LES EM­PLOIS D’ÉTÉ

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J’aime re­pen­ser à mes em­plois d’été, et à mes pre­mières ex­pé­riences en mi­lieu de tra­vail. Ap­pren­tis­sage. Dé­cou­vertes. Dé­fis. Di­rec­tives non né­go­ciables: être ponc­tuel et fiable, tra­vailler en équipe, être pro­duc­tif. Mes pre­miers em­plois ont fait de moi un adulte res­pon­sable et plus conci­liant.

L’an­née de mes 14 ans, j’ai pré­pa­ré un CV. Nom, adresse, nu­mé­ro de té­lé­phone, langues par­lées, études en cours. Il fai­sait une de­mi­page ! J’ai feuille­té les pe­tites an­nonces clas­sées. J’ai pos­tu­lé à chaque offre qui me sem­blait ac­ces­sible ! J’ai at­ten­du l’ap­pel mi­ra­cu­leux.

Était-ce ma bonne étoile ? J’ai réus­si à me trou­ver deux ‘jo­bines’, de juin à la fin août, pen­dant une dou­zaine de se­maines. La du­rée de mes va­cances sco­laires. J’ai ac­cep­té sans re­chi­gner toutes les condi­tions im­po­sées: sa­laire in­fime, jour­nées de 12 heures, tra­vaux phy­siques. J’ai fait de la pein­ture et de l’en­tre­tien pay­sa­ger. Ça forge le ca­rac­tère. C’est bon pour l’hu­mi­li­té.

DES LE­ÇONS DE VIE

L’an­née de mes quinze ans, j’avoue avoir tri­ché. J’ai fait croire que j’avais 16 ans, l’âge lé­gal pour tra­vailler dans une en­tre­prise. J’étais convain­cu que quel­qu’un me convo­que­rait pour une entrevue. J’étais grand. J’avais l’air sé­rieux. La Ca­na­da Pa­ckers m’a of­fert un em­ploi ré­gu­lier. Cet été-là, de 7 heures à 17 heures, six jours par se­maine, j’ai trans­por­té sur un mi­ni­trac­teur des quartiers de boeuf, de l’en­tre­pôt de congé­la­tion à la salle de dé­pe­çage. Dé­pla­cer ces car­casses de viande ac­cro­chées à des cro­chets de fer m’ont gar­dé en forme !

Moyen­nant un sur­plus de quelques dol­lars, je ser­vais aus­si le re­pas du mi­di à la cantine de l’usine. Je me sou­viens du mon­tant pré­cis de ma paye heb­do­ma­daire, comme si c’était hier. Cin­quante dol­lars, payés comp­tant dans une en­ve­loppe brune, tous les sa­me­dis, à 17h pré­cise !

En at­ten­dant mon au­to­bus, je comp­tais et re­comp­tais avec fier­té les cinq billets de dix dol­lars, fruit de mon la­beur. J’avais hâte d’al­ler les dé­po­ser dans mon compte à la caisse po­pu­laire. Je ne gar­dais que 5 dol­lars pour mes dé­penses per­son­nelles.

Est-ce mal d’avoir men­ti sur mon âge pour pou­voir tra­vailler plus jeune ? Ma cause était louable : mettre de l’argent de cô­té pour mes études uni­ver­si­taires, ne pas im­po­ser un far­deau fi­nan­cier à mes pa­rents, et jouir de quelques ‘piastres’ pour des sor­ties au ci­né­ma avec ma blonde !

MES QUATRE ÉTÉS À LA RONDE

L’an­née de mes vrais 16 ans, j’ai dé­cro­ché un em­ploi d’été à l’Expo Uni­ver­selle de Mon­tréal. Une chance in­ouïe. Des di­zaines de mil­liers d’étu­diants en rê­vaient. Terre des Hommes avec ses Pa­villons thé­ma­tiques et sa dou­zaine de ma­nèges, c’était être ‘payé’ pour tra­vailler dans une am­biance de fête !

On m’a af­fec­té aux ma­nèges pour en­fants à la Ronde. Les Joyeux Mous­saillons. Le Tchou Tchou. Le Ca­rous­sel. Après quelques se­maines, le ‘boss’ m’a trans­fé­ré dans la zone des adultes : la Grande Roue, la Pi­toune, la Spi­rale. Et j’ai abou­ti de fa­çon per­ma­nente au Gy­ro­tron, le plus spec­ta­cu­laire des ma­nèges de l’époque. Sur un banc étroit ac­cro­ché à des rails, quatre pas­sa­gers cir­cu­laient à vive al­lure entre ciel et terre, en pas­sant dans un vol­can en érup­tion ! Comme pré­po­sé, je de­vais por­ter un cos­tume d’as­tro­naute, et j’ado­rais jouer le jeu. J’y ai pas­sé quatre étés in­ou­bliables !

Quand le parc d’at­trac­tions fer­mait vers mi­nuit, je de­vais ap­por­ter les billets de la jour­née au bu­reau de l’ad­mi­nis­tra­tion, ad­ja­cent au Pa­villon de la jeu­nesse, où flot­tait en per­ma­nence une odeur de can­na­bis et de ‘par­ty’.

Un soir, trois gars in­toxi­qués m’ont at­ta­qué vio­lem­ment pour vo­ler les sacs. La peur m’a sai­si. J’étais cein­ture mar­ron au ju­do. Je jouais au ho­ckey et au foot­ball. Je me suis dé­fen­du avec achar­ne­ment. Les trois gars s’en sou­viennent peut-être ! Moi, je n’ai ja­mais ou­blié. Cet évé­ne­ment m’a don­né confiance en moi. De­puis, je n’ai plus peur. Ni dans mon quo­ti­dien, ni en voyage. Un em­ploi d’été, c’est une bonne école de la vie.

‘Mon’ Gy­ro­tron, ma­nège culte de la Ronde, en 1967

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