LES HAUTS ET LES BAS DE LA #VANLIFE

La Presse - - VOYAGE - CHARLES-ÉDOUARD CAR­RIER

Des 2 mil­lions de pho­tos Ins­ta­gram qui portent le mot-clic #vanlife, on re­tient les ma­gni­fiques cou­chers de so­leil, les nuits au bord de la mer et les ciels étoi­lés. Très peu d’entre elles nous montrent les troubles mé­ca­niques, les vols ou les ten­sions qui s’in­vitent entre deux es­cales...

«Tout le monde a sa propre dé­fi­ni­tion de la #vanlife. Si on se fie à ce qu’on voit sur l’in­ter­net, on dort tou­jours à des en­droits com­plè­te­ment fous, mais on passe aus­si des nuits dans un sta­tion­ne­ment de Wal­mart, entre une route pas­sante et un chemin de fer ou dans ce­lui d’un ga­rage à at­tendre les pièces pour ré­pa­rer le ca­mion», ex­plique Charles-Élie Du­mon­tier, qui voyage avec sa conjointe, KimMai Lam.

Par­tis de Mon­tréal, ils sont en chemin vers Ushuaia, en Ar­gen­tine, avec quelques dé­tours. Le couple vient d’ailleurs de ter­mi­ner le tour de l’Alas­ka et met le cap vers le sud, un voyage qui leur a de­man­dé plus d’un an de pré­pa­ra­tion.

Vrai rêve ou fausse image ?

Pour Ju­lien Rous­sin Cô­té, fon­da­teur de Go-Van, cette image de la vie sur la route telle que dé­peinte sur les ré­seaux so­ciaux n’est pas fausse, mais elle éclipse d’autres as­pects moins pho­to­gé­niques.

«La pho­to d’un ré­veil avec la vue sur la mer, c’est vrai que ce mo­ment-là, on le vit de ma­nière au­then­tique, pas seule­ment pour une pho­to Ins­ta­gram. On dit sou­vent que les gens ne montrent que les beaux mo­ments sur les ré­seaux so­ciaux, mais ce n’est pas la réa­li­té 100% du temps. Pour ma part, j’ai es­sayé de mon­trer l’autre cô­té, mais j’ai un peu aban­don­né. On n’ac­cu­mule pas de “j’aime”s avec une pho­to de quel­qu’un qui fait la vais­selle dans un pe­tit bac d’eau froide. Il y a plein de mo­ments comme ça qui font par­tie de la #vanlife, pour­tant, les gens ne veulent pas les voir. Ils vont sur Ins­ta­gram pour s’ins­pi­rer », croit le no­made qui vit à temps plein sur la route de­puis deux ans.

La route pour tous ?

Si l’idée d’ache­ter un vé­hi­cule pour le conver­tir en mai­son sur quatre roues et par­tir à l’aven­ture fait rê­ver, il faut bien ad­mettre que ce type de pé­riple n’est pas fait pour tout le monde.

Lors­qu’on vit dans à peine 4 m2 et qu’on trim­bale avec soi l’es­sen­tiel pour vivre, man­ger, dor­mir et se di­ver­tir, il y a cer­tai­ne­ment quelques com­pro­mis à faire. « Deux adultes et deux chiens, dans un pe­tit ca­mion, on doit sa­cri­fier un peu de confort», iro­nise Charles-Élie Du­mon­tier.

Il faut aus­si une bonne dose de mo­ti­va­tion pour ac­cep­ter de par­tir sans sa­voir où la route nous mè­ne­ra. «Cer­taines per­sonnes sont de na­ture plus sé­den­taire et aiment la sta­bi­li­té, c’est tout le contraire sur la route. Dans notre cas, par­tir en couple de­mande aus­si de ne pas trop s’at­ta­cher à son es­pace», dé­crit Ga­brielle Fi­lion, qui vient de ter­mi­ner un pé­riple de deux mois aux États-Unis dans une four­gon­nette qu’elle a amé­na­gée avec son co­pain. Pour le couple, c’est un vieux rêve d’ado­les­cents qu’il a fi­na­le­ment pu réa­li­ser.

Des qua­li­tés es­sen­tielles

Dé­brouillar­dise et grande to­lé­rance aux im­pré­vus sont es­sen­tielles lors­qu’on en­tre­prend un tel voyage. Vou­loir tout pré­voir est même pa­ra­doxal par rap­port à l’idée de vivre sur la route au jour le jour. «On avait une idée des en­droits que l’on vou­lait vi­si­ter sans avoir de tra­jet ou de plan bien pré­cis. Nos dé­ci­sions étaient sou­vent prises à la der­nière minute. On vou­lait que ce soit flexible et on était ou­verts à des chan­ge­ments de tra­jec­toires im­pré­vus», se sou­vient Ga­brielle Fi­lion.

« Il faut être ca­pable de se pas­ser du luxe que la so­cié­té va­lo­rise, ajoute Ju­lien Rous­sin Cô­té. Quand tu te lances dans cet esprit-là, il faut ac­cep­ter de vivre plus sim­ple­ment. Ça prend aus­si de l’ou­ver­ture et une fa­ci­li­té à al­ler vers les autres. On pense sou­vent que nous sommes des gens qui ne cherchent qu’à se perdre dans le bois, même si c’est un peu ça, il y a plein de mo­ments où nous ne sommes pas seuls. C’est un peu ça, l’esprit sur la route : par­ta­ger notre mode de vie avec les per­sonnes que l’on ren­contre en chemin. »

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