DES AR­TISTES À PART EN­TIÈRE

La Presse - - ARTS - STÉPHANIE VAL­LET

Maxime Po­mer­leau ne s’est ja­mais dé­fi­nie comme étant han­di­ca­pée et a tou­jours vou­lu tra­vailler dans le mi­lieu cultu­rel.

Ori­gi­naire de Jon­quière, elle a dé­mé­na­gé à Mon­tréal il y a 12 ans pour faire un bac­ca­lau­réat en ani­ma­tion et re­cherche cultu­relles à l’UQAM. « Au dé­but, je tra­vaillais plus en évé­ne­men­tiel et en pro­duc­tion. Mais des amis qui ont pour­sui­vi leur cur­sus en cinéma m’ont ame­née de­vant la ca­mé­ra », se sou­vient l’in­ter­prète de Batw­heel, su­per­hé­roïne du court mé­trage du même nom, où elle vole au se­cours de per­sonnes han­di­ca­pées.

Un pro­jet qui lui a per­mis de s’in­di­gner avec humour du sort que ré­serve la so­cié­té aux per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite et qu’elle a lan­cé à la Ci­né­ma­thèque qué­bé­coise, un des seuls en­droits ac­ces­sibles et à la por­tée de son bud­get à Mon­tréal.

C’est d’ailleurs là qu’elle a don­né ren­dez-vous à La Presse pour dis­cu­ter.

Chro­ni­queuse cultu­relle pour le site MatTV.ca et à la ra­dio, la jeune femme est aus­si in­ter­prète de­puis 2014 pour la com­pa­gnie Cor­pus­cule Danse et co­mé­dienne. Elle a no­tam­ment joué dans Prends-moi, un court mé­trage d’Anaïs Bar­beau-La­va­lette et An­dré Tur­pin. Elle se­ra éga­le­ment de la dis­tri­bu­tion de la sé­rie Fu­bar – The Age of the Com­pu­ter, dès no­vembre, sur les ondes de Ci­ty.

La jeune ar­tiste dé­plore que la plu­part des scènes et salles de ré­pé­ti­tion ne soient pas ac­ces­sibles à tous. « J’ai cou­vert pas mal de fes­ti­vals de cinéma. Toutes les salles sont ac­ces­sibles, mais la scène où je vais par­ti­ci­per à un pa­nel, par exemple, ne l’est pas. Tout comme le bar hot où vont se dé­rou­ler tous les événements de ré­seau­tage. Ce qu’on m’en­voie comme mes­sage, c’est que ce n’est pas pour moi.

« J’ai fait par­tie d’une ré­si­dence dans le cadre du Fes­ti­val Trans-Amériques cette an­née et une ren­contre a eu lieu à l’Édi­fice Wil­der, dans un lo­cal de ré­pé­ti­tion qui était in­ac­ces­sible. Après un dé­dale de cou­loirs, je me suis re­trou­vée de­vant des es­ca­liers me­nant à un im­mense lo­cal neuf ! J’étais es­to­ma­quée et in­sul­tée. C’est inad­mis­sible quand il s’agit d’un im­meuble neuf ! », ob­serve-t-elle.

Après vé­ri­fi­ca­tion, La Presse a pu consta­ter que deux des six stu­dios si­tués dans les lo­caux oc­cu­pés par Les Grands Bal­lets ca­na­diens de Mon­tréal au sein de l’Édi­fice Wil­der ne sont pas ac­ces­sibles. Mar­tin Roy, char­gé du dos­sier à la So­cié­té qué­bé­coise des in­fra­struc­tures du Qué­bec, ex­plique ce­la par « des contraintes phy­siques im­po­sées par le bâ­ti­ment ». Il as­sure que la Ré­gie du bâ­ti­ment a don­né son aval aux plans de l’édi­fice, qui res­pecte ain­si le Code de construc­tion.

« Il y a certes un pro­blème au su­jet de la dif­fu­sion cultu­relle, mais aus­si de l’ac­cès à la culture : il est dif­fi­cile de re­con­naître que les per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite ont une culture si elles n’ont pas l’op­por­tu­ni­té de la dif­fu­ser. » — Maxime Po­mer­leau

« Les ar­tistes pro­fes­sion­nels en si­tua­tion de han­di­cap existent. L’art-thé­ra­pie et des or­ga­nismes ex­tra­or­di­naires font un tra­vail in­croyable. Mais les per­sonnes han­di­ca­pées qui chantent ou dansent ne sont pas seule­ment dans le mi­lieu com­mu­nau­taire ! » — Maxime Po­mer­leau

PHO­TO BER­NARD BRAULT, AR­CHIVES LA PRESSE

Maxime Po­mer­leau a par­ti­ci­pé au pro­jet dan­sé Qua­drip­tyque, avec France Geof­froy et Tho­mas Ca­sey, l’an der­nier.

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