Moins cher à Sherbrooke?

La Tribune - - OPINIONS - DE­NIS DUFRESNE de­nis.dufresne@la­tri­bune.qc.ca

Faut-il en pleu­rer ou en rire?

On en­tend sou­vent dire que le coût de la vie à Sherbrooke, par­ti­cu­liè­re­ment ce­lui du lo­ge­ment, est moins éle­vé qu’ailleurs au Qué­bec, ce qui com­pen­se­rait en quelque sorte la fai­blesse des re­ve­nus des mé­nages sher­broo­kois lors­qu’on les com­pare à ceux des autres villes du Qué­bec.

Une forme de prix de conso­la­tion, si l’on peut dire. Or, des nuances s’im­posent. Le re­ve­nu mé­dian (le re­ve­nu moyen si­tué au mi­lieu de l’échelle des re­ve­nus) des mé­nages es­triens est bien de­çà de la moyenne qué­bé­coise, se­lon les don­nées de Sta­tis­tique Ca­na­da ti­rées du re­cen­se­ment de 2016.

Ain­si, le re­ve­nu to­tal mé­dian des mé­nages de la ré­gion se si­tuait à 53 336 $ par an­née en 2015, contre 59 822 $ en moyenne pour les autres Qué­bé­cois, une dif­fé­rence de près de 6500 $.

De plus, le Qué­bec oc­cupe l’avant-der­nier rang des pro­vinces et ter­ri­toires pour son re­ve­nu mé­dian, ne de­van­çant que le Nou­veau-Bruns­wick.

Au­tre­ment dit, les Es­triens se­raient pauvres par­mi les plus pauvres, du moins si on se fie à Sta­tis­tique Ca­na­da.

Bien des rai­sons peuvent ex­pli­quer cette si­tua­tion, no­tam­ment le fait que l’Es­trie est une éco­no­mie de PME, bien que la pré­sence de l’Uni­ver­si­té de Sherbrooke, du CIUSSS de l’Es­trie-CHUS as­sure des em­plois bien ré­mu­né­rés.

Autre élé­ment: se­lon l’ACEF Es­trie, on re­trou­ve­rait à Sherbrooke une plus forte pro­por­tion de per­sonnes seules, d’aî­nés, d’étu­diants et de fa­milles mo­no­pa­ren­tales que dans les autres ré­gions, ce qui contri­bue­rait à ti­rer le re­ve­nu mé­dian vers le bas.

Au cours des der­nières an­nées, un cer­tain nombre d’études ont avan­cé que Sherbrooke était par­mi les villes où le coût de la vie est le moins cher au pays.

La der­nière en date, pu­bliée sur le site Slice, qui cite des don­nées de l’Eco­no­mic Re­search Ins­ti­tute (un or­ga­nisme ca­li­for­nien de re­cherche sur les sa­laires et le coût de la vie), in­dique que Sherbrooke se­rait la ville la moins chère au Ca­na­da (-15,6 pour cent) par­mi les ag­glo­mé­ra­tions de 100 000 ha­bi­tants et plus.

Tout ce­la est bien beau, mais ne tra­duit pas né­ces­sai­re­ment la réa­li­té des tra­vailleurs au sa­laire mi­ni­mum, des per­sonnes seules ou en­core des fa­milles mo­no­pa­ren­tales.

Évi­dem­ment, un coût de la vie moindre et des sa­laires moins éle­vés peuvent être vus comme un atout pour at­ti­rer de nou­velles en­tre­prises, donc créer de l’em­ploi.

Mais ce n’est cer­tai­ne­ment pas à l’avan­tage des tra­vailleurs à faible re­ve­nu.

Il est vrai que le coût moyen des mai­sons et des lo­ge­ments à Sherbrooke se com­pare avan­ta­geu­se­ment à ce­lui des autres villes de taille moyenne dans la pro­vince. Mais si les re­ve­nus sont plus bas ici, quel avan­tage ce­la pro­cure-t-il?

À cet égard, il faut sou­li­gner que Sherbrooke est la deuxième ville au Qué­bec, après Mon­tréal, comp­tant le plus de mé­nages qui consacrent plus de 30 pour cent de leur re­ve­nu en loyer (39,1 pour cent).

Elle est au troi­sième rang, der­rière Mon­tréal et Ga­ti­neau, pour le nombre de mé­nages qui versent plus de 50 pour cent de leur re­ve­nu pour se lo­ger (17,4 pour cent), se­lon des don­nées du Front d’ac­tion po­pu­laire en ré­amé­na­ge­ment ur­bain, ba­sées sur le re­cen­se­ment de 2011.

Pa­ral­lè­le­ment, il est bien dif­fi­cile de croire que l’es­sence, les vê­te­ments et les ali­ments de base (lait, pain, oeufs, fruits et lé­gumes, viande, etc.) coûtent moins cher à Sherbrooke qu’à Gran­by, TroisRi­vières ou Mon­tréal.

Il en va de même avec le trans­port en com­mun: le coût d’un pas­sage est de 3,30 $ à Sherbrooke, de 3,25 $ (mé­tro et bus) à Mon­tréal et de 3,30 $ à Trois-Rivières.

Et, aux der­nières nou­velles, un sac de couches pour bé­bé ou un for­fait in­ter­net ne coûtent pas moins cher ici qu’ailleurs.

Alors, le coût de la vie est-il vrai­ment moins cher à Sherbrooke et ce­la aide-t-il les moins nan­tis?

C’est peut-être un mythe à dé­bou­lon­ner.

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