Que faire de Gal­che­nyuk?

La Tribune - - SPORTS - RI­CHARD LAB­BÉ

MON­TRÉAL — Après seule­ment quatre matchs cette sai­son, Alex Gal­che­nyuk conti­nue d’ali­men­ter les dis­cus­sions à Mon­tréal, et aus­si ailleurs dans la LNH. Pour faire le point sur cette épi­neuse si­tua­tion, La Presse a de­man­dé l’avis de trois dé­pis­teurs de la LNH, qui ont ac­cep­té de se prê­ter au jeu à condi­tion de le faire sous le cou­vert de l’ano­ny­mat.

DÉPISTEUR 1

« Pré­sen­te­ment, c’est as­sez évident : Alex Gal­che­nyuk est mé­lan­gé, et je di­rais que c’est la faute aux di­ri­geants du Ca­na­dien, qui ont réus­si à le mé­lan­ger. Ils l’ont fait jouer au centre, à l’aile, sur un pre­mier trio, et main­te­nant sur le qua­trième trio. Au lieu de tou­jours s’at­tar­der sur ses dé­fauts, la di­rec­tion du Ca­na­dien de­vrait es­sayer de ci­bler ses qua­li­tés et de tra­vailler au­tour de ça. Il n’est pas le pre­mier centre dans l’his­toire de cette ligue à ne pas être un fa­bri­cant de jeu. Des centres qui sont meilleurs pour mar­quer que pour pas­ser la ron­delle, il y en a eu avant lui. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’on voit ça. La sai­son der­nière avant sa bles­sure, alors qu’il était par­mi les meilleurs comp­teurs de la ligue, il n’y a per­sonne qui chia­lait contre lui... En même temps, c’est clair que Gal­che­nyuk lui-même doit se re­gar­der un peu dans le mi­roir. Il est aus­si res­pon­sable de ce qui lui ar­rive. Ça ne doit pas être fa­cile pour lui pré­sen­te­ment, parce qu’en plus, il doit très bien être au cou­rant des ru­meurs d’échange à son su­jet. Le pro­blème, c’est qu’en l’échan­geant, le Ca­na­dien n’ob­tien­drait pas grand-chose en re­tour. Dans la ligue, son manque de ma­tu­ri­té à l’ex­té­rieur de la pa­ti­noire, c’est connu. À mon avis, la ru­meur d’une tran­sac­tion avec l’Ava­lanche du Co­lo­ra­do en re­tour de Matt Du­chene, à un contre un, c’est im­pos­sible, ça n’ar­ri­ve­ra pas. Le Ca­na­dien va de­voir don­ner pas mal plus que Gal­che­nyuk pour ob­te­nir Du­chene. »

DÉPISTEUR 2

« Je dois dire que nous sommes plu­sieurs à nous po­ser la ques­tion : qu’est-ce qui ne va pas avec lui? Quand on parle d’un joueur qui est comme un casse-tête, lui, c’en est un vrai. Je sais qu’il a dé­jà été un mar­queur de 30 buts, et il mar­chait à un point par match avant sa bles­sure la sai­son der­nière. Mais cette sai­son, il n’a pas l’air en bonne forme phy­sique. On le voit dans les ar­rêts de jeu, il est tou­jours plié en deux. Il a l’air à bout de souffle, et il a de la mi­sère à suivre le rythme. Ça, ça ne chan­ge­ra pas du jour au len­de­main, sur­tout dans une sai­son de la Ligue na­tio­nale, où le ca­len­drier est très exi­geant phy­si­que­ment. J’ai re­mar­qué que son jeu a beau­coup ré­gres­sé de­puis sa bles­sure au ge­nou la sai­son der­nière. On le voit juste en le re­gar­dant jouer, il y a quelque chose qui ne marche pas avec lui. Avant, il était ex­plo­sif en zone neutre, il était dur à contrer à un contre un, il cher­chait à se don­ner du temps avec la ron­delle et à créer de l’es­pace, il pro­té­geait bien la ron­delle aus­si. Main­te­nant, il n’a plus de pa­tience avec la ron­delle. On l’a vu l’autre soir contre Chi­ca­go [mar­di au Centre Bell]; à au moins deux ou trois re­prises, il s’est dé­bar­ras­sé de la ron­delle en fai­sant une passe par-der­rière, à per­sonne en par­ti­cu­lier. On di­rait qu’il manque de jus. Des fois, il y a des joueurs qui connaissent de mau­vaises pé­riodes, ça ar­rive, mais avec lui, c’est soir après soir. Il a l’air dés­in­té­res­sé, il est ex­trê­me­ment ef­fa­cé sur la glace, et ça fait en sorte que ça de­vient com­pli­qué d’es­sayer de l’échan­ger. En ce mo­ment, sa va­leur sur le mar­ché est di­rec­te­ment liée à son rang de re­pê­chage et au po­ten­tiel qui y est rat­ta­ché. »

DÉPISTEUR 3

« Dans son cas à lui, c’est bien dif­fi­cile de ju­ger. On voit tous qu’il a du ta­lent, ce n’est pas ça, le pro­blème. Le pro­blème, c’est qu’il ne joue pas à la hau­teur de son ta­lent. Pour­quoi? Je n’ai pas la ré­ponse, parce que je ne le fré­quente pas tous les jours. Est-ce qu’il est heu­reux, est-ce qu’il est mal­heu­reux? Pré­sen­te­ment, il se re­trouve sur le qua­trième trio, avec un en­traî­neur qui a une stra­té­gie dif­fé­rente pour lui. Je ne vais pas re­mettre en ques­tion la dé­ci­sion de Claude Ju­lien, c’est trop fa­cile de faire ça, mais c’est sûr que le reste de la ligue voit ça al­ler. Si tu veux échan­ger Gal­che­nyuk main­te­nant, tu es­saies d’échan­ger un gars de qua­trième trio. Ce joueur-là a une va­leur sur le mar­ché, mais c’est cer­tain que les autres DG de la Ligue na­tio­nale se posent des ques­tions en le voyant pa­ti­ner sur le qua­trième trio ou le troi­sième trio. Les DG de la ligue, ils se parlent entre eux, et la ré­pu­ta­tion d’un gars peut faire le tour as­sez ra­pi­de­ment. Je ne pense pas que la ru­meur qui im­plique Gal­che­nyuk et le Co­lo­ra­do, en re­tour de Matt Du­chene, soit bien sé­rieuse. Ça fait dé­jà plu­sieurs se­maines que Du­chene est sur le mar­ché des échanges, ce n’est pas un se­cret pour per­sonne. Si ja­mais Joe Sa­kic [le di­rec­teur gé­né­ral de l’Ava­lanche] avait vrai­ment vou­lu conclure cette tran­sac­tion-là, ce se­rait dé­jà fait. »

— PHO­TO LA PRESSE, BER­NARD BRAULT

En quatre matchs cette sai­son Alex Gal­che­nyuk n’a au­cun point, huit tirs au but et un dif­fé­ren­tiel de moins-1.

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