CEN­TE­NAIRE ET PROS­PÈRE

De­vant le Cercle ca­na­dien de Mon­tréal, Jean Gat­tu­so ex­plique la re­cette du suc­cès et de la lon­gé­vi­té de Las­sonde

La Voix de l'Est - - LA UNE - MA­RIE-ÈVE MAR­TEL ma­rie-eve.mar­tel@la­voix­de­lest.ca

MON­TRÉAL — Las­sonde ne fait pas son âge. L’en­tre­prise fon­dée à Rou­ge­mont cé­lèbre cette an­née cent ans d’exis­tence et en­tre­voit son ave­nir avec op­ti­misme, af­firme son di­ri­geant Jean Gat­tu­so.

Le grand pa­tron d’In­dus­tries Las­sonde inc. s’est adres­sé lun­di à plus de 200 membres de la com­mu­nau­té d’af­faires de la mé­tro­pole dans le cadre d’un dî­ner-confé­rence or­ga­ni­sé par le Cercle ca­na­dien de Mon­tréal.

Por­ter le « rêve » d’Aris­tide Las­sonde, fon­da­teur d’une conser­ve­rie en 1918, rêve qui per­dure de­puis main­te­nant quatre gé­né­ra­tions : voi­là la mo­ti­va­tion de Jean Gat­tu­so, qui fait croître l’en­tre­prise à titre de chef de l’ex­ploi­ta­tion de­puis 2009 et de pré­sident de­puis 2012.

Après les conserves, les pre­miers jus de pommes sont com­mer­cia­li­sés en 1959 ; la marque Oa­sis dé­barque sur le mar­ché huit ans plus tard. Au fil des an­nées, les marques se mul­ti­plient et se di­ver­si­fient. Au­jourd’hui, la mul­ti­na­tio­nale compte quatre grandes di­vi­sions qui re­groupent sa gamme élar­gie de pro­duits : jus et bois­sons, cidres, vins, sauces, bouillons, tar­ti­nades, etc.

En 1987, le géant du jus de fruits fait son en­trée en bourse. L’ac­tion, qui va­lait 73 $ au dé­but de 2013, en vaut main­te­nant 250 $. La fa­mille Las­sonde pos­sède en­core 53 % des ac­tions et 93 % du droit de vote au sein du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’en­tre­prise.

Celle-ci compte au­jourd’hui plus de 2000 em­ployés de plus de 35 na­tio­na­li­tés dans ses 14 usines ré­par­ties dans quatre pro­vinces ca­na­diennes et six États amé­ri­cains. « Las­sonde, ce sont des gens qui font la dif­fé­rence jour après jour. On amène tout ce beau monde-là vers un même but, et c’est l’équipe en­tière qui nous a me­nés là où nous nous si­tuons au­jourd’hui », clame M. Gat­tu­so.

Lui-même des­cen­dant d’im­mi­grants ita­liens, M. Gat­tu­so a sou­li­gné le rôle im­por­tant que jouent les tra­vailleurs étran­gers tem­po­raires dans l’in­dus­trie agroa­li­men­taire. « Ils re­pré­sentent 15 % des postes de ma­noeuvre », dit-il, ex­pri­mant le sou­hait que les dé­marches pour at­ti­rer et re­te­nir ces em­ployés soient fa­ci­li­tées.

CONQUÉ­RIR LE MAR­CHÉ AMÉ­RI­CAIN

En cinq ans, le chiffre d’af­faires de Las­sonde a cru de 50 %, pas­sant de 1,02 mil­liard à plus de 1,5 mil­liard de dol­lars. Une hausse qui s’ex­plique entre autres par la per­cée de la com­pa­gnie aux États-Unis, où elle a ac­quis les marques Cle­ment Pap­pas, en 2011, puis Apple & Eve, en 2014.

Cette crois­sance par acquisitions a por­té ses fruits et a per­mis au fleu­ron de Rou­ge­mont de s’im­po­ser sur ce mar­ché d’en­ver­gure. En 2010, les ventes de pro­duits en sol amé­ri­cain ne re­pré­sen­taient que 6 % des tran­sac­tions de l’en­tre­prise. Main­te­nant, 58 % de tout l’in­ven­taire de Las­sonde trouve pre­neur chez nos voi­sins du Sud.

Les chan­ge­ments dans la lé­gis­la­tion fis­cale amé­ri­caine pour­raient ame­ner Las­sonde à adap­ter ses stra­té­gies pour ti­rer son épingle du jeu. Le taux d’im­po­si­tion de l’en­tre­prise de­vrait aug­men­ter aux États-Unis pour se si­tuer à un ni­veau égal au taux ca­na­dien. « On ne sait pas en­core ce qui se­ra dé­duc­tible ou non. On va suivre de près ce qui va se pas­ser », ex­plique le di­ri­geant.

Ce pro­tec­tion­nisme ne de­vrait pas frei­ner l’élan de l’en­tre­prise, qui de­meure ou­verte à d’éven­tuelles acquisitions.

Pas ques­tion tou­te­fois de dé­voi­ler si des pour­par­lers sont en cours ou d’an­non­cer si la fa­mille s’agran­di­ra au cours de l’an­née. « Je dis tou­jours qu’il faut être deux pour dan­ser. On vise l’Ouest et le Mid­west amé­ri­cains, on connaît beau­coup de gens. Un mo­ment don­né, une oc­ca­sion se pré­sen­te­ra... », a-t-il lais­sé en­tendre dans un bref en­tre­tien avec La Voix de l’Est.

IN­NO­VER IN­TEL­LI­GEM­MENT

Le chan­ge­ment des ha­bi­tudes de consom­ma­tion dans le com­merce de dé­tail, l’évo­lu­tion des goûts des consom­ma­teurs, l’hy­per­seg­men­ta­tion des mar­chés, ac­com­pa­gnée d’une ac­cé­lé­ra­tion des acquisitions, et le dé­ve­lop­pe­ment de plus en plus ra­pide des tech­no­lo­gies consti­tuent les dé­fis ac­tuels aux­quels doit faire face Las­sonde. « Il ne faut rien prendre pour ac­quis : tout est à ga­gner », af­firme Jean Gat­tu­so.

Pour as­su­rer la pos­té­ri­té d’In­dus­tries Las­sonde, il faut d’abord of­frir un bon pro­duit, dans le bon for­mat et au bon prix, dit-il. Il faut en­suite conso­li­der ses ac­quis, mais sur­tout, il faut in­no­ver. « In­no­ver, c’est être re­belle, c’est être près de ses clients et de ses em­ployés, c’est évi­ter la bu­reau­cra­tie inu­tile », énu­mère l’homme d’af­faires, pour qui l’évo­lu­tion de l’en­tre­prise passe par des ini­tia­tives fa­vo­ri­sant le dé­ve­lop­pe­ment du­rable de même que la san­té et le bien-être des consom­ma­teurs.

Les oc­ca­sions de gran­dir existent, il suf­fit d’être à l’af­fût, croit Jean Gat­tu­so, don­nant comme exemple le mar­ché amé­ri­cain des sup­plé­ments de re­pas, qui vaut 6,6 mil­liards de dol­lars. « Nous, la crois­sance, on va la trou­ver. [...] Si on est in­tel­li­gents et créa­tifs, on va trou­ver des op­por­tu­ni­tés d’af­faires », dé­clare-t-il.

Les risques in­utiles doivent tou­te­fois être évi­tés. « Il faut être ca­pable de dire non, avoir le goût du risque, mais du risque cal­cu­lé. C’est être à la fois au­da­cieux et pru­dent », a-t-il confié.

Dans un ho­ri­zon de trois ans, le pré­sident pré­voit in­ves­tir 22,8 mil­lions de dol­lars pour aug­men­ter la ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de la di­vi­sion Spé­cia­li­tés Las­sonde, qui com­prend no­tam­ment les sauces pour pâtes, bouillons, ta­pe­nades, ma­ri­nades, maïs en conserve et soupes.

Une somme de 26,8 mil­lions de dol­lars amé­ri­cains se­ra par ailleurs in­jec­tée afin d’ajou­ter une nou­velle ligne de pro­duc­tion pour fa­bri­quer des pro­duits en for­mat in­di­vi­duel dans les usines amé­ri­caines.

Cent ans d’âge ne ra­len­tissent pas les pro­jets chez In­dus­tries Las­sonde, au contraire, ils ali­mentent la mul­ti­na­tio­nale. « Chaque hu­main perd 2,5 litres de li­quide chaque jour, re­lève M. Gat­tu­so. On fait notre part pour les rem­pla­cer ! »

— PHO­TO FOUR­NIE PAR LE CERCLE CA­NA­DIEN DE MON­TRÉAL

Grand pa­tron d’In­dus­tries Las­sonde inc., Jean Gat­tu­so s’est adres­sé lun­di à plus de 200 membres de la com­mu­nau­té d’af­faires de la mé­tro­pole dans le cadre d’un dî­ner-confé­rence or­ga­ni­sé par le Cercle ca­na­dien de Mon­tréal.

— PHO­TO AR­CHIVES LA PRESSE

Au­jourd’hui, la mul­ti­na­tio­nale compte quatre grandes di­vi­sions qui re­groupent sa gamme élar­gie de pro­duits: jus et bois­sons, cidres, vins, sauces, bouillons, tar­ti­nades, etc.

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