Les in­gé­nieurs ont gain de cause

La Tribune - - AFFAIRES - CA­RO­LINE PLANTE

MONT­RéAL — Qué­bec a été dé­bou­té lun­di par le Tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif du tra­vail (TAT), qui a don­né gain de cause aux in­gé­nieurs en grève et re­fu­sé de re­con­naître les ins­pec­tions de struc­tures comme ser­vice es­sen­tiel. « Si les tra­vaux li­ti­gieux sont né­ces­saires dans l’ur­gence qu’al­lègue le gou­ver­ne­ment, on peut se de­man­der pour­quoi il a at­ten­du jus­qu’au 2 no­vembre pour adres­ser sa de­mande au tri­bu­nal », a écrit la juge ad­mi­nis­tra­tive My­riam Bé­dard.

Les membres de l’As­so­cia­tion pro­fes­sion­nelle des in­gé­nieurs du gou­ver­ne­ment du Qué­bec (APIGQ), qui sont sans contrat de tra­vail de­puis 2015, font la grève du temps sup­plé­men­taire de­puis la mi-sep­tembre. Ils re­fusent no­tam­ment de tra­vailler hors des heures de bu­reau.

Ven­dre­di, le gou­ver­ne­ment plai­dait de­vant le tri­bu­nal que les ins­pec­tions dites gé­né­rales sont es­sen­tielles à la sé­cu­ri­té des usa­gers, et qu’une qua­ran­taine d’ins­pec­tions de ponts, pon­ceaux, via­ducs, échan­geurs et bre­telles d’ac­cès à Mont­réal, Qué­bec et dans Chau­dières-Ap­pa­laches de­vaient être réa­li­sées de nuit, avant le 1er dé­cembre.

Des tra­vaux de jour cau­se­raient d’im­por­tants bou­chons de cir­cu­la­tion, avait-il fait va­loir.

Dans sa dé­ci­sion, la juge Bé­dard note tou­te­fois que le mi­nis­tère des Trans­ports (MTQ) a eu am­ple­ment le temps cet été de pro­cé­der à l’ins­pec­tion de nuit des struc­tures.

« Si les tra­vaux d’ins­pec­tion pré­vus de­puis plu­sieurs an­nées dans cer­tains cas avaient été si ur­gents qu’on le pré­tend au­jourd’hui, ils au­raient dû être prio­ri­sés au cours de l’été, pé­riode de sus­pen­sion de la grève, et au­raient dû être pris en compte lors de l’au­to­ri­sa­tion des va­cances an­nuelles con­si­dé­rant le contexte qui pré­va­lait alors », a-t-elle écrit.

FAIRE POR­TER L’ODIEUX

Les par­ties se sont en­ten­dues ven­dre­di pour que 14 des 39 struc­tures soient ins­pec­tées comme pré­vu. Les 25 struc­tures res­tantes font tou­jours l’ob­jet d’un li­tige.

Le pré­sident de l’APIGQ, Marc-An­dré Mar­tin, sa­vou­rait lun­di une vic­toire « mi-figue, mi-rai­sin ».

« On a ga­gné au TAT, oui, mais je sug­gère for­te­ment qu’il y a un agen­da ca­ché der­rière ça. Ils veulent faire por­ter l’odieux de la conges­tion sur le dos de nos moyens de pres­sion », a-t-il af­fir­mé en en­tre­vue té­lé­pho­nique.

« Moi je trouve ça plate, mais c’est la po­pu­la­tion qui risque de se re­trou­ver dans la conges­tion à cause d’une stra­té­gie gou­ver­ne­men­tale. (...) On la voit la job de re­la­tions pu­bliques qu’ils sont en train de faire », a-t-il ajou­té.

La ré­ac­tion du mi­nistre des Trans­ports, An­dré For­tin, n’a pas tar­dé. « Il y a un seul prin­cipe qui guide le gou­ver­ne­ment : plus de sé­cu­ri­té, moins de conges­tion. C’est pour cette rai­son que nous sommes dé­çus de la dé­ci­sion du TAT. Nous al­lons donc, pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, conti­nuer à tra­vailler à l’éla­bo­ra­tion d’un plan d’ins­pec­tions qui de­vront mal­heu­reu­se­ment se faire de jour », a-t-il fait sa­voir par cour­riel.

L’APIGQ né­go­cie avec le gou­ver­ne­ment de­puis 2014. Elle vise un rat­tra­page sa­la­rial de 20 pour cent sur sept ans, tan­dis que l’offre du Conseil du tré­sor se si­tue­rait plu­tôt aux en­vi­rons de 9 pour cent sur la même pé­riode.

Au to­tal, une soixan­taine de ren­contres de né­go­cia­tion ont eu lieu entre les par­ties pa­tro­nale et syn­di­cale, se­lon le gou­ver­ne­ment, qui ajoute avoir fait huit pro­po­si­tions of­fi­cielles à la table de né­go­cia­tion.

Les membres de l’APIGQ ont re­je­té la der­nière offre du gou­ver­ne­ment à plus de 90 pour cent.

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