Qu’est-ce qu’elle vous a fait, la ges­tion de l’offre?

La Terre de chez nous - - OPINIONS -

Lettre ou­verte à Maxime Ber­nier, Syl­vain Char­le­bois et Alain Du­buc

Qu’est-ce qu’elle vous a fait, la ges­tion de l’offre, Mes­sieurs Ber­nier, Char­le­bois et Du­buc? Qu’est-ce qui vous amène à at­ta­quer sys­té­ma­ti­que­ment et à tout bout de champ le mé­ca­nisme de ré­gu­la­tion de mar­ché, qui ga­ran­tit un re­ve­nu dé­cent aux pro­duc­teurs? Quel mal y a-t-il à vou­loir pro­té­ger un mo­dèle de com­mer­cia­li­sa­tion qui fa­vo­rise le main­tien des fermes fa­mi­liales, qui ra­len­tit le pro­ces­sus de concen­tra­tion des ex­ploi­ta­tions, qui as­sure la pé­ren­ni­té de l’agri­cul­ture dans les ré­gions éloi­gnées des grands centres grâce entre autres à la pé­réqua­tion du trans­port?

Vous ra­me­nez tou­jours l’ar­gu­ment mas­sue qui veut que les consom­ma­teurs ca­na­diens paient trop cher les pro­duits sous ges­tion de l’offre. Avez­vous in­clus dans vos com­pa­rai­sons les co­los­sales sub­ven­tions aux pro­duc­teurs amé­ri­cains prises à même les im­pôts des consom­ma­teurs?

Peut-être de­vriez-vous vous po­ser la ques­tion sui­vante : à qui pro­fi­te­rait réel­le­ment l’abo­li­tion du sys­tème de ges­tion de l’offre et la dé­ré­gle­men­ta­tion to­tale du sec­teur agroa­li­men­taire (et j’ajou­te­rais même la pri­va­ti­sa­tion de la SAQ, car les pa­ral­lèles avec le dé­bat ac­tuel sont nom­breux)? Vous se­riez bien naïfs de croire que ce se­rait prin­ci­pa­le­ment les consom­ma­teurs. Les seuls ga­gnants sont et se­ront tou­jours les grands groupes ali­men­taires de la trans­for­ma­tion et de la dis­tri­bu­tion, qui sont ceux qui tirent les fi­celles et qui poussent éner­gi­que­ment dans le sens de la dé­ré­gle­men­ta­tion et de la pri­va­ti­sa­tion.

N’ou­bliez sur­tout pas que le pro­duc­teur agri­cole est tou­jours le der­nier payé dans la chaîne de mise en va­leur d’un pro­duit et que son rap­port de force est qua­si in­exis­tant face aux oli­go­poles de l’ali­men­ta­tion.

L’ap­proche col­lec­tive de la mise en mar­ché est la seule ré­ponse va­lable re­la­ti­ve­ment à ce dés­équi­libre.

Mes­sieurs Ber­nier, Char­le­bois et Du­buc, je crois que vous se­riez bien heu­reux de voir le jour où les pro­duc­teurs agri­coles se­ront payés au sa­laire mi­ni­mum ou quand ils se­ront de­ve­nus tout sim­ple­ment sa­la­riés, car in­té­grés dans des mé­ga­fermes à pro­prié­té étran­gère.

Ils se­ront alors en me­sure d’of­frir leurs pro­duits aux prix les plus bas, tous les jours, aux consom­ma­teurs. Ce jour-là, il n’y au­ra pro­ba­ble­ment plus de pro­duc­tion agri­cole en Abi­ti­bi ou en Gas­pé­sie (ni de SAQ d’ailleurs). Les agri­cul­teurs ayant ain­si vu fondre leur pou­voir d’achat pour­ront tou­jours al­ler faire leur épi­ce­rie au Dol­la­ra­ma le plus proche!

Clé­ment La­lan­cette Saint-Bru­no-de-Mon­tar­ville

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