Fau­cher le foin sans nuire aux oi­seaux

La Terre de chez nous - - BIODIVERSITÉ - MA­RIANNE BIS­SON­NETTE

Un pro­jet de la So­cié­té de conser­va­tion, d’in­ter­pré­ta­tion et de re­cherche de Ber­thier et ses îles (SCIRBI) s’avère fruc­tueux pour sau­ver les oi­seaux qui nichent dans les prai­ries de l’ar­chi­pel du lac Saint-Pierre. En rai­son de la si­tua­tion par­ti­cu­lière de la ré­gion, où plus de la moi­tié des terres servent à la cul­ture du foin, les oi­seaux des prai­ries voient leur sur­vie me­na­cée pen­dant la pé­riode de fauche.

« Entre 1970 et 2012, la po­pu­la­tion de go­glus des prés vi­vant dans la plaine du Saint-Laurent a di­mi­nué en moyenne de 70 % », in­dique Alexandre Ni­cole, cher­cheur en or­ni­tho­lo­gie à la SCIRBI. Ça fait main­te­nant deux ans qu’Alexandre Ni­cole et ses col­lègues tra­vaillent d’ar­ra­che­pied à trou­ver une so­lu­tion au pro­blème. Des me­sures ont ain­si été pen­sées pour créer un re­fuge au sein de ce ter­ri­toire agri­cole où la fauche de foin en­lève la vie à des cen­taines d’oi­seaux chaque an­née.

Mul­tiples vo­lets

« Peu de gens savent que de nom­breux oi­seaux uti­lisent les prai­ries pour leur ni­di­fi­ca­tion, dé­plore M. Ni­cole. Et au mo­ment de la fauche, ceux-ci sont hap­pés par la ma­chi­ne­rie agri­cole, car ils ont pour ré­flexe de se col­ler à leur nid. » La me­sure de pro­tec­tion prin­ci­pale du pro­jet consiste donc à reporter la pé­riode de fauche au moins au 1er juillet. Jus­qu’à main­te­nant, 12 pro­duc­teurs par­ti­cipent à l’ini­tia­tive.

In­no­va­tion lo­cale

Ce­pen­dant, il n’est pas tou­jours pos­sible pour les culti­va­teurs de reporter leur fauche. C’est là que la barre d’ef­fa­rou­che­ment est à pri­vi­lé­gier. Créé par un mé­ca­ni­cien de la ré­gion, l’ob­jet est consti­tué d’une barre de mé­tal le long de la­quelle pendent des chaînes qui pro­duisent du bruit lorsque la fau­cheuse se dé­place. Réa­li­sés en quelques se­condes à peine, les pre­miers es­sais ont per­mis à l’équi­pe­ment de faire ses preuves; de nom­breux oi­seaux, dont le go­glu des prés, l’em­blème du pro­jet, se sont en­fuis à son ap­proche. Jus­qu’à présent, des barres d’ef­fa­rou­che­ment sont uti­li­sées sur plus de 200 hec­tares par les fermes Ber­che­va et Val­ré­mi, deux ex­ploi­ta­tions de l’ar­chi­pel du lac Saint-Pierre. Une troi­sième barre est tou­jours dis­po­nible.

Si la suite des choses est pour le mo­ment in­cer­taine, l’ex­pé­rience a tout de même per­mis à l’équipe d’Alexandre Ni­cole de mieux connaître le ter­ri­toire, mais sur­tout de tis­ser des liens avec les agri­cul­teurs de la ré­gion. « Ils sont ou­verts à nos idées, s’en­thou­siasme ce­lui qui fe­ra bien­tôt pa­raître un guide de conser­va­tion des oi­seaux en mi­lieu agri­cole, et plu­sieurs dé­si­rent conti­nuer même après la fin du pro­jet. Ça va au-de­là de nos es­pé­rances! »

Peu de gens savent que de nom­breux oi­seaux uti­lisent les prai­ries pour leur ni­di­fi­ca­tion, dé­plore M. Ni­cole.

La barre d’ef­fa­rou­che­ment a été conçue et cons­truite par Mé­ca­nique Houle-Tech, une en­tre­prise de la ré­gion de Ber­thier.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.