Tant de sou­ve­nirs à par­ta­ger

La Tribune - - MUSIQUE - RONALD MAR­TEL ronald.mar­tel@latribune.qc.ca

SAINT-SÉBASTIEN – Il y a de ces mu­si­ciens de très grand ta­lent qui tra­vaillent dans l’ombre des ve­dettes de la chan­son. Leur mo­des­tie fait en sorte qu’ils res­tent long­temps mé­con­nus, mal­gré leurs nom­breuses an­nées d’ex­pé­rience. C’est le cas de Fred Far­ru­gia, qui vit à Sher­brooke pra­ti­que­ment re­ti­ré, mais qui de­vrait fi­gu­rer au grand Pan­théon mon­dial de la mu­sique.

« Je suis ve­nu à Sher­brooke par amour d’une Sher­broo­koise, France Bé­gin. Mes amis m’ont trai­té de fou de lais­ser un em­ploi lu­cra­tif pour cette aven­ture… » ra­conte-t-il.

Il a eu trois fils, dont au­cun n’est mu­si­cien.

« Un mé­tier dif­fi­cile. Je ne les ai pas pous­sés vers ça! » avoue-t-il.

Sa feuille de route en tant que pia­niste est plus qu’im­pres­sion­nante. Il a tra­vaillé avec tel­le­ment d’étoiles de la chan­son… Qu’il suf­fise de nom­mer, entre autres, Na­na Mous­kou­ri, Pe­tu­la Clark, Mi­reille Ma­thieu, Jean Fer­rat, Mi­chel Del­pech, Alain Bar­rière, Joe Das­sin, Sa­cha Dis­tel, Serge Reg­gia­ni, En­ri­co Ma­cias… Le pa­ro­lier Ed­dy Mar­nay a été un ami in­time, tout comme Fri­da Boc­ca­ra. Tous deux sont dé­jà ve­nus chez lui, à Sher­brooke! Il a même fait de la mu­sique de film avec Paul Mau­riat.

Ne croyez pas que les étoiles qué­bé­coises soient en reste. Fred Far­ru­gia a été un ha­bi­tué des Gi­nette Re­no, Jean-Pierre Fer­land, Ni­cole Martin, qu’il a ac­com­pa­gnés à la Place des Arts ou en tour­nées… Il a joué avec une ky­rielle d’autres ar­tistes, lors des émis­sions de Ra­dio-Ca­na­da Les anges du ma­tin, Les dé­mons du mi­di et Star d’un soir, cette der­nière ani­mée par Pierre La­londe, entre autres. « J’ai eu de la chance de tra­vailler avec des gens très gen­tils! Avec Gilles La­tu­lippe et Su­zanne La­pointe, ce fut pour moi six ans de bon­heur! »

LA FÊTE AVEC LES AMIS

Fred Far­ru­gia re­fe­ra sur­face sous les pro­jec­teurs ré­gio­naux le di­manche 16 sep­tembre, dans le cadre des concerts an­nuels pré­sen­tés à l’église de Saint-Sébastien, dans la ré­gion de Mégantic. L’or­ga­ni­sa­teur Mi­chel Mer­cier avoue dé­jà sa fé­bri­li­té de­vant la pers­pec­tive d’ac­cueillir un mo­nu­ment en son genre, ac­com­pa­gné par quatre com­plices aus­si che­vron­nés que lui : Mi­chael Tin­ker, trom­pet­tiste, De­nis Bai­ley, bas­siste, Ri­chard Ber­ge­ron, bat­teur, et Jean-De­nis Du­buc, saxo­pho­niste.

M. Far­ru­gia n’a que des louanges pour ces quatre pas­sion­nés fous de mu­sique! « Ce sont quatre amis à moi. Il y a toute une chi­mie entre nous. Ce sont de grands im­pro­vi­sa­teurs, des ins­tru­men­tistes de haut ca­libre. Quand on se re­trouve, on n’a pas l’im­pres­sion de tra­vailler : c’est la fête! C’est un im­mense plai­sir tout le temps. Nous sommes des amou­reux de la mu­sique, nous avons don­né beau­coup de spec­tacles en­semble. »

Né à Tu­nis de pa­rents ita­liens en fé­vrier 1937, Fred Far­ru­gia a fré­quen­té pen­dant sept ans le Con­ser­va­toire na­tio­nal de Pa­ris pour per­fec­tion­ner son pia­no.

« C’était im­por­tant pour moi. C’est tel­le­ment né­ces­saire, la lec­ture des par­ti­tions de mu­sique, pour tra­vailler en stu­dio. Ce que j’ai fait pen­dant 13 ans à Pa­ris, avec les Gil­bert Bé­caud et tel­le­ment d’autres. »

MIEUX CHAN­TER AVEC FRED

Des anec­dotes, il pour­rait en ra­con­ter plu­sieurs cen­taines… « À la té­lé, Na­na Mous­kou­ri a dé­jà avoué : "Ac­com­pa­gnée par Fred, je chante mieux!" Et puis je me sou­viens que Pe­tu­la Clark, in­vi­tée à ve­nir à Star d’un soir, vou­lait ame­ner son chef d’or­chestre et ses 14 mu­si­ciens. Ra­dio-Ca­na­da avait re­fu­sé parce que ce­la au­rait coû­té trop cher, ar­gu­men­tant que l’or­chestre pré­vu pour l’émis­sion était de ca­libre, avec Fred Far­ru­gia. Quand elle a su que c’était moi, elle a ac­cep­té im­mé­dia­te­ment sans rien ajou­ter! »

Le pia­niste se dit très fier d’avoir en­re­gis­tré des albums en di­rect lors de spec­tacles no­toires. « Ce­lui qui m’a ap­por­té le plus de sa­tis­fac­tion, c’est un al­bum double — deux heures sans ac­crocs, un fait d’armes — avec Gi­nette Re­no et 30 mu­si­ciens. Live, c’est plus ris­qué, mais la réa­li­sa­tion a été par­faite, tous ont été ex­tra­or­di­naires! » ra­conte-t-il.

« Il y en a eu d’autres avec Fri­da Boc­ca­ra, en Aus­tra­lie, une per­sonne agréable et ma­gni­fique, puis avec Mi­reille Ma­thieu au stade de foot d’Athènes, de­vant 80 000 per­sonnes! »

En ta­pant Fred Far­ru­gia dans l’in­ter­net ap­pa­raissent plu­sieurs ins­crip­tions des Ma­quillages Fred Far­ru­gia. « C’est mon ne­veu Éric Far­ru­gia qui m’a de­man­dé ma per­mis­sion d’uti­li­ser mon nom. C’est un ma­quilleur pro­fes­sion­nel qui a tra­vaillé pour Lan­côme! » dit-il en riant.

À Saint-Sébastien, le pu­blic au­ra droit à un ré­per­toire de va­rié­tés, du jazz, de la bos­sa-no­va et des pièces bien connues.

STÉPHANIE VALLIÈRES — PHOTO SPECTRE MÉ­DIA,

Ac­com­pa­gné de quatre amis mu­si­ciens, le pia­niste et Sher­broo­kois d’adop­tion Fred Far­ru­gia se char­ge­ra du concert an­nuel au pro­fit de l’église Saint-Sébastien-de-Fron­te­nac, le di­manche 16 sep­tembre. Une rare oc­ca­sion de ré­en­tendre le mu­si­cien oc­to­gé­naire, dont les ap­pa­ri­tions pu­bliques ne sont plus aus­si fré­quentes qu’avant.

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