RIEN NE FREINE DEAN HADD!

Le Wa­ter­lois est le pre­mier am­pu­té au Qué­bec à re­mon­ter sur une mo­to

La Voix de l'Est - - LA UNE - SA­MUEL LE­BLANC sa­muel.le­blanc@la­voix­de­lest.ca

WA­TER­LOO—Rienn’ar­rê­teDean Hadd. Le Wa­ter­lois est le pre­mier Qué­bé­cois à rou­ler à mo­to à la suite de l’am­pu­ta­tion par­tielle de sa jambe droite cau­sée par un ac­ci­dent. Il lui a fal­lu deux ans d’ef­forts , mais il peut main­te­nant en­four­cher à nou­veau son bo­lide et s’adon­ner à sa pas­sion de tou­jours. Il a ac­cep­té de par­ta­ger son his­toire à La Voix de l’Est. Le drame est sur­ve­nu en juillet 2015 alors qu’il roule der­rière un ca­mion, sur la 112 dans la ré­gion de Wa­ter­loo. Il voit alors le ca­mion tour­ner à une in­ter­sec­tion en T, et dé­cide de le dé­pas­ser. Au même mo­ment, un ca­mion de gra­vier s’en­gage dans sa voie à par­tir de l’em­bran­che­ment du T. « J’ai frei­né un peu, mais c’était dé­jà trop tard », se re­mé­more le mo­to­cy­cliste. «Il y a beau­coup de choses qui se passent dans la tête dans une frac­tion de se­conde quand ça ar­rive ».

Il tente de bi­fur­quer, et sa jambe droite entre en con­tact de plein fouet avec le de­vant du deuxième ca­mion. Avant de s’éva­nouir, il se dit que sa jambe doit être cas­sée. Qu’une chance qu’il ne rou­lait pas vite.

Mais à son ré­veil, il en va tout au­tre­ment.

« Quand je me suis ré­veillé à l’hô­pi­tal, je n’avais plus de jambe », se rap­pelle-t-il. « Sur le coup, je pen­sais que tout, tout, tout était fi­ni. Pas juste la mo­to. On ne connaît pas ça, les am­pu­ta­tions... ».

Dean Hadd a été am­pu­té un peu au-des­sus du ge­nou. Il res­te­ra 12 jours à l’hô­pi­tal, où l’équipe de spé­cia­listes lui fait part qu’il se­rait un bon can­di­dat pour une pro­thèse élec­tro­nique et hy­drau­lique.

Ra­pi­de­ment, il s’in­forme à sa­voir s’il pour­ra re­faire de la mo­to avec une pro­thèse. On lui ré­pond que ce­la n’a en­core ja­mais été fait au Qué­bec. YouTube lui ap­prend que ce­la se pra­tique en Eu­rope. «Il y avait pos­si­bi­li­té de le faire. Je me suis dit: s’il y a pos­si­bi­li­té, on va le faire». Dé­ter­mi­né, vous dites ? « (Pour moi), c’avait été comme deux am­pu­ta­tions. J’avais per­du ma jambe, mais aus­si ma ca­pa­ci­té de faire de la mo­to... »

300 REN­DEZ-VOUS

Du­rant un an et de­mi, le Wa­ter­lois se pré­sen­te­ra à plus de 300 ren­dez-vous au centre de ré­adap­ta­tion Constance-Le­th­bridge de Mon­tréal. Son but : pou­voir mon­ter sur sa mo­to à nou­veau. Le test pour ré­cu­pé­rer son per­mis se dé­rou­le­ra à cet en­droit éga­le­ment.

« C’était pas un test de conduite, mais un test pour la pro­thèse », pré­cise l’homme de 52 ans. L’exer­cice? Prendre place sur la mo­to, des pré­po­sés la re­te­nant en équilibre. Quand ils la re­lâchent, il doit mettre les pieds par terre. Sans tom­ber. « C’était très, très dif­fi­cile... » Le fait qu’il avait en­core une grande por­tion de la par­tie su­pé­rieure de sa jambe ren­dait tou­te­fois la tâche moins ar­due, se­lon lui. Aus­si, sa pro­thèse hy­drau­lique est équi­pée de mi­cro­pro­ces­seurs qui lui per­mettent d’être ré­ac­tive aux évé­ne­ments, se bar­rant lors d’un choc, par exemple. « C’est ça qui fait toute la dif­fé­rence », dit-il.

Dean Hadd s’achète, du­rant ce temps, un pe­tit mo­dèle de mo­to pour pra­ti­quer chez lui. «Au dé­but, c’était très éner­vant et apeu­rant, parce qu’on a pas de confiance dans la pro­thèse », pré­cise-t-il. Avant de pas­ser son test, il va ain­si par­cou­rir 500 km... uni­que­ment dans sa cour!

L’ajout de roues sta­bi­li­sa­trices lui au­ra per­mis de fi­na­le­ment faire confiance à sa pro­thèse.

Les gens de la So­cié­té d’as­su­rance au­to­mo­bile du Qué­bec on­tils sur­sau­té en voyant un homme avec une pro­thèse se pré­sen­ter pour ra­voir son per­mis ?

« J’ima­gine », ré­pond-t-il en riant. « Ça ne s’était ja­mais fait. Il fal­lait que je pousse, que je montre les tests que j’avais pas­sés au centre de ré­adap­ta­tion ».

Le quin­qua­gé­naire a ob­te­nu son per­mis l’au­tomne pas­sé. Sa mo­to est main­te­nant adap­tée, avec des freins au pouce gauche et non au pied. C’est le pre­mier été qu’il peut en pro­fi­ter de­puis son ac­ci­dent.

CONDI­TIONS PAR­TI­CU­LIÈRES

Seule ombre au ta­bleau : même si le pas­sion­né a fran­chi toutes les étapes pour pou­voir sillon­ner à nou­veau les routes en mo­to, il ne peut em­bar­quer de pas­sa­ger. « Avant, je voya­geais beau­coup avec ma conjointe », té­moi­gnet-il, se rap­pe­lant leurs pé­riples à tra­vers le Ca­na­da et dans la pro­vince. Elle n’a ce­pen­dant pas de mo­to. C’est donc elle, pour l’ins­tant, qui doit faire le deuil de leurs pro­me­nades.

Il men­tionne tou­te­fois que cette si­tua­tion pour­rait chan­ger dans le fu­tur.

Quand je me suis ré­veillé à l’hô­pi­tal, je n’avais plus de jambe. Sur le coup, je pen­sais que tout, tout, tout était fi­ni. Pas juste la mo­to. On ne connaît pas ça, les am­pu­ta­tions…

— PHO­TO CA­THE­RINE TRU­DEAU.

«C’était comme deux am­pu­ta­tions. J’avais per­du ma jambe, mais aus­si ma ca­pa­ci­té de faire de la mo­to», se rap­pelle Dean Hadd, qui en­fourche de nou­veau une mo­to après deux ans de ré­adap­ta­tion.

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