DE LA JOIE AUX IN­JURES

Kim Bou­tin ré­colte le bronze au 500 m mais re­çoit une ava­lanche de mes­sages de co­lère de la part de par­ti­sans sud-co­réens

La Tribune - - LA UNE - SÉ­BAS­TIEN LA­JOIE Se­bas­tien.la­joie@la­tri­bune.qc.ca

SHER­BROOKE – « Pour faire une com­pa­rai­son, je te di­rais que pour les Co­réens, le pa­ti­nage de vi­tesse courte piste est aus­si im­por­tant que le soc­cer pour les Bré­si­liens. »

Ma­ryse Per­reault a été aux pre­mières loges lors de l’ar­ri­vée des Co­réens sur la scène du pa­ti­nage de vi­tesse courte piste, à la fin des an­nées 1980.

Dès que le sport fut une dis­ci­pline of­fi­cielle aux Jeux olym­piques, à Al­bert­ville en 1992, Ca­na­da et Co­rée du Sud ont été de fa­rouches ad­ver­saires.

« Ce qui s’est pas­sé lors du 500 m de Kim, ce n’est rien de nou­veau. Je ne suis pas sur­pris du type de course me­née par la Sud­Co­réenne. Là-bas, c’est le sport le plus po­pu­laire, c’est leur vie, le pa­tin courte piste. Un pa­ti­neur qui gagne une mé­daille n’au­ra plus de pro­blème fi­nan­cier de sa vie. Dé­jà, quand ils sont ar­ri­vés sur la scène in­ter­na­tio­nale, ils avaient un style ba­gar­reur et un peu in­ti­mi­da­teur ; il fal­lait ré­pli­quer ! C’était vrai­ment ma­lade ! », a ex­pli­qué Ma­ryse Per­reault, qui a par­ti­ci­pé aux Jeux olym­piques de Cal­ga­ry, en 1988, lorsque la dis­ci­pline était en dé­mons­tra­tion.

L’aî­née des soeurs Per­reault était ce­pen­dant es­to­ma­quée de voir les ré­ac­tions dé­me­su­rées des SudCo­réens sur les mé­dias so­ciaux, à l’is­sue de la course.

« En fait, j’ai été la pre­mière sur­prise, très sur­prise même lors­qu’on a dis­qua­li­fié la pa­ti­neuse sud-co­réenne. Ce fut une dé­ci­sion cu­lot­tée, dis­qua­li­fier la pa­ti­neuse lo­cale aux Olym­piques ; avoir été un juge, j’au­rais de­man­dé l’es­corte po­li­cière pour quit­ter l’aré­na ! »

« Par contre, je ne com­prends pas les ré­ac­tions, je ne com­prends pas ces at­taques. J’avoue être dé­pas­sé un peu. Kim a fait la course qu’elle de­vait ; elle s’est fait bous­cu­ler en de­mi-fi­nale et en fi­nale. La pa­ti­neuse co­réenne de­vait être sanc­tion­née, et elle l’a été. »

« Je ne pense pas qu’il y ait de réelles me­naces pour Kim. Mais cette si­tua­tion dé­montre le dan­ger des mé­dias so­ciaux. Le seul con­seil qu’on peut don­ner aux ath­lètes, c’est de se te­nir loin de tout ce brou­ha­ha. »

UNE RE­LI­GION

Dix ans après avoir vu sa soeur rem­por­ter une mé­daille de bronze au re­lais à Cal­ga­ry, An­nie Per­reault rem­por­tait l’épreuve du 500 m à Na­ga­no, au Ja­pon, en 1998.

Une course, là aus­si, phy­sique, qui avait pro­fi­té à la Sher­broo­koise.

« Kim a vrai­ment fait une belle course ; elle a connu un dé­part écoeu­rant et elle était dans le coup dès le dé­but. Elle a gar­dé sa place. C’est pour cette rai­son que la Co­réenne n’avait d’autre choix que de for­cer la note », a-t-elle ana­ly­sé.

« C’est leur marque de com­merce ; ils tournent large, donne un coup de pa­tin à l’ex­té­rieur avant d’en­trer ra­pi­de­ment à l’in­té­rieur, en jouant du coude et de l’avant-bras entre les deux pa­ti­neurs. C’était clai­re­ment une faute, Kim avait prio­ri­té »

« Je n’étais pas sur­prise du tout ; je l’ai vu et vé­cu moi-même. C’est comme ça, leur style de pa­tin, et c’est pire lors des Jeux olym­piques. C’est le tout pour le tout. Cer­tains pa­ti­neurs laissent faire et les laissent pas­ser, d’autres non. Comme Kim. »

An­nie Per­reault confirme que Kim Bou­tin doit ra­pi­de­ment faire fi de toutes les dis­trac­tions afin de se concen­trer sur le 1000 m et le 1500 m qui sont de­vant elle.

« Ce sont deux dis­tances où Kim ex­celle. L’avan­tage, c’est qu’elle a quelques jours de­vant elle afin de re­tom­ber sur ses pieds. »

En fin de soi­rée mar­di, heure du Qué­bec, le Co­mi­té olym­pique ca­na­dien a émis ses pre­miers com­men­taires concer­nant la si­tua­tion de Kim Bou­tin.

Des com­men­taires émis sur le ré­seau so­cial Twit­ter.

« La san­té et la sé­cu­ri­té de tous les membres de notre équipe sont une prio­ri­té et nous tra­vaillons ac­tuel­le­ment en étroite col­la­bo­ra­tion avec Pa­ti­nage de vi­tesse Ca­na­da, notre per­son­nel res­pon­sable de la sé­cu­ri­té et la GRC. Au­cun autre com­men­taire ne se­ra émis à ce su­jet pour per­mettre à Kim de se concen­trer sur ses épreuves à ve­nir. »

—PHO­TO LA PRESSE CA­NA­DIENNE, PAUL CHIASSON

Dès que le pa­ti­nage de vi­tesse courte piste fut une dis­ci­pline of­fi­cielle aux Jeux olym­piques, à Al­bert­ville en 1992, le Ca­na­da et la Co­rée du Sud ont été de fa­rouches ad­ver­saires.

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