Kim Thúy

La Terre de chez nous - - LA UNE - PIERRE-YVON BÉGIN py­be­gin@la­terre.ca @Pier­reY­vonB­gin

LON­GUEUIL — Kim Thúy n’ha­bite pas vrai­ment à la cam­pagne. Nul be­soin. Sa mère, qui par­tage son toit, adore faire pous­ser des lé­gumes, dif­fé­rentes sortes de pi­ments et des courges viet­na­miennes. L’hi­ver, une par­tie du sous-sol se trans­forme en serre pour ses fines herbes.

« J’ai la cam­pagne dans la mai­son », s’amuse l’écri­vaine, qui vient tout juste de lan­cer un livre de re­cettes, Le se­cret des

Viet­na­miennes. Les re­cettes y sont le pré­texte pour dé­peindre les femmes de son en­tou­rage. Sans le sa­voir peut-être, elle trace un pa­ral­lèle entre l’hos­pi­ta­li­té viet­na­mienne et qué­bé­coise.

« Dès que vous tra­ver­sez le seuil d’une mai­son viet­na­mienne, écrit-elle, vous êtes im­mé­dia­te­ment bom­bar­dé par la va­ria­tion d’une seule et même ques­tion : “Tu as dé­jà man­gé? Tu veux man­ger quelque chose?” »

La Lon­gueuilloise a tou­te­fois de nom­breuses oc­ca­sions d’ad­mi­rer la cam­pagne, ne se­rait-ce que pour vi­si­ter sa belle-fa­mille à Ro­ber­val au Lac-Saint-Jean. Elle y ap­pré­cie tout par­ti­cu­liè­re­ment le cho­co­lat aux bleuets des Pères trap­pistes, source d’ivresse et « qui de­vrait être nom­mé tré­sor na­tio­nal ».

Le voyage par­fait entre le Lac et Mon­tréal, dé­crit-elle, se com­pose d’une al­ter­nance entre ce cho­co­lat et le fro­mage en crottes de la Fro­ma­ge­rie Per­ron, de Saint-Prime. Sa mère, qui ne mange pas beau­coup de fro­mage, « ne com­mande qu’une seule af­faire », ce fa­meux fro­mage.

Au Mar­ché Jean-Ta­lon de Mon­tréal, elle trouve fa­ci­le­ment des herbes et lé­gumes viet­na­miens, comme la chayotte. Elle y fait aus­si bonne pro­vi­sion d’ail qué­bé­cois, le seul qu’elle par­vient à di­gé­rer, ain­si que de ce­rises de terre. Al­ler­gique à l’al­cool, elle ad­met se ga­ver de ces « pe­tites ce­rises à la peau mince, pas les grosses ». « J’achète une pleine boîte et j’en mange la moi­tié avant d’ar­ri­ver à la mai­son. Je de­viens soûle », confesse vo­lon­tiers la gour­mande.

Le sum­mum de l’ivresse, in­dique-t-elle, ce sont pour­tant les flo­cons d’érable « qui éclatent sur la langue ». L’écri­vaine aime

« Nos rayons de lé­gumes, dit Kim Thúy, fe­raient rou­gir n’im­porte qui. Si on est si choyés, c’est qu’on est cu­rieux, qu’on achète et qu’on en mange. »

bien s’en dé­lec­ter le soir quand elle écrit, ayant bien sûr no­té qu’ils sont faibles en ca­lo­ries. Elle en ra­joute par exemple sur un yo­gourt pour lui don­ner « une per­son­na­li­té ».

« Des fois, dé­crit-elle, juste un peu de rouge à lèvres et vous avez la note. C’est la même chose pour le yo­gourt. »

Kim Thúy confie son éton­ne­ment de­vant la vi­tesse à la­quelle les Qué­bé­cois adoptent de nou­veaux pro­duits et lé­gumes, cla­quant des doigts pour illus­trer cette ra­pi­di­té. À son avis, hou­mous, to­fu, co­riandre, chou fri­sé, bok choy et mul­tiples va­rié­tés de ro­quette dé­montrent bien cette in­sa­tiable « cu­rio­si­té ».

« On est ma­gni­fiques », conclut-elle.

La pe­tite sé­duc­tion.

L’au­teure Kim Thúy a souvent l’oc­ca­sion de vi­si­ter la cam­pagne, comme ici en Beauce lors du tour­nage d’un épi­sode de

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