Le com­bat de Ka­tya­na

La Revue - - ACTUALITÉS - MA­RIE PIER LÉ­CUYER ma­rie­pier.le­cuyer@tc.tc

Ap­prendre que l’on de­vra com­battre un can­cer n’est ja­mais chose fa­cile. En­core moins quand il s’agit d’un jeune en­fant qui s’ap­prête à li­vrer le com­bat de sa vie.

Ka­tya­na avait 3 ans et de­mi quand ses pa­rents ont ap­pris qu’elle était sé­rieu­se­ment ma­lade. André Pel­le­tier et Jo­sée Le­vac ont ac­cep­té de se confier à La Re­vue dans le cadre du Mois de la sen­si­bi­li­sa­tion au can­cer chez l’en­fant. Si la fa­mille a ac­cep­té de ra­con­ter l’his­toire de leur fille, c’est pour sen­si­bi­li­ser les gens à la cause et rap­pe­ler que le can­cer pé­dia­trique dé­passe lar­ge­ment la perte de che­veux.

Le 19 mars 2016, la vie de cette fa­mille unie de sept en­fants a été cham­bou­lée. Avant cette date, la petite Ka­tya­na se plai­gnait de mal de ventre de­puis deux se­maines tou­jours lo­ca­li­sé au même en­droit. Puis la si­tua­tion s’est amé­lio­rée. Mais peu de temps après, la si­tua­tion s’est dé­té­rio­rée de nou­veau. « Elle était lé­thar­gique, ne par­ti­ci­pait pas avec ses soeurs, était cou­chée sur le di­van», ra­conte sa mère, Jo­sée Le­vac.

De­vant le mal qui ne pas­sait pas et les plaintes noc­turnes de la jeune fille, les pa­rents ont dé­ci­dé de consul­ter. C’était le 19 mars, en fin de soi­rée. André Pel­le­tier et sa fille se sont ren­dus au Centre hos­pi­ta­lier pour en­fants de l’est de l’On­ta­rio (CHEO). Il de­vait être aux alen­tours de 22h, se rap­pelle le père. À ce mo­ment, on lui men­tionne la pos­si­bi­li­té qu’il s’agisse d’une tu­meur de Willms.

Le lun­di sui­vant, on leur confirme le diag­nos­tic. Et Ka­tya­na était dans la phase 4 du can­cer. «C’était leur pire cas de Wilms qu’ils ont eu au CHEO», ra­conte la mère de sept en­fants. Dans cer­tains cas, cette tu­meur af­fecte un rein. Dans d’autres, comme pour Ka­tya­na, le can­cer est bi­la­té­ral, donc dans les deux reins. Comble de mal­chance, elle avait aus­si des mé­ta­stases aux pou­mons. Un cas en­core plus rare. «C’était vrai­ment avan­cé», confie le père de fa­mille.

On a dû lui re­ti­rer le rein gauche. La tu­meur était deux fois la taille de son or­gane. Une par­tie du rein droit a aus­si dû être re­ti­ré. Quelques jours à peine après le diag­nos­tic, le mer­cre­di sui­vant, Ka­tya­na avait eu sa pre­mière chi­mio­thé­ra­pie, et avait dé­jà su­bi une pre­mière opé­ra­tion.

DES MALCHANCES

Au dé­part, les trai­te­ments de Ka­tya­na de­vaient se ter­mi­ner en oc­tobre. Mais quand la biop­sie est re­ve­nue, le son de cloche était to­ta­le­ment dif­fé­rent. Il fal­lait re­faire des trai­te­ments jus­qu’en jan­vier. Et entre temps, Ka­tya­na a vé­cu toutes les malchances pos­sibles, ce qui a fi­ni par re­pous­ser la fin des trai­te­ments au mois de mars.

Au dé­part, elle pou­vait al­ler faire ses trai­te­ments et re­tour­ner à la mai­son. Même que dans les pre­mières se­maines, elle jouait en­core de­hors avec ses soeurs. Mais ça n’a pas pris de temps qu’elle a dû faire ses trai­te­ments à l’hô­pi­tal de fa­çon conti­nue.

Du­rant le grand week- end de sep­tembre 2016, elle contracte la gas­tro. Les se­maines sui­vantes, son état va­rie en mon­tagne russe. Elle était tout le temps ma­lade. «Elle ne man­geait presque pu rien, elle pe­sait 24 livres » , confie-t-elle.

Fi­na­le­ment, on leur an­nonce qu’elle a contrac­té le C. Dif­fi­cile. Elle se­ra en­suite hos­pi­ta­li­sée du­rant tout l’au­tomne. Mais la mal­chance ne s’ar­rête pas là. Ka­tya­na contracte un deuxième C. Dif­fi­cile en no­vembre. «On ne pou­vait pas croire qu’elle l’avait en­core», se rap­pelle Jo­sée. À ce mo­ment, elle s’est re­trou­vée in­tu­bée, en­tou­rée de nom­breuses ma­chines. «Il n’y a per­sonne qui veut voir son en­fant comme ça», ad­met la mère de fa­mille.

Du­rant ces trai­te­ments, la jeune fille s’était aus­si fait ins­tal­ler un ca­thé­ter vei­neux sous­cu­ta­né (port-a- cath). Les malchances s’étant abat­tues sur la jeune fille, son port a bri­sé deux fois en quelques se­maines, ra­conte la mère de Ka­tya­na. Quelque chose qui ar­rive très peu sou­vent. «Dé­jà que c’était dif­fi­cile, on a eu des choses qui n’ar­rivent pas», ra­conte Jo­sée Le­vac.

Au cours de sa jeune vie, Ka­tya­na a eu cinq opé­ra­tions, 68 trans­fu­sions de pla­quettes et glo­bules rouges et six autres d’an­ti­corps spé­cia­li­sés, en plus de pas­ser au tra­vers de trai­te­ments de ra­dio­thé­ra­pie et de chi­mio­thé­ra­pie. D’oc­tobre 2016 à juillet 2017, elle était in­ca­pable de man­ger nor­ma­le­ment. Elle a dû être nour­rie de fa­çon in­tra­vei­neuse.

« Il n’y a per­sonne qui veut voir son en­fant comme ça» Jo­sée Le­vac

DES IM­PACTS

Dor­mir à l’hô­pi­tal pen­dant des mois n’a pas été fa­cile, conviennent les pa­rents. Une telle épreuve a ses im­pacts sur une fa­mille. D’au­tant plus que la fa­mille compte sept en­fants et qu’il fal­lait quel­qu’un à la mai­son pour s’oc­cu­per des soeurs de Ka­tya­na. «On se par­ta­geait la tâche avec nos six autres en­fants, ra­conte la mère de fa­mille. Ça, ça a été dif­fi­cile, de tou­jours être un pa­rent à la mai­son et un pa­rent à l’hô­pi­tal.»

Puis, quand la jeune fille a ter­mi­né ses trai­te­ments en mars, la fa­mille croyait pou­voir tour­ner la page. «Mais même si c’est fi­ni… ce n’est pas fi­ni», lance le père de fa­mille. Il a fal­lu quelques mois par la suite avant qu’elle re­com­mence à man­ger nor­ma­le­ment.

La bonne nou­velle? Ka­tya­na est beau­coup mieux et a même pu pro­fi­ter de sa pre­mière ren­trée sco­laire, comme toutes les jeunes filles de son âge. Elle re­com­men­ce­ra aus­si le pa­tin cet au­tomne.

Mais la jeune fille de­vra tout de même être sui­vie pour le res­tant de ses jours. Les trai­te­ments de ra­dio­thé­ra­pie, entre autres, ont des consé­quences. «La ra­dia­tion, ça a été dur sur moi et André, confie la mère de fa­mille. On connais­sait les consé­quences et on sa­vait qu’elle ne se­rait ja­mais pa­reille après, sur­tout avec le nombre qu’elle était pour avoir. » Pour le pro­chain deux ans, elle se­ra sui­vie au trois mois, puis éven­tuel­le­ment aux six mois et en­suite une fois par an­née.

LE SUP­PORT DE LEU­CAN

À tra­vers ces épreuves, la fa­mille dit avoir eu un sup­port in­croyable de Leu­can Ou­taouais, mais aus­si du CHEO. Des in­fir­mières de ces or­ga­ni­sa­tions se sont no­tam­ment ren­dues à l’école des soeurs de Ka­tya­na pour les sen­si­bi­li­ser à la condi­tion de la jeune fille et à l’im­por­tance qu’elle ne contracte pas de vi­rus. «Ç’a m’a en­le­vé beau­coup de stress.»

Les vi­sites des gens de Leu­can à l’hô­pi­tal met­taient un baume sur leur coeur. Mais l’une des grosses consé­quences reste sans doute celle fi­nan­cière. Elle sou­ligne d’ailleurs les dif­fé­rents pro­grammes de l’or­ga­ni­sa­tion pour sou­te­nir mo­ra­le­ment ou fi­nan­ciè­re­ment les fa­milles tou­chées par le can­cer d’un en­fant.

(Pho­to: Gra­cieu­se­té)

Mal­gré son jeune âge, Ka­tya­na a dû pas­ser à tra­vers de nom­breux trai­te­ments.

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