Un proche ai­dant crie au secours pour son ai­dée

La Tribune - - ACTUALITÉS - Gaë­tan Gré­goire Sher­brooke

De­puis un mois, ma conjointe est hos­pi­ta­li­sée pour une in­fec­tion...

De­puis un mois, elle fait l’ex­pé­rience trau­ma­ti­sante d’hos­pi­ta­li­sa­tion et par ri­co­chet, et je suis té­moin de son ex­pé­rience lourde de souf­frances, d’inquiétudes et de re­la­tions dif­fi­ciles avec les in­ter­ve­nants du mi­lieu.

Elle se trouve du bord des per­sonnes aî­nées et ma­lades après avoir ser­vi pen­dant des an­nées comme in­ter­ve­nante de ce même mi­lieu.

Ce même mi­lieu qui s’est gran­de­ment dé­té­rio­ré dans sa mis­sion des soins aux ma­lades... Toutes les vo­lon­tés de réforme ont réus­si à le dé­for­mer, à le dé­gra­der, à le désor­ga­ni­ser et à le dé­tour­ner de sa mis­sion d’un ser­vice at­ten­tif, pré­ve­nant et res­pec­tueux du ma­lade.

Plu­tôt, il se com­porte en « in­fan­ti­li­sant » le ma­lade âgé quand on s’adresse à lui, en le mo­ra­li­sant en lui dic­tant la bonne ma­nière de faire et en le me­na­çant d’ain­si com­pro­mettre sa gué­ri­son, en l’in­ter­pel­lant sou­vent de ma­nière au­to­ri­taire, pré­ci­pi­tée et « im­pa­tiente ».

L’in­for­ma­tion ab­sente ou pour le moins in­com­plète et ra­pi­de­ment com­mu­ni­quée sur son état de san­té de la part des in­ter­ve­nants...

Le mé­lange des rôles ou l’ap­pro­pria­tion de la com­pé­tence de l’autre... glo­ba­le­ment, tout le monde fait tout sauf ce qu’il a à faire, la pré­po­sée en étant in­fir­mière, l’in­fir­mière en étant mé­de­cin.

La con­si­dé­ra­tion de la per­sonne dans la pres­ta­tion des soins est né­gli­gée (par exemple, pour al­ler plus vite, deux in­ter­ve­nants donnent en même temps deux soins dif­fé­rents).

Les condi­tions ma­té­rielles et so­ciales (co­ha­bi­ta­tion, in­ti­mi­té, in­dis­cré­tion, ali­men­ta­tion...) sont aus­si du lot des ir­ri­tants ma­jeurs de l’hos­pi­ta­li­sa­tion en cette ère du 21e siècle.

La liste des anec­dotes et des té­moi­gnages est longue. À les en­tendre et à les voir, on se pince pour croire que ce n’est pas ir­réel. On se dit que per­sonne ne nous croi­ra tant c’est in­vrai­sem­blable. Mais oui, à force de les voir se ré­pé­ter, on com­mence à se dire que nous sommes ren­dus au stade de l’in­di­gni­té de la per­sonne hu­maine.

C’est de­ve­nu ex­cep­tion­nel et re­mar­quable de re­ce­voir de la dé­li­ca­tesse, de l’at­ten­tion, de l’écoute, de la dou­ceur, de l’em­pa­thie et de la di­gni­té. Ils sont pour­tant la base d’un vrai ser­vice hu­main et la condi­tion à une ré­ha­bi­li­ta­tion de sa condi­tion de san­té. Ce­pen­dant, les membres du per­son­nel d’ori­gine im­mi­grante sont re­mar­quables dans leur ap­proche de la per­sonne ma­lade.

Ces condi­tions ir­ri­tantes à ré­pé­ti­tion usent le mo­ral du pa­tient et af­fectent né­ga­ti­ve­ment sa ré­cu­pé­ra­tion phy­sique et les ef­forts de ré­adap­ta­tion. Ça en est ve­nu à qua­li­fier ma conjointe de pa­tiente dif­fi­cile. S’il en est de part et d’autre, ce n’est pas une rai­son de ré­agir de fa­çon ir­res­pec­tueuse et in­digne à l’égard d’une per­sonne vul­né­rable.

Je vous rap­porte ce­ci pu­blié dans La Tri­bune :

« La cam­pagne élec­to­rale est en cours et les aî­nés font l’ob­jet de nom­breuses an­nonces. Ce­pen­dant, les as­pects de di­gni­té de­vraient être au centre des dis­cus­sions et n’y sont pas. [...] Il est im­por­tant de dis­tin­guer les be­soins des aî­nés et les soins aux per­sonnes âgées ma­lades. Un manque de connais­sance des dif­fi­cul­tés liées au vieillis­se­ment nous pa­raît clair dans ce dé­bat*. » (Dr Serge Bra­zeau, pré­sident de l’As­so­cia­tion des mé­de­cins gé­riatres du Qué­bec.)

Les fac­teurs de cette alié­na­tion du mi­lieu hos­pi­ta­lier sont en grande par­tie at­tri­buables à son grave état de désor­ga­ni­sa­tion.

Aux chan­ge­ments ad­mi­nis­tra­tifs des der­nières an­nées, à son manque d’ef­fec­tifs, à l’ab­sence de for­ma­tion des re­crues et du per­son­nel, aux re­la­tions pro­fes­sion­nelles in­sa­tis­fai­santes et ten­dues, aux rap­ports hié­rar­chiques ré­tro­grades entre le pou­voir mé­di­cal et le per­son­nel soi­gnant, et à la vul­né­ra­bi­li­té et le si­lence des pa­tients té­moins et vic­times (d’au­tant plus que cer­tains sont at­teints de troubles cog­ni­tifs) de ce chaos or­ga­ni­sa­tion­nel.

Si vous êtes de ces per­sonnes en san­té, sa­chez ap­pré­cier chaque ins­tant de cet état et sa va­leur et im­plo­rez vos es­prits pour vous évi­ter les affres de la ma­la­die et de l’hos­pi­ta­li­sa­tion.

* Voir dans La Tri­bune du 11 sep­tembre l’opi­nion du Dr Serge Bra­zeau, pré­sident de l’As­so­cia­tion des mé­de­cins gé­riatres du Qué­bec.

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