Les tech­no­lo­gies pour mieux gé­rer l’en­tre­prise

La Terre de chez nous - - INNOVATIONS - MAR­TIN PRIMEAU

MON­TRÉAL — Les pro­duc­teurs qué­bé­cois au­ront bien­tôt ac­cès à une toute nou­velle ap­pli­ca­tion pour mieux ad­mi­nis­trer les af­faires de leur ferme.

C’est là l’une des ini­tia­tives que compte lan­cer d’ici quelques mois La Coop fé­dé­rée. Cet ou­til, dé­ve­lop­pé en col­la­bo­ra­tion avec la co­opé­ra­tive fran­çaise InVi­vo, don­ne­ra aux pro­duc­teurs la pos­si­bi­li­té de mieux gé­rer le flot de don­nées qu’ac­cu­mule quo­ti­dien­ne­ment leur ex­ploi­ta­tion, en fa­ci­li­tant par exemple la com­mu­ni­ca­tion avec les dé­taillants.

Toutes sortes d’ap­proches no­va­trices sont mises en oeuvre dans les fermes pour leur per­mettre de ga­gner en pro­duc­ti­vi­té tout en li­mi­tant leur im­pact sur l’en­vi­ron­ne­ment. Les don­nées de pro­duc­tion, la me­sure des in­trants et l’étalonnage de la terre, ju­me­lés à de la géo­lo­ca­li­sa­tion, sont des tech­no­lo­gies qui gé­nèrent une mon­tagne de don­nées qu’il faut sa­voir ana­ly­ser. Et c’est là que l’ap­pli­ca­tion entre en jeu.

Bien sûr, des ou­tils du genre existent dé­jà, ex­plique Sé­bas­tien Lé­veillé, vi­ce­pré­sident agri­cole de La Coop fé­dé­rée, mais ils ré­pondent à des be­soins trop spé­ci­fiques, se­lon lui. L’ap­pli­ca­tion dé­ve­lop­pée par son or­ga­ni­sa­tion re­grou­pe­ra plu­sieurs fonc­tions à la fois.

« On pense que les pro­duc­teurs ne veulent pas se mettre à uti­li­ser 50 so­lu­tions, a-t-il ex­pli­qué en en­tre­vue avec la Terre. L’im­por­tant pour nous, c’est de leur fa­ci­li­ter la vie. Plu­sieurs mois nous sé­parent en­core du lan­ce­ment de cette ap­pli­ca­tion. On tra­vaille là-des­sus. »

Freins à l’adop­tion

Sé­bas­tien Lé­veillé agis­sait à titre d’ani­ma­teur du fo­rum In­no­va­tion agri­cole : en route vers une ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique, qui a eu lieu l’Hô­tel Bo­na­ven­ture le 14 juin der­nier dans le cadre de la Confé­rence de Mon­tréal.

L’évé­ne­ment réunis­sait quatre in­ter­ve­nants is­sus d’ho­ri­zons dif­fé­rents, qui ont illus­tré com­ment la com­mu­ni­ca­tion entre les dé­ve­lop­peurs, les pro­duc­teurs et les dé­ci­deurs était cen­trale pour l’im­plan­ta­tion des tech­no­lo­gies dans les fermes.

D’en­trée de jeu, Mar­cel Gro­leau, pré­sident de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA), a ré­su­mé ce qui ame­nait un pro­duc­teur à in­no­ver : « Pour nous, ça re­vient à deux ques­tions. Est-ce qu’on gagne du temps? Et estce qu’on épargne de l’ar­gent? »

Mais ré­pondre à de telles ques­tions re­quiert d’abord que quel­qu’un teste la tech­no­lo­gie. Et ces pre­miers uti­li­sa­teurs – ear­ly users en an­glais – ne sont pas lé­gion au Qué­bec.

Se­lon le pré­sident de l’UPA, la pe­tite taille des fermes qué­bé­coises agit comme un pre­mier frein, em­pê­chant l’adop­tion de tech­no­lo­gies par­fois trop coû­teuses. La mé­con­nais­sance de l’an­glais par cer­tains crée­rait aus­si une en­trave. « La cu­rio­si­té est là, a-t-il lan­cé. Mais s’il n’y a pas un dis­tri­bu­teur de tech­no­lo­gie ca­pable de par­ler en fran­çais, la langue peut être un pro­blème. »

Ces freins ra­len­tissent l’adop­tion de cer­taines tech­no­lo­gies dans les fermes d’ici. Le hic, c’est qu’ils re­tardent aus­si la mise en place de po­li­tiques qui pour­raient fa­ci­li­ter leur in­té­gra­tion. C’est ce qu’a ex­pli­qué Ch­ris Forbes, sous-mi­nistre dé­lé­gué à Agri­cul­ture et Agroa­li­men­taire Ca­na­da et par­ti­ci­pant à la table ronde.

« Quand on parle d’in­no­va­tion, le gou­ver­ne­ment ca­na­dien est là de la re­cherche à la com­mer­cia­li­sa­tion, mais au mo­ment où on ar­rive à l’adop­tion, on laisse le sec­teur pri­vé dé­ci­der de ce dont il a be­soin », a-t-il in­di­qué.

Or, la ré­gle­men­ta­tion par les gou­ver­ne­ments agit par­fois comme un le­vier à l’in­té­gra­tion de nou­velles tech­no­lo­gies, a sou­li­gné pour sa part Ro­main Fa­roux, di­rec­teur gé­né­ral et co­fon­da­teur d’Ai­ri­nov, une en­tre­prise fran­çaise qui a dé­ve­lop­pé un drone pour ana­ly­ser les sols et les cultures.

Se­lon lui, l’éla­bo­ra­tion de tech­no­lo­gies et leur in­té­gra­tion re­quer­ront une com­mu­ni­ca­tion ef­fi­cace entre les dif­fé­rentes sphères im­pli­quées. C’est vrai pour les gou­ver­ne­ments, mais aus­si pour les dé­ve­lop­peurs, agro­nomes et pro­duc­teurs eux-mêmes. « Le dé­fi, c’est que tout le monde se com­prenne », a-t-il ré­su­mé.

Sé­bas­tien Lé­veillé, en com­pa­gnie des quatre pa­nel­listes Ch­ris Forbes, sous-mi­nistre dé­lé­gué à Agri­cul­ture et Agroa­li­men­taire Ca­na­da, Mar­cel Gro­leau, pré­sident de l’UPA, Laurent Mar­tel, di­rec­teur gé­né­ral du pôle agri­cul­ture à InVi­vo, et Ro­main Fa­roux, di­rec­teur gé­né­ral et co­fon­da­teur d’Ai­ri­nov.

Au Qué­bec, la pe­tite taille des fermes et la mé­con­nais­sance de l’an­glais em­pêchent l’adop­tion de nou­velles tech­no­lo­gies.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.