De Sher­brooke au Grand Nord

La Tribune - - ACTUALITÉS - TOM­MY BRO­CHU tbro­chu@la­tri­bune.qc.ca

SHER­BROOKE — Da­vid Pou­lin-La­tu­lippe, un psy­cho­logue pour en­fants de Sher­brooke, s’en­vo­le­ra vers le Nord afin de prendre soin de jeunes inuits. Deux se­maines par mois, ce père de fa­mille de cinq en­fants s’en­vo­le­ra vers Kan­gi­q­sua­lu­j­juaq pour ai­der la po­pu­la­tion lo­cale en mi­sant sur la psy­cho­lo­gie par le jeu.

Que ce soit dans les jeux de rôles ou de fi­gu­rines, les en­fants parlent de leur vie, ex­plique M. Pou­lin-La­tu­lippe. Les psy­cho­logues entrent donc dans ce monde afin de créer un lien avec l’en­fant. L’en­fant se sent donc com­pris et peut s’ex­pri­mer.

C’est donc pour ai­der les en­fants inuits que M. Pou­lin-La­tu­lippe ira pas­ser une dou­zaine de jours par mois dans le Grand Nord pour don­ner un ser­vice à un peuple qu’il qua­li­fie de très ac­cueillant. « Il y a des sen­si­bi­li­tés dans le Grand Nord par rap­port à la ma­nière dont on parle des ser­vices so­ciaux et dont on parle des Inuits. Ce peuple est tel­le­ment ac­cueillant et ré­si­lient. Ce ne sont pas tous les Inuits qui ont des pro­blèmes so­ciaux », re­marque le psy­cho­logue.

M. Pou­lin-La­tu­lippe trai­te­ra éga­le­ment un pro­blème qu’il consi­dère comme un trau­ma gé­né­ra­tion­nel. « Les grands-pa­rents de ces en­fants ont connu les pen­sion­nats et la co­lo­ni­sa­tion. C’est deux gé­né­ra­tions en ar­rière, ce n’est pas très loin. Leurs pa­rents ont les re­bonds de ça et trans­mettent des choses aux en­fants à tra­vers leurs at­ti­tudes pa­ren­tales. »

« Au­tour de 1950, un corps po­li­cier qui trou­vait que les chiens qui er­raient dans les vil­lages étaient in­sa­lubres a pris la dé­ci­sion d’abattre tous les chiens de traî­neaux dans les vil­lages, pour­suit-il. Les Inuits et les chiens de traî­neaux tra­vaillaient main dans la main et ils les ont per­dus. Ils ont été obli­gés d’ache­ter des mo­to­neiges. Ce n’est pas seule­ment ça qui les a trans­for­més, mais ça a été un en­jeu ma­jeur. Quand je dis­cute avec les Inuits, plu­sieurs me disent qu’ils ne l’ont pas en­core di­gé­ré. De la ma­nière que ça s’est fait, ça a lais­sé une autre marque par rap­port aux Blancs. »

PRO­JET PI­LOTE

Le psy­cho­logue sher­broo­kois fe­ra la pre­mière ro­ta­tion de son pro­jet pi­lote dès lun­di. « Je pars le 15 oc­tobre et le pro­jet pi­lote est en vi­gueur jus­qu’à la fin du mois de mars. Je suis en col­la­bo­ra­tion avec la psy­cho­logue qui est dé­jà là-bas. Elle n’au­ra plus be­soin d’al­ler dans le pe­tit vil­lage de Kan­gi­q­sua­lu­j­juaq (George Ri­ver), un vil­lage d’en­vi­ron 1000 ha­bi­tants. C’est là que je vais pas­ser deux se­maines par mois pour me concen­trer sur la psy­cho­thé­ra­pie avec les en­fants inuits », dé­crit ce­lui qui pra­tique à Sher­brooke dans le pri­vé.

M. Pou­lin-La­tu­lippe est dé­jà al­lé deux fois dans le Grand Nord afin de prê­ter main-forte aux gens des ser­vices so­ciaux. « C’est un mo­dèle in­té­res­sant pour les autres psy­cho­logues qui tra­vaillent au pri­vé et qui vou­draient al­ler don­ner un coup de main là-bas », ren­ché­rit-il.

SA­CRI­FICES

Bien sûr, Da­vid Pou­lin-La­tu­lippe de­vra faire quelques sa­cri­fices pour al­ler ai­der les en­fants inuits. « C’est d’ac­cep­ter que je ne vais pas voir mes en­fants et ma conjointe 12 jours par mois. Il y a un ajus­te­ment par rap­port à mes pa­tients ici que je vais moins voir. Tout le monde em­barque dans le ba­teau. Mes proches me disent : "Oui, vas-y,

let’s go, c’est un beau pro­jet, mais hé boy, on va s’en­nuyer!" C’est sûr que ça va don­ner un peu plus de cor­vées à ma conjointe, donc c’est un pe­tit sa­cri­fice pour tout le monde », ra­conte ce­lui dont les en­fants sont âgés entre 2 et 18 ans.

MANQUE

Aus­si bons soient-ils, les ser­vices so­ciaux doivent s’ajus­ter à un cruel manque de main-d’oeuvre dans le Grand Nord. « Il y a quelques postes de psy­cho­logues de dis­po­nibles au Nu­na­vik, mais il n’y a pas d’ap­pli­ca­tion. La DPJ est à la re­cherche d’un psy­cho­logue de­puis deux ans. Les ser­vices so­ciaux sont mis en place, il y a plein de beaux pro­grammes, mais il n’y a pas de thé­ra­pie avec les en­fants », ré­sume-t-il.

— PHO­TO SPECTRE MÉ­DIA, RE­NÉ MAR­QUIS

Le psy­cho­logue pour en­fants Da­vid Pou­lin-La­tu­lippe ira pra­ti­quer son mé­tier dans le Grand Nord deux se­maines par mois.

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