L’en­ga­ge­ment col­lec­tif hu­ma­nise l’économie

La Terre de chez nous - - ÉDITORIAL - MAR­CEL GROLEAU

Le Centre de ré­fé­rence en agri­cul­ture et agroa­li­men­taire du Qué­bec (CRAAQ) or­ga­nise chaque an­née une jour­née sur les pers­pec­tives agroa­li­men­taires. Cet évé­ne­ment est une oc­ca­sion de faire le point sur la ten­dance des mar­chés agri­coles, mais aus­si sur l’économie en gé­né­ral. À ce titre, le di­rec­teur gé­né­ral du Chan­tier de l’économie so­ciale, Jean-Martin Aus­sant, a fait un tour d’ho­ri­zon de ce concept la se­maine der­nière à l’oc­ca­sion des Pers­pec­tives 2017. Les en­tre­prises d’économie so­ciale, éga­le­ment ap­pe­lées en­tre­prises col­lec­tives, pro­duisent et vendent des biens et des ser­vices tout en ré­pon­dant à des be­soins so­ciaux comme l’in­té­gra­tion so­cio­pro­fes­sion­nelle, la créa­tion d’em­plois, le main­tien de ser­vices de proxi­mi­té et la pré­ser­va­tion de la vie cultu­relle lo­cale. Fon­da­men­ta­le­ment, leurs ac­ti­vi­tés mar­chandes ne consti­tuent pas une fin en soi, mais plu­tôt un levier dans la réa­li­sa­tion de leur mis­sion so­ciale. Se­lon M. Aus­sant, l’économie so­ciale « crée des en­tre­prises qui sur­vivent plus long­temps et des em­plois qui ne sont pas “dé­lo­ca­li­sables”. L’en­tre­pre­neu­riat col­lec­tif est donc meilleur pour les com­mu­nau­tés ». L’im­pact éco­no­mique de ces en­tre­prises est im­por­tant. Le Qué­bec compte en­vi­ron 7 000 en­tre­prises d’économie so­ciale qui pro­curent du tra­vail à plus de 150 000 per­sonnes, ce qui re­pré­sente un peu moins de 4 % de l’em­ploi to­tal au Qué­bec. En 2002, le chiffre d’af­faires an­nuel de ces en­tre­prises était de 17 G$. Au­jourd’hui, uni­que­ment pour celles qui sont consti­tuées en co­opé­ra­tive ou en mu­tuelle, ce chiffre at­teint 33,4 G$. L’économie so­ciale est un mode de dé­ve­lop­pe­ment et non un sec­teur d’ac­ti­vi­té éco­no­mique. Elle s’ap­plique donc à tous les sec­teurs, in­cluant l’agroa­li­men­taire. Jean-Martin Aus­sant a in­sis­té sur l’ap­port de ces en­tre­prises, prin­ci­pa­le­ment consti­tuées en co­opé­ra­tives, au dé­ve­lop­pe­ment, à l’in­no­va­tion et à l’en­tre­pre­neu­riat dans notre sec­teur. On n’a qu’à pen­ser à La Coop fé­dé­rée et à Agro­pur, mais aus­si à plu­sieurs cen­taines de PME par­tout sur le ter­ri­toire qué­bé­cois. M. Aus­sant n’a pas abor­dé di­rec­te­ment la mise en mar­ché col­lec­tive dans sa pré­sen­ta­tion, mais les pa­ral­lèles avec l’économie so­ciale sont nom­breux. Fon­da­men­ta­le­ment, la mise en mar­ché col­lec­tive ré­pond à des en­jeux so­cioé­co­no­miques, tels que les règles de pro­duc­tion et d’ap­pro­vi­sion­ne­ment du mar­ché ain­si que le par­tage des risques et des bé­né­fices par tous les pro­duc­teurs en­ga­gés dans une pro­duc­tion don­née. La Loi sur la mise en mar­ché des pro­duits agri­coles (LMMPA), qui a vu le jour en 1956, vi­sait d’abord à ré­équi­li­brer le rap­port de force entre les agri­cul­teurs et les ache­teurs de leurs pro­duits lors de né­go­cia­tions. À l’ins­tar des en­tre­prises d’économie so­ciale, les sec­teurs de pro­duc­tion qui ont re­cours aux plans conjoints ou aux chambres de co­or­di­na­tion ap­puient for­te­ment leurs ac­tions sur des va­leurs de so­li­da­ri­té et d’amé­lio­ra­tion du bien-être col­lec­tif. Comme pour l’économie so­ciale, les re­tom­bées de la mise en mar­ché col­lec­tive sont nom­breuses et bé­né­fi­cient à l’en­semble de la so­cié­té. L’in­ves­tis­se­ment im­por­tant des pro­duc­teurs au cha­pitre de la pro­mo­tion et de la re­cherche est pos­sible grâce à la mise en mar­ché col­lec­tive. Dans le sec­teur agri­cole, cette forme de com­mer­cia­li­sa­tion pro­cure des avan­tages si­gni­fi­ca­tifs aux pro­duc­teurs, mais aus­si aux ache­teurs, aux trans­for­ma­teurs, aux dis­tri­bu­teurs et aux consom­ma­teurs. L’ex­per­tise de M. Aus­sant est lar­ge­ment re­con­nue. Sa ca­pa­ci­té d’ex­pli­quer clai­re­ment les fon­de­ments de l’économie so­ciale per­met de bien sai­sir l’im­por­tance de cette ap­proche et les op­por­tu­ni­tés qu’elle offre. L’économie so­ciale n’est pas dis­so­ciée de l’économie de mar­ché et la ren­ta­bi­li­té doit être au ren­dez-vous, mais la re­cherche du pro­fit n’est pas la seule fi­na­li­té. Les in­di­vi­dus et la col­lec­ti­vi­té doivent en bé­né­fi­cier. L’en­ga­ge­ment col­lec­tif hu­ma­nise l’économie. En ce sens, la LMMPA, qui re­pose sur cette va­leur, est mo­derne et plus per­ti­nente que ja­mais.

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