LE POU­VOIR DU SOU­RIRE

La Presse - - CAHIER A - STÉ­PHANE LA­PORTE

Bien sûr, Va­lé­rie Plante est de­ve­nue la pre­mière mai­resse de Mon­tréal grâce à son pro­jet. À ses idées. Grâce à son im­pli­ca­tion dans la com­mu­nau­té. À une cam­pagne sans faille. Et à sa grande vo­lon­té. Mais elle l’est aus­si de­ve­nue grâce à son sou­rire.

Les po­si­tions de son parti, Pro­jet Mon­tréal, ont sou­vent été ex­pri­mées par des gens pas­sion­nés, mais un peu à bout. On contes­tait. On s’op­po­sait. On pour­fen­dait. Sou­vent sur un ton in­di­gné, avec un fa­ciès de per­sonne en train de faire la le­çon. Va­lé­rie Plante a fait la même croi­sade que ses pré­dé­ces­seurs, mais avec le sou­rire. Et ç’a tout chan­gé. Sou­dai­ne­ment les gens com­pre­naient. Sou­dai­ne­ment les gens y croyaient.

De tous les signes de com­mu­ni­ca­tions maî­tri­sés par l’être hu­main, le sou­rire est sû­re­ment le plus puis­sant. Ce­lui qui ouvre les portes, les es­prits et les coeurs.

Va­lé­rie Plante était une in­con­nue, il y a six mois. Elle n’avait que le temps d’une cam­pagne élec­to­rale pour se faire un nom. Elle a pris le meilleur rac­cour­ci pour se faire ac­cep­ter des gens, elle a sou­ri.

Son coup de pub l’a fait connaître : l’homme de la si­tua­tion. On a tout de suite com­pris qu’elle ne se pre­nait pas au sé­rieux. Sur l’af­fiche, elle avait un sou­rire en coin. En coin de rue. La cu­rio­si­té de l’élec­teur était pi­quée. Le sou­rire s’est élar­gi. Gros comme une bouche de mé­tro. Long comme une ligne rose.

Goo­glez Va­lé­rie Plante, vous ne trou­ve­rez, dans la banque d’images, que des pho­tos d’elle sou­riante. Que ce soit des pho­tos of­fi­cielles ou des pho­tos cro­quées sur le vif, elle af­fiche sa joie. Tout le temps.

C’est ce bel en­thou­siasme qui a ral­lié les gens au­tour d’elle. C’est cer­tain. Rien ne ras­semble au­tant qu’un sou­rire. Pour vaincre le cy­nisme am­biant, mon­trez vos dents.

Dans la cen­taine de per­sonnes que nous croi­sons, tous les jours, dans le mé­tro, au bu­reau, sur les trot­toirs, les gens sou­riants ne sont pas nom­breux. Les po­li­ti­ciens sou­riants, en­core moins. C’est pas une job fa­cile. Tou­jours contes­tés. Tou­jours pié­gés. Ils en viennent à se fer­mer. À se mas­quer.

Com­bien de fois avez-vous vu sou­rire Ste­phen Har­per en presque 10 ans de pou­voir? Va­lé­rie Plante l’a sû­re­ment bat­tu, après seu­le­ment ses 10 pre­mières mi­nutes en fonc­tion.

Le sou­rire va­lé­rien va faire école, c’est cer­tain. At­ten­dez-vous, lors de la pro­chaine cam­pagne élec­to­rale pro­vin­ciale, à voir des lea­ders ré­jouis. Phi­lippe Couillard va quit­ter son vi­sage de chi­rur­gien, en train d’an­non­cer à son pa­tient qu’il va de­voir lui cou­per un autre mor­ceau, pour ar­bo­rer der­rière sa barbe un écla­tant bon­homme sou­rire. Jean-Fran­çois Li­sée va dé­lais­ser sa face de gars qui en sait tou­jours plus que vous en sa­vez pour af­fi­cher le sou­rire sym­pa­thique de l’éga­li­té. Et Fran­çois Le­gault, que l’on de­vine dé­jà bon vi­vant, ne se for­ce­ra plus pour faire sé­rieux, et lais­se­ra libre cours à son pe­tit boute-en-train. Bref, la pro­chaine cam­pagne se­ra le fes­ti­val de l’hu­mour du Qué­bec.

Ren­dons à Cé­sar ce qui est à Cé­sar, Jack Lay­ton fut le pre­mier po­li­ti­cien, de­puis des lunes, à dé­clen­cher une vague de sym­pa­thie, grâce à son sou­rire en­jô­leur. Puis Jus­tin a sé­duit avec son sou­rire de beau gosse. Et voi­là que Va­lé­rie et son sou­rire franc réus­sissent l’im­pos­sible. Dé­faire un maire avec un bon bi­lan et plein d’ap­puis.

Cer­tains iro­nisent dé­jà sur la per­son­na­li­té de la nou­velle mai­resse. On la com­pare à Youp­pi! Faux. Pour­quoi fau­til que le bon­heur soit tou­jours sus­pect? On dit les im­bé­ciles heu­reux, ja­mais les im­bé­ciles plates. Pour­tant, c’est fa­cile d’être né­ga­tif. C’est fa­cile d’être un nuage noir. De bou­der la vie. Il faut un es­prit fort pour trou­ver la lu­mière. Pour ap­pré­cier la vie.

Le pou­voir d’un sou­rire, c’est de don­ner le goût de sou­rire à ce­lui qui le re­çoit. C’est beau­coup.

Va­lé­rie Plante ne ré­gle­ra pas tous les pro­blèmes de la ville en sou­riant. Sû­re­ment pas. On va conti­nuer à être po­gné dans le tra­fic pen­dant en­core des an­nées et des an­nées. Les cônes orange ne de­vien­dront pas des fla­mants roses. Mais, peut-être, réus­si­ra-t-elle par sa fa­çon de nous par­ler de ses moyens mis en place pour ten­ter de ré­duire la conges­tion, à faire en sorte qu’on soit moins en­ra­gé. À faire en sorte qu’on ait presque le goût de sou­rire en plein bou­chon.

Le pays, c’est l’océan de nos am­bi­tions. La pro­vince, c’est le fleuve de nos réa­li­sa­tions. La ville, c’est le ruis­seau où l’on vit. Où trempent nos pieds.

La ville, c’est le théâtre de notre pièce à nous. Le ma­tin, quand on s’en va tra­vailler, on ne dé­am­bule pas dans les rues du Ca­na­da ou dans les rues du Qué­bec, on cir­cule dans les rues de Mon­tréal. La ville, c’est notre in­ti­mi­té. Voi­là pour­quoi la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion du di­ri­geant d’une ville doit être l’hu­meur de ses ci­toyens. Il en est res­pon­sable, au quo­ti­dien. Ex­cu­sez, elle en est res­pon­sable au quo­ti­dien.

Pour la pre­mière fois, en 375 ans, Mon­tréal a une maire mère. Une femme au pou­voir. Un vieux pré­ju­gé vient de tom­ber. C’est, jus­qu’à main­te­nant, la meilleure rai­son de sou­rire.

Es­pé­rons que du­rant son pro­chain man­dat, la nou­velle mai­resse nous don­ne­ra plu­sieurs autres rai­sons de sou­rire. Car à par­tir de main­te­nant son sou­rire dé­pend du nôtre.

PHO­TO PA­TRICK SANFAÇON, LA PRESSE

C’est son bel en­thou­siasme qui a ral­lié les gens au­tour de Va­lé­rie Plante. C’est cer­tain. Rien ne ras­semble au­tant qu’un sou­rire. Pour vaincre le cy­nisme am­biant, mon­trez vos dents.

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