La ferme, un ter­rain de jeu dan­ge­reux

Bien qu’elle soit un mi­lieu de vie in­croyable pour éle­ver des en­fants, la ferme est loin d’être sé­cu­ri­taire. Im­pré­vi­sibles, les tout-pe­tits y sont par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rables.

La Terre de chez nous - - LA UNE - MYRIAM LAPLANTE EL HAÏLI mla­plante@ la­terre.ca @My­riamLa­plan­teE

« Le ter­rain de jeu des en­fants, c’est la cour, c’est la ferme, c’est le champ à la gran­deur. » – Car­men Du­charme

Lais­ser les tout-pe­tits seuls à la mai­son est ris­qué, mais les em­me­ner à la ferme l’est tout au­tant. Dif­fi­cile de faire par­ler ou­ver­te­ment les ma­mans sur une réa­li­té aty­pique qui se per­pé­tue pour­tant de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. « C’est vrai qu’on est peut-être un peu… pas né­gli­gents, mais moins alertes ou trop confiants re­la­ti­ve­ment aux dan­gers », avoue l’agri­cul­trice Jas­mine Mar­cotte. « La so­lu­tion mi­racle n’existe pas », ren­ché­rit la pro­duc­trice de veaux de grain Mé­la­nie Car­din. Cha­cune réus­sit à se dé­brouiller comme elle le peut avec ses en­fants.

Dan­gers à la ferme

« L’agri­cul­ture, c’est ce qu’il y a de plus beau. En em­me­nant nos en­fants avec nous au tra­vail, on leur fait connaître ce mode de vie, ce qui crée un lien très fort avec eux », af­firme d’em­blée la pro­duc­trice Em­ma­nuelle St-Jean. Les ac­ci­dents sont pour­tant fré­quents : un en­fant de huit ans qui tombe de l’échelle du si­lo, un bé­bé de deux ans qu’on doit at­tra­per de jus­tesse avant qu’il ne soit hap­pé par une vis sans fin… L’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel les en­fants évo­luent est consi­dé­ré comme dan­ge­reux, et en bas âge, ceux­ci sont im­pré­vi­sibles. L’ami de De­nis Gau­thier s’est fait coin­cer le pied sous le trac­teur parce que son en­fant de six ans avait mar­ché sur la ma­nette hy­drau­lique dans la ca­bine en vou­lant re­gar­der son père tra­vailler. « Ça ne fait pas de nous des pa­rents né­gli­gents, mal­gré le fait que ça ait sou­vent l’air de ça de l’ex­té­rieur », in­dique Mé­la­nie Car­din. Voi­là pour­quoi les agri­cul­teurs évitent vo­lon­tai­re­ment d’en par­ler de­vant les non-ini­tiés, de peur d’être in­com­pris et ju­gés.

Cons­ciente des dan­gers, Mme St-Jean a adop­té dif­fé­rentes me­sures de sé­cu­ri­té. Lorsque celle-ci ef­fec­tue des tra­vaux à l’étable, elle met sur sa fille de deux ans un pe­tit sac à dos mu­ni d’une corde qui la re­lie à elle. Dans le trac­teur, les en­fants sont at­ta­chés, sauf lors­qu’ils dorment, et les clés sont en­le­vées du contact du­rant les ar­rêts.

À la mai­son

Ins­tal­ler des ca­mé­ras, un in­ter­phone pour bé­bé ou un pe­tit poste émet­teur-ré­cep­teur dans la mai­son est l’ap­proche pri­vi­lé­giée par les pro­duc­teurs lai­tiers pour pal­lier le pro­blème de la traite ma­ti­nale. Mais lais­ser ses en­fants seuls n’est pas la meilleure so­lu­tion (voir autre texte). Quand ceux de l’agri­cul­trice et édu­ca­trice en gar­de­rie Ju­lie Bé­nard étaient plus jeunes, elle avait amé­na­gé une chambre dans sa mai­son pour sa propre mère, afin que celle-ci puisse les sur­veiller.

Comme elle, plu­sieurs fa­milles ont la chance d’avoir des grands-pa­rents dis­po­nibles pour ai­der, mais ce n’est pas tou­jours le cas. L’an­cienne pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion des agri­cul­trices du Qué­bec, Car­men Du­charme, est en­core ac­tive à la ferme. Elle n’a pas le temps de gar­der ses pe­tits-en­fants. La gar­dienne ou la gar­de­rie est la seule op­tion pour eux, avec les dé­fis fi­nan­ciers ou d’em­ploi du temps que ce­la com­porte. La gar­de­rie ouvre sou­vent trop tard le ma­tin et ferme trop tôt le soir. Jas­mine Mar­cotte a dû faire un choix dé­chi­rant à cet égard. Spé­cia­li­sée en pro­duc­tion lai­tière et mère de fa­mille mo­no­pa­ren­tale, elle a dû se ré­orien­ter. « Je me suis tour­née vers l’éle­vage por­cin parce que l’ho­raire cor­res­pon­dait mieux à ce­lui de la gar­de­rie », confie Mme Mar­cotte.

« Même si on pou­vait avoir ac­cès à des ser­vices adap­tés, af­firme Mé­la­nie Car­din, on ne les uti­li­se­rait pas. Per­sonne n’a en­vie de ré­veiller son en­fant à 4 h 15 pour le dé­po­ser à la gar­de­rie et le lais­ser là jus­qu’à 18 h. C’est trop long. » Ju­lie Bé­nard est du même avis. En tant qu’édu­ca­trice d’un centre de la pe­tite en­fance, elle consi­dère que les jour­nées se­raient beau­coup trop longues pour l’en­fant. Pour­tant, Mme Bé­nard ca­resse un pro­jet de re­traite tout par­ti­cu­lier, ce­lui d’ou­vrir une gar­de­rie aux ho­raires aty­piques.

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