Graeme McCon­nell fait fi des ta­bous

La Revue - - SPORTS - AN­TO­NY DA SIL­VA-CASIMIRO an­to­ny.da­sil­va­ca­si­mi­ro@tc.tc

Dé­pres­sion, trouble dé­pres­sif, trouble ob­ses­sion­nel com­pul­sif ou troubles ali­men­taires. Des mots ta­bous dans la so­cié­té d’au­jourd’hui. Graeme McCon­nell, lui, ne se gê­ne­ra pas pour en dis­cu­ter. Pour par­ler des siens.

Le membre de l’équipe de course à pied des Gee- Gees de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa n’a pas eu un par­cours fa­cile. Loin de là.

À l’ado­les­cence, son père s’est sui­ci­dé à la suite d’une dé­pres­sion qui le touchait de­puis plu­sieurs an­nées. Au même mo­ment, Graeme souf­frait lui aussi de la même ma­la­die, ju­me­lée à des troubles ali­men­taires.

Huit ans plus tard, on lui a diag­nos­ti­qué un trouble dé­pres­sif et un trouble ob­ses­sion­nel com­pul­sif.

Pour­quoi par­ler ou­ver­te­ment des mo­ments de sa vie où il a été le plus vul­né­rable?

« Les gens ne croient pas qu’ils au­ront d’ap­pui, qu’ils vont être ju­gés faible. Ils n’iront pas cher­cher d’aide. Tu te sens iso­lé, sans sup­port. Mais il faut en par­ler à quel­qu’un de son en­tou­rage. Juste le fait d’en par­ler, ça peut amé­lio­rer la condi­tion. Ils doivent sa­voir qu’ils au­ront de l’ap­pui s’ils en parlent»

Graeme, lui, s’est confié à sa meilleure amie, sa mère et même son en­traî­neur de courses. Il a aussi consul­té un psy­cho­logue et est al­lé cher­cher l’aide né­ces­saire pour s’en sor­tir.

Le jeune homme a dé­cou­vert qu’il n’était pas le seul à en souf­frir. Mais il a éga­le­ment vu que la per­cep­tion de plu­sieurs étaient faus­sés, jus­te­ment parce que la san­té men­tale est un su­jet mé­con­nu.

«Per­sonne n’a choi­si d’avoir des troubles de san­té men­tale. Ils ne sont pas pa­res­seux, comme on l’en­tend. Dans mon cas, on m’a sou­vent dit que si je ne cour­rais pas, c’est parce que je ne vou­lais. Mais ce n’est tel­le­ment pas ça.»

L’Al­ber­tain de 22 ans a pris une pause de la course du­rant la ses­sion d’au­tomne à l’uni­ver­si­té. Dé­mo­ti­vé de­puis l’hi­ver der­nier, il ne sen­tait pas le dé­sir d’al­ler cou­rir ou al­ler aux en­traî­ne­ments. Il se di­sait stres­sait. Et si ce n’était pas le manque de mo­ti­va­tion, c’était le manque d’éner­gie qui le frap­pait.

Graeme se rap­pelle d’un ré­cent voyage en Eu­rope. C’est là que tout a com­men­cé, es­ti­met-il. Il pa­ni­quait s’il per­dait un ob­jet pen­dant les jours sui­vants. Il ten­tait de se rai­son­ner en croyant que tout re­vien­drait à la nor­male à son re­tour au pays.

Ça n’a pas été le cas. Ça ne s’est que pour­sui­vie, puis em­pi­ré. Chaque er­reur com­mise – aussi bé­nigne soit- elle – n’était qu’un dou­lou­reux mo­ment où le poids de culpa­bi­li­té s’ac­cu­mu­lait sur lui.

Au­jourd’hui, ça va mieux, ra­conte-t-il. Il aide même aux en­traî­ne­ments comme en­traî­neur ad­joint de son équipe uni­ver­si­taire. Et ré­cem­ment? Il porte le titre d’am­bas­sa­deur de Bell cause pour la cause, une ini­tia­tive qui – bien sûr – est im­por­tante pour lui.

«Quand tu as une dé­pres­sion par exemple, tu ne peux pas t’al­lon­ger sur un lit d’hô­pi­tal et pas­ser une bat­te­rie de test. Tu ne re­gardes pas un mo­ni­teur avec des chiffres qui vont te dire si ça s’amé­liore. C’est pour ça qu’il faut prendre la peine d’en par­ler » , mar­tèle le prin­ci­pal in­té­res­sé.

Graeme McCon­nell com­plé­te­ra son di­plôme en droit ci­vil dans deux ans, lui qui rêve de pou­voir com­bi­ner sa pas­sion pour le droit à la san­té men­tale une fois sor­tie des bancs d’école. Puis, il ai­me­rait aussi pou­voir en­traî­ner si c’est pos­sible.

«Il faut cé­lé­brer les pe­tites vic­toires et ne pas avoir honte si on a des troubles psy­cho­lo­giques ou de san­té men­tale. Trou­ver un ami en qui vous avez confiance et confiez­vous», conclut-il.

(Pho­to TC Me­dia – An­to­ny Da Sil­va-Casimiro)

Graeme McGon­nell ne se gêne pas pour par­ler de san­té men­tale, un su­jet beau­coup trop ta­bou se­lon lui.

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