Entre Sol, rock et hé­roïsme mé­dié­val

La Tribune - - ARTS & SPECTACLES - JO­SÉE LA­POINTE Pre­mier juin, c’est ma date de fête, mais ça si­gni­fie plus que d’avoir vieilli d’un an. Ça veut dire : j’ai sur­vé­cu, crisse.» — Ly­dia Ké­pins­ki

MON­TRÉAL — Ly­dia Ké­pins­ki vé­nère les mo­no­logues de Sol, a ap­pris la gui­tare avec des par­ti­tions des Beatles et aime au­tant la poé­sie mé­dié­vale qu’ad­mi­nis­trer sa car­rière. Es­pèce de Xa­vier Do­lan de la chan­son, avec un ta­lent dé­jà mûr et une as­su­rance in­née, la chan­teuse de 24 ans vient de lan­cer un pre­mier disque in­can­des­cent dont le titre, Pre­mier juin, est sa date d’an­ni­ver­saire. Ly­dia Ké­pins­ki est née dans le Mi­leEnd, d’une mère qué­bé­coise et d’un père fran­çais aux ori­gines po­lo­naises. Même si son pre­mier disque est deep, elle se dé­crit comme une fille pé­tillante et le fun.

« Ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas eu de phases troubles », pré­ci­set-elle. Son disque re­pré­sente d’ailleurs cette pé­riode où elle fai­sait un bac en créa­tion lit­té­raire et écri­ture scé­na­ris­tique à l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal, tout en cher­chant sa voie.

« Je vou­lais faire du ci­né­ma, mais j’ai réa­li­sé que c’étaient des en­tre­prises à trop grande échelle », dit la jeune femme qui est aus­si pas­sée par les arts vi­suels avant de se lan­cer en mu­sique. « Donc t’es dans un pro­gramme, tout est cen­sé bien al­ler, mais tu ne sais pas où tu vas. Même si la chan­son n’avait ja­mais été un ob­jec­tif, une fois que j’ai com­pris que j’avais be­soin d’un pro­jet et que je pou­vais voir la mu­sique de ma­nière en­tre­pre­neu­riale, je me suis dit : "Ça se peut." »

LE DISQUE

Deux ans après la fi­nale du Fes­ti­val de Gran­by et la sor­tie d’un mi­croal­bum, un an après avoir rem­por­té les Fran­cou­vertes, Ly­dia Ké­pins­ki vient de lan­cer son pre­mier disque. « La plu­part de mes chan­sons étaient écrites avant que je lance mon mi­croal­bum, mais je crois que ni moi ni le monde n’étions prêts pour un al­bum com­plet. Je de­vais trou­ver mon iden­ti­té mu­si­cale », dit la chan­teuse, qui ex­plique avoir hé­ri­té du cô­té ar­tiste de son père et de la ri­gueur de sa mère actuaire — elle gère d’ailleurs son équipe et sa comp­ta­bi­li­té.

« Pre­mier juin est un re­gard sur mes an­nées dif­fi­ciles. C’est ma date de fête, mais ça si­gni­fie plus que d’avoir vieilli d’un an. Ça veut dire : j’ai sur­vé­cu, crisse. High five à moi-même. »

Même si elle va mieux, le disque lui res­semble tou­jours. « Quand je chante ces textes, je re­plonge di­rec­te­ment dans cet uni­vers. J’ai l’air confiante, mais c’est parce que je suis pas­sée à tra­vers ça que j’ai moins peur de faire une en­tre­vue avec quel­qu’un que je ne connais pas. »

LES MOTS

Ly­dia Ké­pins­ki écrit des poèmes de­puis la sixième an­née du pri­maire, à la sug­ges­tion de son père qui cher­chait à ca­na­li­ser l’éner­gie de sa fille plu­tôt tur­bu­lente en classe. « J’ai conti­nué pen­dant tout mon se­con­daire », dit la jeune femme, qui ne nous a pas don­né ren­dez-vous à la bi­blio­thèque Marc-Fa­vreau pour rien.

Non seule­ment elle ado­rait Sol quand elle était pe­tite — « j’étais ob­nu­bi­lée par sa ma­nière de jouer avec les mots » —, mais c’est aus­si un lieu où elle a tra­vaillé plu­sieurs textes. « Ce sont les mots qui m’ont ame­née à la chan­son. J’aime la poé­sie mé­dié­vale jus­te­ment parce qu’elle est so­nore », dit Ly­dia Ké­pins­ki, qui adore mé­lan­ger les re­gistres de lan­gage, comme Ri­chard Des­jar­dins, et faire des jeux de mots même dans ses chan­sons les plus tristes.

« Je suis un océan de contra­dic­tions. J’aime le tra­gi-co­mique. Je mo­dule aus­si ma ma­nière de chan­ter, par­fois très dou­ce­ment, par­fois très fort. C’est très co­hé­rent comme in­con­grui­té ! »

LA MU­SIQUE

La com­po­si­trice aime la mu­sique épique, et cha­cune de ses chan­sons est comme une aven­ture qu’on vit du dé­but à la fin. « Je suis une per­sonne in­tense, qui vit des émo­tions de ma­nière in­tense et, quand je les ra­conte, je le fais de fa­çon in­tense. C’est pour ça que le mé­dié­val m’ins­pire : c’est l’hé­roïsme, et ça me fait tri­per. L’his­toire du Qué­bec a be­soin de per­son­na­li­tés hé­roïques. »

Elle l’ad­met : son disque est en­ro­bé, exu­bé­rant. Et c’est ce qu’elle vou­lait faire, en com­pa­gnie du réa­li­sa­teur Blaise Bor­boën-Léo­nard qui l’a ai­dée à faire le tri dans ses idées. « Comme dans le théâtre de l’An­ti­qui­té, le but est d’at­teindre la ca­thar­sis et d’ex­pul­ser les pas­sions », dit la jeune femme, qui ex­plore de grands thèmes comme l’amour, la fo­lie, l’ami­tié, la mort.

LA SUITE

Quand les pa­rents de Ly­dia Ké­pins­ki ont su qu’elle vou­lait faire de la mu­sique après son bac, ils ont eu peur pour elle. « Ils vou­laient que je fasse une maî­trise en lit­té­ra­ture… au moins! » Elle est consciente qu’il y a beau­coup d’ap­pe­lés et peu d’élus dans ce mi­lieu et au­jourd’hui, elle voit son al­bum comme un test. « J’ai cris­tal­li­sé ces der­nières an­nées dans cette forme d’art, est-ce que vous l’ac­cep­tez ? », de­mande-t-elle.

Ly­dia Ké­pins­ki ne se­rait pas in­sul­tée s’il n’y avait pas de place pour elle sur la « pla­nète Qué­bec ». « Au moins, j’au­rai es­sayé. »

Bien sûr, elle ai­me­rait être en­core là dans cinq ans. « J’au­rais as­sez de chan­sons pour faire un autre al­bum tout de suite! Tant que j’au­rai du

fun et de l’éner­gie, que je vais avoir l’im­pres­sion que j’ai quelque chose à dire et que l’ac­cueil se­ra bon, je vais conti­nuer », dit la jeune femme, qui est consciente de l’en­goue­ment au­tour d’elle.

Vous vou­lez y al­ler? Ly­dia Ké­pink­si

Vendredi 20 avril, 21 h La Pe­tite Boîte noire En­trée : 10 $

— PHO­TO AR­CHIVES LA PRESSE, PA­TRICK SANFA­çON

Ga­gnante des Fran­cou­vertes en 2017, Ly­dia Ké­pins­ki a lan­cé Pre­mier juin il y a deux se­maines, un pre­mier al­bum qui fait grand bruit.

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