Des nou­velles de la chève du PQ

La Tribune - - ACTUALITÉS - Jean Cô­té Sher­brooke STEVE BER­GE­RON steve.ber­ge­ron@la­tri­bune.qc.ca

Le mot « cheffe » est-il dé­sor­mais ac­cep­té? Il me semble que je le ren­contre sou­vent dans vos pages. N’aviez-vous pas dé­jà écrit qu’il fal­lait écrire « une chef »?

Ef­fec­ti­ve­ment, j’avais si­gné une chro­nique sur le su­jet en avril 2011. C’était à l’époque où Pau­line Ma­rois était chef du Par­ti qué­bé­cois. Le texte s’in­ti­tu­lait La chève du PQ. En théo­rie, si la règle avait été sui­vie, le fé­mi­nin de chef au­rait été chève. Tout comme bref donne brève, veuf donne

veuve et vif donne vive. Mais étant don­né la res­sem­blance du mot chève avec un autre mot qui au­rait sû­re­ment of­fus­qué bien des dames, faut-il s’éton­ner que cette forme n’ait pas été re­te­nue? Ce­la au­rait pu don­ner d’inquiétantes tour­nures, du genre : « En­core une fois, les mi­li­tants du PQ ont pris leur chève comme bouc émis­saire. »

On s’en­tend donc pour dire... Qu’écris-je là? On ne s’en­tend pas du tout! En France, le mot

chef est presque ex­clu­si­ve­ment mas­cu­lin. Il se­ra ac­cep­té au fé­mi­nin par fa­mi­lia­ri­té ou pour des fonc­tions tech­niques.

Au Qué­bec, on dit la chef sans au­cun scru­pule dans la langue sou­te­nue. Fi­na­le­ment, en Suisse, l’or­tho­graphe cheffe est cou­rante.

Sa­chez donc que, pour un jour­na­liste fran­çais, Pau­line Ma­rois se­ra pro­ba­ble­ment le chef du Par­ti qué­bé­cois, alors qu’ici, où la fé­mi­ni­sa­tion a une lon­gueur d’avance, elle peut être la chef sans pro­blème. Elle a failli être aus­si la chef­fesse. Le mot dé­signe la di­gni­té de cer­taines femmes aux îles Mar­quises.

Cette fé­mi­ni­sa­tion épi­cène (le mot reste le même au mas­cu­lin et au fé­mi­nin) s’ap­plique à tous les contextes. On di­ra donc cor­rec­te­ment une grande chef cui­si­nière, une chef ac­ces­soi­riste, une chef cais­sière, une in­fir­miè­re­chef, etc. Quant au mot chef­taine, il est ré­ser­vé au scou­tisme et aux autres mou­ve­ments si­mi­laires pour dé­si­gner les jeunes femmes res­pon­sables d’un groupe. Le mot vient de l’an­glais

chief­tain, le­quel est is­su... de l’an­cien fran­çais che­ve­tain, qui vou­lait dire ca­pi­taine.

Main­te­nant, qu’en est-il sept ans plus tard? Force est de consta­ter que le fé­mi­nin cheffe semble vou­loir s’im­po­ser ici aus­si, comme en Suisse. Même s’il s’agit d’une forme in­ha­bi­tuelle et que j’ai ré­gu­liè­re­ment pré­ve­nu mes col­lègues qu’ils pou­vaient écrire une chef, le clou ne rentre pas. Par ailleurs, les fiches du Grand Dic­tion­naire et de la Banque de dé­pan­nage lin­guis­tique ne la désap­prouvent pas.

Dans ces cas-là, il vaut mieux ne pas trop gas­piller d’éner­gie à ten­ter de re­ve­nir en ar­rière. Tant qu’on ne voit pas ap­pa­raître des veuffes qui donnent des ré­ponses breffes et dé­fi­ni­tiffes.

PERLES DE LA SE­MAINE

Cer­tains en­fants ne manquent pas d’ima­gi­na­tion… et on dé­couvre de qui ils tiennent lors­qu’on lit les mots d’ex­cuse de leurs pa­rents.

San­dra n’a pas pu ve­nir en classe hier pour cause d’ab­sence.

Si mon fils ne vient plus au cours de gym, c’est qu’il vous dé­teste.

Mon fils a vu une dame qui a eu un ma­laise au su­per­mar­ché et il a été to­ma­ti­sé.

Ma fille a été ab­sente parce qu’elle n’a plus rien à se mettre.

Elle a mis du fond de teint pour ca­cher ses bou­tons, mais elle est al­ler­gique aux pro­duits cos­miques. Ques­tions ou com­men­taires? Steve.ber­ge­ron@la­tri­bune.qc.ca.

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