La Chine, mo­teur du mar­ché mon­dial

La Terre de chez nous - - PORCS - PIERRE-YVON BÉ­GIN

SAINT-AGAPIT — Les Chi­nois consomment 6 355 tonnes de porc… à l’heure! Les pro­duc­teurs de porcs ca­na­diens peuvent d’au­tant es­pé­rer pro­fi­ter de cet im­por­tant mar­ché que les plus for­tu­nés boudent car­ré­ment le porc éle­vé en Chine. Tiens donc!

« Les riches ne veulent pas ache­ter du porc chi­nois pour leurs en­fants et le porc ca­na­dien est per­çu comme un pro­duit sa­lubre », ex­plique Jacques Po­mer­leau, pré­sident de Ca­na­da Porc International. Ce­lui-ci était confé­ren­cier à la ré­cente as­sem­blée gé­né­rale d’in­for­ma­tion du Centre de dé­ve­lop­pe­ment du porc du Qué­bec (CDPQ). En com­pa­gnie d’un spé­cia­liste amé­ri­cain, Brett Stuart; de Glo­bal AgriT­rends, il a dé­peint les pos­si­bi­li­tés of­fertes par le mar­ché mon­dial.

Jacques Po­mer­leau dé­crit la Chine comme « l’énorme as­pi­ra­teur » de ce vaste mar­ché. Il note ce­pen­dant que les Chi­nois doutent de la du­rée de vie de 55 jours des pro­duits ca­na­diens frais, ré­fri­gé­rés et em­bal­lés sous vide. Si les be­soins de la Chine sont énormes, conseille-t-il, il im­porte de de­meu­rer pru­dent, « le co­py­right de­ve­nant right to co­py » dans l’Em­pire du Mi­lieu. Il rap­porte avoir dé­jà vu des pro­duits bré­si­liens éti­que­tés avec le lo­go ca­na­dien après être pas­sés par Hong Kong, « la porte d’en ar­rière de la Chine ». Les contre­ban­diers, dit-il, y contrôlent pas moins de 20 % des im­por­ta­tions.

« En 2015, illustre Jacques Po­mer­leau, c’est la pre­mière fois que les consom­ma­teurs ca­na­diens ont man­gé plus de porc que de boeuf. Ça ne va pas du­rer. Les deux tiers de nos ex­por­ta­tions, du frais, vont vers le Ja­pon. Les Eu­ro­péens n’ont pas notre tech­no­lo­gie et ça joue en notre fa­veur. Le mar­ché du fu­tur, c’est l’Inde où les gens ne font pas vrai­ment confiance au porc in­dien. Ils sont sur­tout in­té­res­sés par les pro­duits trans­for­més, le ba­con haut de gamme. »

Jacques Po­mer­leau in­dique aus­si que des né­go­cia­tions ont re­pris avec la Rus­sie afin de le­ver l’em­bar­go, no­tam­ment pour les abats. À ce cha­pitre, il note que beau­coup trop d’abats de porcs ca­na­diens s’en vont à l’équar­ris­sage et qu’une nou­velle usine de trans­for­ma­tion se­rait la bien­ve­nue. L’Ukraine, l’Ar­gen­tine et l’Afrique du Sud, sou­ligne-t-il, re­pré­sentent aus­si des cibles po­ten­tielles.

Où iront les porcs?

Même si les Chi­nois consomment 6 355 tonnes de viande de porc chaque heure, la de­mande risque de s’es­souf­fler. C’est la pré­vi­sion de Brett Stuart, qui s’in­ter­roge sur la pro­chaine des­ti­na­tion de la crois­sance du chep­tel por­cin. L’ex­pert rap­porte que cinq nou­veaux abat­toirs de porcs ver­ront le jour d’ici 2018 aux ÉtatsU­nis, ce qui ajou­te­ra 32 000 porcs à la ca­pa­ci­té quo­ti­dienne d’abat­tage. De plus, 150 nou­veaux éle­vages de porcs en­tre­ront bien­tôt en ac­ti­vi­té en Io­wa seu­le­ment. « La con­som­ma­tion aux États-Unis va de­meu­rer la même. Alors, où iront tous les sur­plus de porc? » de­mande Brett Stuart.

« Le porc, illustre-t-il, est res­pon­sable du tiers de l’in­fla­tion en Chine. Les ap­pro­vi­sion­ne­ments sont ser­rés et même si le pays est au­to­suf­fi­sant à 97 %, il va de­meu­rer le plus grand im­por­ta­teur de viande de porc. »

«Même si la Chine est au­to­suf­fi­sante à 97 %, elle va de­meu­rer la plus grande im­por­ta­trice de viande de porc.»

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