Non, mais « kos­sa » donne, la co­opé­ra­tion?

La Terre de chez nous - - CHRONIQUE CHRONIQUE - Alexandre Anc­til www.upa­di-agri.org

On y a bien pen­sé et re­pen­sé. On a hé­si­té. Et notre cu­rio­si­té nous a fait bas­cu­ler, tout dou­ce­ment, sans qu’on s’en rende compte, dans le monde de la co­opé­ra­tion vo­lon­taire. La vé­ri­table et sin­cère col­la­bo­ra­tion de pay­san à pay­san d’UPA Dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal (UPA DI). Eux, Djan et Zou­mi­té, deux jeunes pro­duc­teurs lea­ders du Bur­ki­na Fa­so et moi, l’éle­veur ovin qué­bé­cois au pas­sé d’agent syn­di­cal de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA), ain­si que ma fa­mille.

Ces deux pro­duc­teurs étaient dé­lé­gués par l’Union des grou­pe­ments pour la com­mer­cia­li­sa­tion des pro­duits agri­coles de la Boucle du Mou­houn (UGCPA/BM), par­te­naire d’UPA DI de­puis presque 25 ans.

Pen­dant plus de deux mois, nous avons donc ac­cueilli l’été der­nier ces deux vaillants Afri­cains, in­té­res­sés, as­si­dus et sé­rieux dans leur dé­marche d’ap­pren­tis­sage. Fai­sant preuve de gé­né­ro­si­té et d’em­pa­thie, nous nous sommes ra­pi­de­ment re­trou­vés non plus avec des sta­giaires, mais bien avec des amis à sou­te­nir. Ces éle­veurs d’une ré­gion se­mi-dé­ser­tique tentent gra­duel­le­ment de rem­pla­cer l’an­ces­trale pra­tique de di­va­ga­tion des ani­maux, où les trou­peaux se ba­ladent comme bon leur semble, par une pra­tique d’éle­vage en en­clos pour une ques­tion de sé­cu­ri­té rou­tière, parce que les conflits d’usage sont plus fré­quents et aus­si parce qu’il est pos­sible de faire mieux et d’amé­lio­rer ain­si les condi­tions de vie de la fa­mille grâce à ces pe­tits éle­vages ovins.

Il n’a pas fal­lu bien long­temps avant que Djan et Zou­mi­té aient cette même pré­oc­cu­pa­tion à notre égard en nous ai­dant et en fai­sant de leur mieux pour as­su­rer le bon fonc­tion­ne­ment de notre ferme. La vraie co­opé­ra­tion, comme je di­sais. Mais qu’al­laient-ils re­ti­rer de cette ex­pé­rience? Tout peut sem­bler tel­le­ment éloi­gné, op­po­sé même, moi avec mes gros trac­teurs et mon chep­tel de 1 000 têtes, eux avec leurs boeufs et leurs trou­peaux de moins d’une tren­taine d’ani­maux…

En fé­vrier, à l’oc­ca­sion d’une mis­sion de ren­for­ce­ment des pra­tiques d’éle­vage réa­li­sée par­mi eux au Bur­ki­na Fa­so, j’ai com­pris. Les conseils pro­di­gués à la tren­taine d’éle­veurs et d’éle­veuses ont tour­né au­tour des condi­tions en­vi­ron­ne­men­tales des ani­maux (hu­mi­di­té, ombre, aé­ra­tion), de consan­gui­ni­té, d’ali­men­ta­tion, de grou­page des bêtes, de sé­lec­tion gé­né­tique et de scé­na­rios tech­ni­co-éco­no­miques.

À une autre échelle, nous vi­vons une réa­li­té bien plus sem­blable qu’il n’y pa­raît. Nous sommes frères de terre. Et notre coup de main fait une dif­fé­rence. Une vraie. J’y re­tourne!

Alexandre tient dans ses bras An­gé­lique, le jeune bé­bé de Zou­mi­té, le pro­duc­teur bur­ki­na­bé qui a sé­jour­né chez lui à l’été 2016. On l’a nom­mée ain­si, comme la ben­ja­mine des en­fants d’Alexandre.

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