Pe­tits conseils des grands pa­trons de la fi­nance

La Presse - - LA PRESSE AFFAIRES - STÉPHANIE GRAMMOND

La sur­chauffe im­mo­bi­lière ? Le sur­en­det­te­ment des mé­nages ? À écou­ter les grands ma­ni­tous des banques, les Qué­bé­cois n’ont pas trop à s’en faire pour leurs fi­nances per­son­nelles.

Quand le pa­tron de Des­jar­dins ob­serve les in­di­ca­teurs sur son ta­bleau de bord, tout va pour le mieux : les re­tards de paie­ment des cartes de cré­dit, les rem­bour­se­ments des prêts hy­po­thé­caires, les re­prises de pro­prié­tés...

« Tout est au vert chez nous ! Et je suis convain­cu que c’est comme ça pour mes col­lègues », lance Guy Cor­mier, pré­sident de la coo­pé­ra­tive, en al­lu­sion à la cou­leur de sa marque de com­merce. «C’est beau, le vert! C’est une belle cou­leur, Louis», in­siste-t-il avec un sou­rire ta­quin pour le pa­tron de la Banque Na­tio­nale, Louis Va­chon.

« Je suis un peu dal­to­nien », blague Louis Va­chon, qui n’est pas prêt à ad­mettre si fa­ci­le­ment que tout est vert dans sa banque au lo­go rouge vif, mais qui confirme vo­lon­tiers que les in­di­ca­teurs sont « po­si­tifs » chez lui aus­si.

Même son de cloche de la part de Fran­çois Des­jar­dins, pré­sident de la Banque Lau­ren­tienne, qui est as­sis à leurs cô­tés dans la salle de confé­rence de La Presse pour une ren­contre in­édite entre les trois di­ri­geants de l’in­dus­trie ban­caire au Qué­bec (voir aus­si le dos­sier en page 6).

J’ai pro­fi­té de l’oc­ca­sion pour gla­ner les meilleurs conseils fi­nan­ciers qu’ils avaient à of­frir aux par­ti­cu­liers.

Gar­dez une marge de ma­noeuvre

Même si tout va bien, les gens doivent de­ve­nir plus vi­gi­lants, dit Guy Cor­mier d’en­trée de jeu. « Ça fait 10 ans qu’on vit dans un contexte de bas taux d’in­té­rêt où il n’y a pas eu de chocs ma­croé­co­no­miques qui ont af­fec­té la réa­li­té fi­nan­cière des gens », sou­ligne-t-il.

Les jeunes n’ont ja­mais rien connu d’autre. D’ici trois à cinq ans, ils de­vront gar­der à l’esprit que les taux peuvent aug­men­ter de 2 ou 3% et qu’une ré­ces­sion peut sur­ve­nir. «Ça a l’air vrai­ment ba­sic, mais pre­nez le temps de faire un bud­get. Et don­nez­vous une marge de ma­noeuvre », sug­gère M. Cor­mier.

Le plus tôt se­ra le mieux

Le temps est l’atout le plus im­por­tant dont dis­posent les jeunes. «Il faut com­men­cer à s’oc­cu­per de ses fi­nances le plus tôt pos­sible. Il faut mettre de l’ar­gent de cô­té ra­pi­de­ment, à chaque paie, sans arrêter», conseille Fran­çois Des­jar­dins.

Bâ­tir sa re­traite, c’est loin quand tu as 20 ans, concède-til. « De­man­dez à un jeune quel est son in­té­rêt à com­men­cer à épar­gner pour la re­traite... Ce n’est vrai­ment pas dans leurs prio­ri­tés le ven­dre­di soir. »

Et la fai­blesse des taux d’in­té­rêt n’en­cou­rage pas les gens à éco­no­mi­ser. Mais la créa­tion de ri­chesse vient d’abord et avant tout de la ca­pa­ci­té à épar­gner. «C’est ton épargne qui fait que tu ac­cu­mules de la va­leur», rap­pelle le pa­tron de la Lau­ren­tienne.

In­ves­tis­se­ment ou par­ty ?

Avec des pro­duits comme les marges de cré­dit hy­po­thé­caires, cer­tains consom­ma­teurs ou­blient pour­quoi ils em­pruntent.

«Est-ce pour ache­ter une mai­son qui va prendre de la va­leur au fil des ans ou pour ache­ter des biens de consom­ma­tion qui ont une va­leur ré­si­duelle de zé­ro?», de­mande Fran­çois Des­jar­dins. Il trace le pa­ral­lèle avec une PME. Si elle em­prunte pour ache­ter une ma­chine né­ces­saire à la crois­sance de l’en­tre­prise, ça va. Mais si elle em­prunte pour faire un gros par­ty, les gens vont dire : « Ben voyons donc ! Il n’y a pas de pi­lote dans l’avion.»

« Em­prun­ter constam­ment pour des biens de consom­ma­tion, ce n’est pas une re­cette mi­racle», in­siste M. Des­jar­dins.

Fixe ou va­riable ?

Fixe ou va­riable ? Un an ou cinq ans? C’est l’éter­nelle ques­tion que Louis Va­chon se fait po­ser par les par­ti­cu­liers. «Le choix des taux d’in­té­rêt n’est pas en fonc­tion de la pré­vi­sion de taux d’in­té­rêt, c’est en fonc­tion de votre ca­pa­ci­té d’ab­sor­ber le chan­ge­ment de taux d’in­té­rêt », ré­pond tou­jours le pré­sident de la Na­tio­nale.

Si vous avez beau­coup de flexi­bi­li­té fi­nan­cière, que les deux membres de votre couple tra­vaillent, que votre taux d’en­det­te­ment est faible, que vous êtes ca­pable d’ab­sor­ber une hausse de taux de 2, 3 ou 4%, alors op­tez pour un taux va­riable.

Mais si c’est votre pre­mière mai­son, que vous êtes coin­cé entre votre hy­po­thèque et le rem­bour­se­ment de votre so­fa, que votre bud­get dé­montre que vous al­lez avoir des pro­blèmes avec une hausse des taux de seule­ment 1%, fixez votre hy­po­thèque sur cinq ans.

Ou­bliez le « mar­ket ti­ming »

Au cours d’une as­sem­blée an­nuelle, un ac­tion­naire de la Banque Na­tio­nale est ve­nu sa­luer Louis Va­chon. Sur­veillant dans une cour d’école, il ache­tait ré­gu­liè­re­ment des ac­tions de la banque et ré­in­ves­tis­sait les di­vi­dendes. Après une quin­zaine d’an­nées, il avait ac­cu­mu­lé 200 000$!

Un bel exemple de dis­ci­pline et d’in­ves­tis­se­ment à long terme. Or, le pire dé­faut des in­ves­tis­seurs est d’es­sayer de pré­dire le com­por­te­ment de la Bourse et d’en­trer et sor­tir du mar­ché au mau­vais mo­ment. Même les pro­fes­sion­nels n’ar­rivent pas à faire du «mar­ket ti­ming», si­gnale Louis Va­chon.

«Si votre conseiller vous a gar­dé in­ves­ti dans le mar­ché de­puis 30 ans [in­cluant en 1991 et en 2008], il a eu une grosse va­leur ajou­tée», dit le fi­nan­cier.

Un den­tiste pour vos fi­nances

Par­lant de conseiller fi­nan­cier, Fran­çois Des­jar­dins en pro­fite pour lan­cer un der­nier conseil : faites ap­pel à un pro­fes­sion­nel fi­nan­cier le plus tôt pos­sible dans votre vie. Les études dé­montrent que les épar­gnants qui ont un conseiller sont 1,5 fois plus riches après 5 ans et 2,7 fois plus riches après 15 ans que ceux qui n’en ont pas.

C’est comme avoir un den­tiste qui vous voit tous les six mois pour un exa­men de rou­tine, com­pare le ban­quier. «Se faire rap­pe­ler constam­ment qu’on avait des ob­jec­tifs fi­nan­ciers, qu’on vou­lait pen­ser à notre re­traite, qu’on vou­lait ré­no­ver la mai­son, ça ra­mène les gens sur le bon chemin. »

« Il faut com­men­cer à s’oc­cu­per de ses fi­nances le plus tôt pos­sible. Il faut mettre de l’ar­gent de cô­té ra­pi­de­ment, à chaque paie, sans arrêter », conseille Fran­çois Des­jar­dins, pré­sident de la Banque Lau­ren­tienne.

PHO­TOS MAR­TIN CHAM­BER­LAND, LA PRESSE

« Ça a l’air vrai­ment ba­sic, mais pre­nez le temps de faire un bud­get. Et don­nez-vous une marge de ma­noeuvre », sug­gère Guy Cor­mier, PDG du Mou­ve­ment Des­jar­dins.

« Le choix des taux d’in­té­rêt n’est pas en fonc­tion de la pré­vi­sion de taux d’in­té­rêt, c’est en fonc­tion de votre ca­pa­ci­té d’ab­sor­ber le chan­ge­ment de taux d’in­té­rêt », dit Louis Va­chon, pré­sident de la Banque Na­tio­nale.

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