Une jo­lie banque où boire du vin

La Presse - - GOURMAND - MA­RIE-CLAUDE LOR­TIE À l’in­té­rieur du bar Loïc, l’am­biance ban­caire a to­ta­le­ment dis­pa­ru et l’es­pace s’avère plu­tôt très cha­leu­reux, fa­çon pub. Pen­sez pla­fond de bois, ban­quette de cuir, pe­tites tables rondes qui obligent à la convivialité.

Le bar Loïc n’est pas un nou­veau ve­nu. Il s’est ins­tal­lé à Saint-Hen­ri en 2015, sans tam­bour ni trom­pette, plus bar que res­tau­rant et que bar à vin, au dé­but. Mais il est au­jourd’hui un tro­quet de quar­tier en bonne et due forme, avec un sym­pa­thique me­nu, en plus de sa carte des vins plu­tôt courte, mais fran­che­ment mo­derne. « Pet nat » (pé­tillants na­tu­rels), vins orange, Mor­gon de Mar­cel La­pierre... Tous les re­pères y sont. On cé­lèbre les vins dits « na­ture » et on le fait bien.

La pre­mière chose qu’on re­marque en ar­ri­vant au Loïc, c’est le spec­ta­cu­laire im­meuble de pierres grises du dé­but du siècle der­nier où le res­tau­rant loge, à l’angle des rues No­treDame Ouest et Saint-Ré­mi. Cette an­cienne banque, ves­tige his­to­rique, a été construite par Ed­ward Max­well, im­por­tant ar­chi­tecte de la fin du XIXe et du dé­but du XXe siècle. Avec son frère William, c’est lui qui a no­tam­ment si­gné le ma­ga­sin Birks du centre-ville, le pre­mier pa­villon du Mu­sée des beaux-arts, la gare Wind­sor et plu­sieurs mai­sons pri­vées opu­lentes du Gol­den Square Mile.

L’en­trée, qui est car­ré­ment sur l’angle du car­re­four, est flan­quée de co­lonnes io­niques et d’un fron­ton tri­an­gu­laire ins­pi­rés de l’époque ro­maine. Vous voyez le style.

Sur le trot­toir de la rue Notre-Dame, on a amé­na­gé une ter­rasse de bois, qui était en­core en place aux der­nières nou­velles, en cet été qui s’étire dou­ce­ment. Les lierres qui la coiffent et tombent en cas­cade pour en­ca­drer l’at­mo­sphère sont bien vi­vants et narguent toutes les imi­ta­tions en plas­tique que cer­tains osent en­core en 2017.

À l’in­té­rieur, l’am­biance ban­caire a to­ta­le­ment dis­pa­ru et l’es­pace s’avère plu­tôt très cha­leu­reux, fa­çon pub. Pen­sez pla­fond de bois, ban­quette de cuir, pe­tites tables rondes qui obligent à la convivialité.

Le re­pas

Pour com­men­cer le re­pas, après avoir com­man­dé un char­don­nay du Ju­ra et un ries­ling al­sa­cien de la mai­son Krey­den­weiss – des clas­siques du nou­vel uni­vers du vin na­ture –, on s’est plon­gé dans une sa­lade avec une vi­nai­grette dite «God­dess», c’est-à-dire avec une quan­ti­té im­pres­sion­nante d’herbes bien par­fu­mées. Con­combres, ca­rottes rouges, épi­nards, lai­tue, quelques graines de ci­trouille grillées... On reste dans des va­leurs très sûres, mais c’est beau­coup de fraî­cheur pour 10 $.

L’en­trée de bro­co­li à la ri­cot­ta et à la fleur d’ail est un tout pe­tit peu moins flam­boyante. Peut-être que la cuis­son du lé­gume au­rait pu être plus cro­quante, que la ri­cot­ta au­ra pu être mieux mise en va­leur... Mal­gré la mon­tagne per­cu­tante de câpres qui ap­portent sel et aci­di­té, on s’en­nuie, en y goû­tant, de la cé­lèbre as­siette ra­pi­ni, ri­cot­ta et pain grillé de chez Olive + Gour­man­do. Et ce n’est pas qu’on veuille exac­te­ment la même chose. Juste au­tant de joie.

En plat, le de­mi-pou­let de Cor­nouailles, donc tout pe­tit, est im­pec­cable. Il fond dans la bouche, gen­ti­ment ap­puyé par des ca­rottes grillées toutes ca­ra­mé­li­sées. La sauce ca­ta­lane ro­mes­co, avec poi­vrons rouges, to­mates et amandes, com­plète le plat avec fraî­cheur et pro­fon­deur.

De l’autre cô­té de la table, des ra­vio­lis à la ri­cot­ta et à la bette à carde s’avèrent tout aus­si ré­con­for­tants, tan­dis que l’été s’achève. On aime l’amer­tume des feuilles, le cré­meux du fro­mage, le cô­té char­nu des pâtes gé­né­reu­se­ment far­cies. Un beau plat d’au­tomne.

Au des­sert, il n’y a qu’une seule op­tion: des beignes, ce que l’on re­trouve très (trop?) sou­vent dans ce genre de bis­tro. Ici, on es­père les em­por­ter plus loin que d’ha­bi­tude dans du si­rop d’érable et avec de la crème gla­cée. C’est pas mal, mais pas aus­si chouette que tout le reste.

PHO­TO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

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