« Chaque phar­ma­cie a sa propre réa­li­té »

Les phar­ma­ciens pro­prié­taires ac­cueillent froi­de­ment l’obli­ga­tion de dé­tailler chaque fac­ture de mé­di­ca­ment

La Tribune - - ACTUALITÉS - MA­RIE-CH­RIS­TINE BOUCHARD ma­rie-ch­ris­tine.bouchard@la­tri­bune.qc.ca

SHERBROOKE — Une dif­fé­rence de prix pour un même mé­di­ca­ment ven­du dans deux phar­ma­cies dif­fé­rentes, des ho­no­raires plus éle­vés dans cer­taines phar­ma­cies ou sur cer­tains mé­di­ca­ments... La nou­velle fac­tu­ra­tion dé­taillée risque de sou­le­ver bien des ques­tions chez les consom­ma­teurs au cours des pro­chains mois.

« Les ho­no­raires des phar­ma­ciens com­prennent non seule­ment leurs ser­vices pro­fes­sion­nels, mais aus­si les coûts d’ex­ploi­ta­tion de la phar­ma­cie : le lo­cal, le chauf­fage, les sa­laires des em­ployés. Chaque phar­ma­cie a sa propre réa­li­té. Le coût d’un lo­cal n’est pas le même en plein centre-ville de Mon­tréal qu’en ré­gion par exemple », illustre Jean Bour­cier, di­rec­teur gé­né­ral de l’As­so­cia­tion qué­bé­coise des phar­ma­ciens pro­prié­taires (AQPP).

Est-il vrai­ment éton­nant que les prix va­rient d’une phar­ma­cie à une autre? En ef­fet, les consom­ma­teurs ne s’at­tendent pas à payer le même prix pour un pro­duit de consom­ma­tion se­lon le ma­ga­sin où ils se rendent — pen­sons no­tam­ment à la nour­ri­ture dont le coût va­rie par­fois beau­coup d’une chaîne à une autre. Les clients sou­haitent éga­le­ment que le prix de l’es­sence va­rie d’une sta­tion-ser­vice à une autre. Il s’agit de la loi de la concur­rence et du libre-mar­ché.

UN MAGASINAGE INUTILE

Les consom­ma­teurs com­men­ce­ront-ils quand même à ma­ga­si­ner leurs mé­di­ca­ments dans l’ob­jec­tif de payer moins cher? « Si les gens com­mencent à se rendre dans plu­sieurs phar­ma­cies et à épar­piller leurs pres­crip­tions dans plu­sieurs phar­ma­cies, est-ce qu’il y a vrai­ment une éco­no­mie? Ils vont dé­pen­ser da­van­tage en es­sence et en temps. En plus, c’est tou­jours une très mau­vaise idée d’épar­piller ses pres­crip­tions. Ce qu’on doit ma­ga­si­ner, c’est le meilleur phar­ma­cien, le meilleur pro­fes­sion­nel pour ré­pondre à ses be­soins, pas le prix le plus bas sur un de ses mé­di­ca­ments », as­sure le di­rec­teur de l’AQPP.

Au dé­part, les phar­ma­ciens pro­prié­taires ont ac­cueilli cette mo­di­fi­ca­tion à la loi avec beau­coup de froi­deur. « On trou­vait que c’était in­juste de de­man­der une telle trans­pa­rence aux phar­ma­ciens. On au­rait ap­pré­cié qu’on de­man­der la même trans­pa­rence à tous les ac­teurs du mi­lieu », ajoute M. Bour­cier.

En ef­fet, si les pa­tients changent de phar­ma­cie parce qu’ils trouvent leur mé­di­ca­ment moins cher dans une autre ban­nière, à qui l’éco­no­mie bé­né­fi­cie­ra-t-elle en fin de compte? Pas né­ces­sai­re­ment au consom­ma­teur, qui ne paie qu’une pe­tite par­tie de sa pres­crip­tion grâce aux dif­fé­rents ré­gimes d’as­su­rances pu­blic et pri­vé. « S’il y a une baisse du prix des mé­di­ca­ments, est-ce que les primes des as­su­rances col­lec­tives vont bais­ser? C’est pour ça qu’on au­rait ap­pré­cié une trans­pa­rence de tous les ac­teurs, y com­pris des as­su­reurs pri­vés », ajoute Jean Bour­cier.

La Fé­dé­ra­tion ca­na­dienne de l’en­tre­prise in­dé­pen­dante (FCEI) va beau­coup plus loin. Pour elle, la mo­di­fi­ca­tion de la loi 92 « dé­ploie un in­ter­ven­tion­nisme dé­bri­dé de l’État qui crée une brèche im­por­tante dans les fon­de­ments de la libre en­tre­prise et du droit au se­cret com­mer­cial ».

« Comme tous les en­tre­pre­neurs, les phar­ma­ciens oeuvrent dans un uni­vers où ils sont en com­pé­ti­tion les uns avec les autres et où les clients peuvent faire leurs achats dans la phar­ma­cie de leur choix. Comme tous les chefs d’en­tre­prise, ils prennent des risques d’af­faires, dé­ploient des stra­té­gies mar­ke­ting pour at­ti­rer et re­te­nir la clien­tèle et ont des réa­li­tés qui dif­fèrent gran­de­ment en fonc­tion de leur taille, de leur lo­ca­li­sa­tion, de leur clien­tèle, etc. Comme dans tous les sec­teurs, cer­tains choi­sissent d’avoir des marges de pro­fit plus ou moins éle­vées en fonc­tion de leur réa­li­té propre et des stra­té­gies com­mer­ciales qu’ils adoptent. Alors pour­quoi les phar­ma­ciens de­vraient-ils être trai­tés dif­fé­rem­ment des autres en­tre­pre­neurs par le gou­ver­ne­ment, en ayant dé­sor­mais l’obli­ga­tion de di­vul­guer des com­po­santes de leur marge de pro­fit à leurs clients? » s’in­surge Mar­tine Hé­bert, vi­ce­pré­si­dente de la FCEI dans une lettre ou­verte pu­bliée en page 20 au­jourd’hui.

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