Les ver­gers d’Oka dé­vas­tés par le feu bac­té­rien

La Terre de chez nous - - GRANDES CULTURES - MA­RIANNE BISSONNETTE mbis­son­nette@la­terre.ca

SAINT-JO­SEPH-DU-LAC — Une épi­dé­mie de feu bac­té­rien sans pré­cé­dent frappe ac­tuel­le­ment les pom­miers des Lau­ren­tides. Bien que toute la ré­gion soit en état d’alerte, c’est Oka et les mu­ni­ci­pa­li­tés en­vi­ron­nantes qui sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chées.

« Mon ver­ger est hy­po­thé­qué pour l’an pro­chain et peut-être même pour les autres an­nées d’après, si le feu re­vient », dé­plore Oli­vier Lau­zon, du Ver­ger Ré­jean Lau­zon, à Saint-Jo­se­ph­du-Lac. Les Pro­duc­teurs de pommes des Lau­ren­tides es­timent que l’in­fec­tion est très grave dans 30 % de la cen­taine de ver­gers de la ré­gion tou­chée. Ce­la peut prendre jus­qu’à 300 heures de tra­vail par hec­tare sim­ple­ment pour cou­per les branches tou­chées par la brû­lure bac­té­rienne. La main-d’oeuvre ad­di­tion­nelle im­plique des sommes im­pré­vues, ce qui in­quiète les pro­duc­teurs. Cer­tains pom­miers trop at­teints pour être sau­vés fi­nissent cou­pés à même le tronc, une grande perte pour les pro­duc­teurs qui pos­sèdent par­fois ces arbres de­puis des dé­cen­nies.

Un concours de cir­cons­tances

Se­lon les ana­lyses du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, des Pê­che­ries et de l’Ali­men­ta­tion du Qué­bec (MAPAQ), une ro­sée im­pré­vue sur­ve­nue le 23 mai au­rait dé­clen­ché le feu bac­té­rien, qui se se­rait ré­pan­du ra­pi­de­ment de fleur en fleur, trans­por­té par les pol­li­ni­sa­teurs. « Une hu­mec­ta­tion est es­sen­tielle à la pro­gres­sion des symp­tômes, ex­plique So­phia Boi­vin, di­rec­trice de la phy­to­pro­tec­tion au MAPAQ. Au­cune pluie n’était pré­vue ce jour-là et les mo­dèles pré­vi­sion­nels ont pro­ba­ble­ment omis la pos­si­bi­li­té d’une ro­sée im­por­tante, ce qui fait que les pro­duc­teurs n’ont pas ap­pli­qué de trai­te­ment. »

Dans les autres ré­gions po­mi­coles du Qué­bec, la brû­lure bac­té­rienne, bien que pré­sente, ne semble pas être aus­si vi­ru­lente. « Entre ici et Hem­ming­ford, on peut avoir quatre ou cinq jours de dif­fé­rence entre les flo­rai­sons, ex­plique Éric Rochon, pré­sident des Pro­duc­teurs de pommes des Lau­ren­tides. Si leur flo­rai­son s’est ter­mi­née avant qu’il y ait une hu­mec­ta­tion, ça peut ex­pli­quer pour­quoi ils s’en sont sau­vés. » Sur l’autre flanc de la mon­tagne, on re­trouve éga­le­ment moins de dé­gâts. « Chez moi, je suis très iso­lé, alors j’en ai très peu. Je touche du bois », lance M. Rochon, sou­la­gé. Mais à peine à 4 km plus loin, c’est la ca­tas­trophe, à un point où cer­tains po­mi­cul­teurs craignent de ne pas pou­voir sur­vivre à une deuxième an­née de feu bac­té­rien de cette am­pleur.

« À force de cou­per des branches, on n’au­ra plus de feu bac­té­rien, mais on n’au­ra plus de ver­ger non plus. » – Do­mi­nique Vincent, Ver­ger bio d’Oka

Ré­colte sauvée

Heu­reu­se­ment, bien que l’épi­dé­mie soit ma­jeure, les pro­duc­teurs ne semblent pas croire que la ré­colte se­ra ca­tas­tro­phique. « L’au­to­cueillette et la qua­li­té des pommes ne sont pas me­na­cées, mais c’est le temps in­ves­ti à m’en as­su­rer qui m’in­quiète », in­dique Oli­vier Lau­zon. Comme les branches sont pour la plu­part cou­pées avant d’avoir pu conta­mi­ner les fruits et que les pommes at­teintes tombent d’el­les­mêmes avant leur ma­tu­ri­té, il n’y a pas à craindre une conta­mi­na­tion sur les ta­blettes d’épi­ce­rie.

Ce­pen­dant, comme cer­taines va­rié­tés sont plus at­teintes que d’autres, des po­mi­cul­teurs plus spé­cia­li­sés craignent tout de même de voir leurs re­ve­nus des­cendre dras­ti­que­ment. Ce­la s’ajoute aux dé­penses en ef­fec­tifs sup­plé­men­taires qu’ils doivent as­su­mer pour la coupe de branches.

Oli­vier Lau­zon, po­mi­cul­teur, es­time que son ver­ger est hy­po­thé­qué pour l’an pro­chain et peut-être pour les an­nées à ve­nir, si le feu re­vient.

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