Il peut y avoir trop de ter­ro­ristes, de vo­leurs, de vio­leurs, mais les hu­mo­ristes, ce n’est pas quelque chose qui crée un dan­ger dans la so­cié­té. Et puis plus il y a d’hu­mo­ristes, plus ça nous force à être meilleurs et uniques. Là où j’ai des ré­serves, c’est que parce que ça marche bien, on dé­cide de mettre des hu­mo­ristes par­tout, à des en­droits où c’est mieux de lais­ser faire des pro­fes­sion­nels. Il ne faut pas rem­pla­cer tout le monde par des hu­mo­ristes, sûr et cer­tain. »

Les ma­laises ?

« Louis C.K., par exemple, que j’aime beau­coup, maî­trise ça par­fai­te­ment. Quand il com­mence un su­jet, je me dis d’avance : “Tu ne m’au­ras pas, je ne se­rai pas d’ac­cord avec toi.” Il marche sur la clô­ture et il réus­sit quand même à m’em­me­ner, mais le che­min au­ra été ma­lai­sant. Moi, je ne fais pas vrai­ment là-de­dans, mais je pense que les ma­laises, Mar­tin Matte l’a prou­vé avec sa sé­rie, créent des contrastes et des re­liefs hy­per in­té­res­sants. »

Être le vi­sage d’une marque ?

« Les hu­mo­ristes qui s’in­surgent contre ça, je com­prends leur point, mais le com­bat n’est pas fait contre la bonne chose. Je pense que tu peux te ser­vir de la pub pour te don­ner de la li­ber­té de créer. Par contre, j’ai le sou­ci de re­gar­der ce que je re­pré­sente, et de quelle ma­nière. J’ai eu la chance de re­pré­sen­ter les fro­mages d’ici, j’en suis fier, et ar­tis­ti­que­ment, ce sont de belles pubs. Je n’ai ja­mais trou­vé ça lourd non plus, ça ne me dé­range pas que les gens m’en parlent. C’est juste de l’amour. Les blagues de fro­mage, je ne vais ja­mais m’en tan­ner. »

La té­lé­réa­li­té ex­trême ?

« Mais c’est biai­sé, cette ques­tion, à cause de ce qui m’est ar­ri­vé avec l’émis­sion Ex­pé­di­tion ex­trême. Par ailleurs, ce n’était même pas ex­trême, c’était juste n’im­porte quoi mon­té en épingle. Je suis to­ta­le­ment contre la té­lé­réa­li­té, je n’en consomme pas, ça ne m’in­té­resse pas. Il y a tel­le­ment de belles oeuvres de fic­tion faites par des gens de ta­lent qui sont hal­lu­ci­nantes... Pour­quoi c’est de­ve­nu une si grosse af­faire, la té­lé­réa­li­té ? Parce que c’est fa­cile, parce que ça coûte moins cher, parce qu’on ex­ploite les gens. Ce n’est pas pour les bonnes rai­sons. »

La li­ber­té d’ex­pres­sion à tout prix ?

« C’est toute une ques­tion. Même les pro­pos qui me dé­rangent, qui sont mi­so­gynes ou ra­cistes, une par­tie de moi est contente de pou­voir les en­tendre. Je ne suis pas d’ac­cord, ça ne fait pas mon bon­heur, mais ça me ras­sure de sa­voir que cette per­sonne s’af­fiche. Il faut lais­ser les gens s’ex­pri­mer, lais­ser les idées se bras­ser. Il n’y a pas de dis­cus­sion pos­sible si tu fais de la cen­sure. Il faut en­tendre tout et il faut s’ex­pri­mer contre quand on n’est pas d’ac­cord. »

PHO­TO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

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