La croi­sade d’un fal­si­fi­ca­teur

L’au­teur de l’étude dis­cré­di­tée éta­blis­sant un lien entre vac­cins et au­tisme conti­nue de sé­vir

La Presse - - LA REVANCHE - MARC THIBODEAU

AUSTIN, Texas — Vingt ans après avoir sug­gé­ré dans un ar­ticle au­jourd’hui dis­cré­di­té que le vac­cin contre la rou­geole, la ru­béole et les oreillons pou­vait me­ner à l’au­tisme, An­drew Wa­ke­field per­siste et signe.

Ce mé­de­cin de for­ma­tion, qui a été ra­dié en 2010 après avoir été trou­vé cou­pable de mul­tiples fautes pro­fes­sion­nelles graves en lien avec l’étude en ques­tion, vit au­jourd’hui au Texas d’où il conti­nue de dé­fendre sa thèse en se pré­sen­tant comme la vic­time d’une ca­bale or­ches­trée par l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique.

«Il y a eu un ef­fort dé­li­bé­ré et concer­té pour blo­quer mes re­cherches sur la sé­cu­ri­té des vac­cins », in­dique en en­tre­vue té­lé­pho­nique M. Wa­ke­field, qui dit s’être ins­tal­lé aux États-Unis en 2003 après avoir été in­vi­té à par­ti­ci­per à la mise sur pied d’un centre d’aide pour les en­fants souf­frant de troubles neu­ro­lo­giques.

Ré­trac­ta­tion

La dif­fu­sion de l’étude de 1998 dans The Lan­cet avait re­çu de larges échos mé­dia­tiques et conti­nue en­core au­jourd’hui d’être évo­quée par des pa­rents in­quiets, au grand dam des au­to­ri­tés sa­ni­taires, même s’il existe un large consen­sus scien­ti­fique quant à l’ab­sence de lien entre l’au­tisme et le vac­cin contre la rou­geole, la ru­béole et les oreillons.

La re­vue mé­di­cale a at­ten­du 12 ans avant de ré­trac­ter dé­fi­ni­ti­ve­ment l’ar­ticle, qui a été dé­non­cé comme une « fraude » en 2011 par le Bri­tish Me­di­cal Jour­nal sur la base des tra­vaux fouillés d’un jour­na­liste d’en­quête an­glais, Brian Deer.

«Je n’ai ja­mais com­mis de fraude scien­ti­fique », main­tient M. Wa­ke­field, qui a ten­té de pour­suivre en dif­fa­ma­tion le jour­na­liste et le BMJ sans ob­te­nir gain de cause.

Le Ge­ne­ral Me­di­cal Coun­cil an­glais, dans la dé­ci­sion ren­due à son en­contre en 2010, avait sou­li­gné que le manque de lu­ci­di­té du cher­cheur quant à la gra­vi­té de sa conduite ren­dait sa ra­dia­tion né­ces­saire.

Il conti­nue au­jourd’hui de nier toute faute, in­cluant à tra­vers un ré­cent film de sa réa­li­sa­tion dans le­quel il ac­cuse le Centre pour le contrôle et la pré­ven­tion des ma­la­dies amé­ri­cain de ma­ni­pu­ler des don­nées de re­cherche pour ca­cher les risques liés au vac­cin contre la rou­geole, la ru­béole et les oreillons.

Le film Vaxxed a été mon­tré dans plu­sieurs salles aux États-Unis et au Ca­na­da et re­çoit, se­lon lui, un ac­cueil en­thou­siaste.

Par­ti­sans

Mal­gré sa mise au ban par la com­mu­nau­té scien­ti­fique, le res­sor­tis­sant an­glais compte en­core au­jourd’hui de nom­breux par­ti­sans.

« Je le res­pecte et je suis re­con­nais­sante de ce qu’il fait pour nous », sou­ligne Rhon­da McMa­hon, une ré­si­dante d’Austin qui ne croit pas à l’ef­fi­ca­ci­té des vac­cins.

Sa­rah Da­vis, une élue ré­pu­bli­caine texane qui tente de ren­for­cer le re­cours à la vac­ci­na­tion dans l’État, n’en re­vient pas pour sa part qu’An­drew Wa­ke­field soit main­te­nant éta­bli à Austin et qu’il main­tienne sa rhé­to­rique.

« Ça me rend ma­lade. Il de­vrait avoir honte de ce qu’il fait », dit-elle.

PHO­TO AR­CHIVES REUTERS

Le Dr An­drew Wa­ke­field à Londres en 2010 après son au­dience de­vant le Ge­ne­ral Me­di­cal Coun­cil (GMC). L’or­ga­nisme a ra­dié le Dr Wa­ke­field après l’avoir trou­vé cou­pable de mul­tiples fautes pro­fes­sion­nelles graves re­liées à son étude sur des liens sup­po­sés entre vac­ci­na­tion et au­tisme.

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