Une fa­mille d’Inuits per­due dans les zoos hu­mains d’Eu­rope

La Revue - - CULTURE - SOPHIE MAR­COTTE sophie.mar­cotte@tc.tc

Abra­ham est un père de fa­mille inuite. Elle se­ra re­cru­tée en 1880 pour être ex­po­sée dans des zoos hu­mains en Eu­rope. Une his­toire sor­dide qui est sor­tie des ou­bliettes grâce à France Ri­vet, au­teure.

Abra­ham vi­vait au La­bra­dor avant d’être re­cru­té pour être ex­po­sé au zoo hu­main. Il sou­hai­tait une meilleure vie pour sa fa­mille : c’est pour­quoi il ac­cepte la mis­sion. Lui-même chris­tia­ni­sé, il s’in­té­resse à la culture européenne. C’est une aven­ture qui semble bien pro­met­teuse à leurs yeux. Tou­te­fois, il en est tout autre un coup ren­du sur place. Dans un jour­nal per­son­nel, Abra­ham ra­conte son en­vie de ren­trer à la mai­son, de re­tour­ner dans la na­ture. Son sort se dé­té­riore da­van­tage alors que les membres de sa fa­mille com­mencent à dé­cé­der des suites d’une ma­la­die européenne. Au bout de quatre mois, tous les membres de la fa­mille sont dé­cé­dés.

C’est alors que Mme Ri­vet a mis la main sur le jour­nal d’Abra­ham, tra­duit en Al­le­magne. Elle s’est alors aper­çue qu’il y avait une par­tie im­por­tante de l’his­toire qu’il man­quait : que sont ad­ve­nus les corps de la fa­mille d’Abra­ham ? « L’his­toire s’est dé­voi­lée. Une des dames, lors­qu’elle est dé­cé­dée en Al­le­magne, ils ont en­le­vé sa ca­lotte crâ­nienne et on l’a en­voyé dans un mu­sée. J’ai donc cher­ché au­près des mu­sées pour sa­voir s’ils avaient la ca­lotte. Il y avait aus­si trois mou­lages de cer­veau d’Inuits. J’ai co­gné à dif­fé­rentes portes de mu­sée, et un mu­sée m’a ré­pon­du qu’ils n’avaient pas les mou­lages, mais qu’ils avaient la ca­lotte et ils nous ont mon­tré les os dans un mu­sée. Je me suis dit que ce n’était pas juste ce qu’il leur était ar­ri­vé : ils vou­laient seule­ment ren­trer à la mai­son», in­dique l’au­teure. Or, les restes de cette fa­mille sont tou­jours en Eu­rope. Après toutes ces an­nées, la fa­mille d’Abra­ham n’est tou­jours pas ren­trée à la mai­son. Mme Ri­vet re­fuse le sort de la fa­mille et com­mence à ap­pe­ler l’am­bas­sade ca­na­dienne et le gou­ver­ne­ment des Inuits au La­bra­dor. «Ils m’ont dit qu’avant de prendre une dé­ci­sion à sa­voir si on les ra­pa­trie, il faut sa­voir toute l’his­toire. Les trois pro­chaines an­nées, c’est sur quoi je me suis concen­trée. Je suis re­tour­née dans toutes les villes où ils sont al­lés pour ré­cu­pé­rer des do­cu­ments pour que le gou­ver­ne­ment ait toute cette do­cu­men­ta­tion. Je me suis oc­cu­pé de tout tra­duire pour que l’his­toire soit la plus com­plète pos­sible», ra­conte Mme Ri­vet.

Pour elle, il s’agit de bien plus que la ré­dac­tion d’un livre. C’est une ques­tion de re­don­ner aux Inuits d’au­jourd’hui ce qui leur re­vient : les traces de leurs an­cêtres. «C’est im­por­tant de bou­cler la boucle, de sa­voir ce qui s’est pas­sé là-bas, qu’on leur a en­le­vé le cer­veau et que leurs os at­tendent là-bas. C’est de leur re­don­ner une par­tie de leur his­toire», in­dique-t-elle.

Elle sou­ligne d’ailleurs que le mu­sée est prêt à les ra­pa­trier au La­bra­dor si le pays en fait la de­mande.

L'au­teure France Ri­vet.

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