Fe­de­rer ajoute à sa lé­gende

La Voix de l'Est - - SPORTS - MI­CHEL MA­ROIS

Ilyau­nan,après­so­né­li­mi­na­tio­nen de­mi-fi­nale à Wim­ble­don, Ro­ger Fe­de­rer a dé­ci­dé de prendre une longue pause de la com­pé­ti­tion pour soi­gner une bles­sure à un ge­nou. Un an plus tard, le Suisse a ajou­té di­manche un nou­veau cha­pitre à sa lé­gende en rem­por­tant son hui­tième titre sur le ga­zon lon­do­nien. Fe­de­rer a pris la me­sure du Croate Ma­rin Ci­lic, 6-3, 6-1, 6-4, pour ain­si de­ve­nir le cham­pion le plus ti­tré de l’his­toire du tour­noi.

«Wim­ble­don a tou­jours été mon tour­noi fa­vo­ri et il le se­ra tou­jours, a-t-il confié en confé­rence de presse. Mes hé­ros ont fou­lé ces lieux, ces courts. C’est grâce à eux que je suis de­ve­nu un meilleur joueur. Rem­por­ter huit titres ici est très spé­cial, mais ce n’était sû­re­ment pas dans mes rêves, je n’étais pas ce genre d’en­fant. Dans ma jeu­nesse à Bâle, j’étais plu­tôt un gars nor­mal qui es­pé­rait seule­ment faire car­rière un jour au ten­nis sur le cir­cuit.»

Cham­pion ju­nior à Wim­ble­don il y a 19 ans, ce­lui qui au­ra 36 ans dans quelques jours a rem­por­té hier son 19e titre en Grand Che­lem, un autre re­cord. Le Suisse avait dé­jà rem­por­té les In­ter­na­tio­naux d’Aus­tra­lie et les tour­nois Mas­ters 1000 d’In­dian Wells et de Mia­mi en dé­but de sai­son. Il avait en­suite sa­ge­ment fait l’im­passe sur les tour­nois dis­pu­tés sur la terre bat­tue afin d’être plus frais pour Wim­ble­don.

La stra­té­gie s’est avé­rée payante, puisque Fe­de­rer a com­plè­te­ment sur­vo­lé le tour­noi en ne cé­dant au­cune manche, un ex­ploit — réus­si la der­nière fois par Bjorn Borg en 1976 — qu’il n’avait ja­mais pu éga­ler au­pa­ra­vant. En fi­nale, de­vant plu­sieurs membres de la fa­mille royale — le duc et la du­chesse de Cam­bridge, no­tam­ment —, il a lit­té­ra­le­ment écra­sé un ad­ver­saire qui a vite pa­ru dé­pas­sé par l’en­jeu.

Fe­de­rer, qui n’avait plus ga­gné à Wim­ble­don de­puis 2012, a dé­mon­tré sa par­faite maî­trise du jeu sur le ga­zon avec un ar­se­nal de coups im­pa­rables, au ser­vice no­tam­ment, où il n’a cé­dé qu’une seule pe­tite balle de bris, vite re­pous­sée. Le cham­pion a rem­por­té 18 points consé­cu­tifs sur son en­ga­ge­ment, en pre­mière et deuxième manches, une sé­quence dont Ci­lic ne s’est ja­mais re­mis.

Plu­sieurs spé­cia­listes ont sou­li­gné après la fi­nale que Fe­de­rer n’avait peut-être ja­mais été aus­si bon, comme si l’âge et l’ex­pé­rience lui avaient per­mis d’ex­ploi­ter des pos­si­bi­li­tés nou­velles.

« [Au dé­but de l’an­née], vous au­riez pro­ba­ble­ment ri si je vous avais dit que je ga­gne­rais deux titres du Grand Che­lem cette sai­son, je n’y croyais pas moi-même! J’ai de­man­dé aux membres de mon équipe s’ils croyaient sin­cè­re­ment que je pou­vais ga­gner en­core en tour­noi ma­jeur. Leur ré­ponse a tou­jours été la même : si je suis 100 % en san­té, si je me pré­pare bien et si je suis mo­ti­vé, tout est pos­sible!»

«C’était im­por­tant qu’ils le croient, car ce n’est pas moi qui en­traîne mon équipe, c’est plu­tôt elle qui me porte le plus sou­vent. Quand je doute, ils sont là pour me ras­su­rer; et quand je me sens trop bien, ils s’as­surent de me ra­me­ner sur terre!»

Fe­de­rer est de re­tour au troi­sième rang du clas­se­ment mon­dial lun­di, et il n’a au­cun point à dé­fendre jus­qu’à la fin de la sai­son. À son rythme ac­tuel, il pour­rait bien re­prendre le pre­mier rang à 37 ans, un autre re­cord...

LES LARMES DE CI­LIC

Ma­rin Ci­lic avait bien failli sur­prendre Ro­ger Fe­de­rer, l’an­née der­nière en quart de fi­nale, et il l’avait bat­tu en de­mi-fi­nale des In­ter­na­tio­naux des États-Unis en 2014, en route vers son seul titre du Grand Che­lem. On s’at­ten­dait donc à une fi­nale âpre­ment dis­pu­tée, mais le Croate n’a ja­mais pu dé­fendre ses chances.

«C’est une bête am­poule sous un pied qui m’a ra­pi­de­ment gê­né dans tous mes dé­pla­ce­ments», a ex­pli­qué Ci­lic qui, comme Fe­de­rer, n’a ja­mais aban­don­né pen­dant un match tout au long de sa car­rière. «Le soi­gneur et le mé­de­cin ont fait de leur mieux de­puis deux jours pour m’ai­der, mais ce­la n’a pas été suf­fi­sant.»

On a vu le joueur de 27 ans es­suyer des larmes de rage en deuxième manche. « C’est évi­dem­ment très frus­trant après tous les ef­forts que nous avons faits, mon équipe et moi, de­puis plu­sieurs mois. J’ai eu de la dif­fi­cul­té à contrô­ler mes émo­tions quand j’ai com­pris que ce ne se­rait pas pos­sible d’of­frir ma meilleure per­for­mance.»

Ci­lic a quand même sou­li­gné qu’il était fier de sa per­for­mance pen­dant les deux se­maines du tour­noi, où il es­time avoir sou­vent joué le meilleur ten­nis de sa car­rière, de bon au­gure à un peu plus d’un mois des In­ter­na­tio­naux des États-Unis.

Le sixième joueur mon­dial a aus­si ren­du hom­mage au cham­pion: «Le plus im­pres­sion­nant est de voir qu’il [Fe­de­rer] conti­nue de s’amé­lio­rer. À son âge, ce­la té­moigne de sa grande vo­lon­té et aus­si de l’ex­cellent tra­vail de son équipe qui réus­sit à le pous­ser conti­nuel­le­ment. C’est un mo­dèle ex­cep­tion­nel pour tous les autres joueurs.»

— PHO­TO GLYN KIRK, AFP

Ro­ger Fe­de­rer a pris la me­sure du Croate Ma­rin Ci­lic, 6-3, 6-1, 6-4, pour ain­si de­ve­nir le cham­pion le plus ti­tré de l’his­toire du tour­noi de Wim­ble­don.

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