Jour­née mou­ve­men­tée pour Kim Bou­tin

La Voix de l'Est - - PYEONGCHANG 2018 - La Tri­bune

SHER­BROOKE — À 23 ans, Kim Bou­tin a rem­por­té une pre­mière mé­daille olym­pique mar­di, alors qu’elle a ter­mi­né troi­sième d’une course de 500 m en­dia­blée, en Co­rée du Sud. Mais les émo­tions n’étaient pas ter­mi­nées pour au­tant.

La Sher­broo­koise a ter­mi­né l’épreuve de pa­ti­nage de vi­tesse courte piste en qua­trième place, mais a pu mon­ter sur le po­dium à la suite de la dis­qua­li­fi­ca­tion de la pa­ti­neuse sud-co­réenne Choi Min-jeong, avec qui elle a eu un ac­cro­chage en dé­but de course.

Ain­si, plu­tôt que de ter­mi­ner en deuxième place, la pa­ti­neuse lo­cale a été ex­clue du po­dium, sou­le­vant l’ire de plu­sieurs mil­liers d’ama­teurs sud-co­réens.

Ces der­niers ont peu de temps après inon­dé de pro­pos in­ju­rieux les comptes de mé­dias so­ciaux de l’ath­lète ca­na­dienne ; im­mé­dia­te­ment, son compte Fa­ce­book a été fer­mé, alors que l’ac­cès à ses comptes Ins­ta­gram et Twit­ter fut ver­rouillé.

«SI JE TE TROUVE, TU VAS MOU­RIR»

Plus de 10 000 com­men­taires pro­ve­nant ma­jo­ri­tai­re­ment de par­ti­sans sud-co­réens ont été mis sur ses dif­fé­rents comptes et ce, en l’es­pace de quelques heures.

« N’as-tu pas honte d’avoir tri­ché lors des der­niers Jeux olym­piques ? », a écrit un in­ter­naute. « Tu de­vrais être dis­qua­li­fiée. Sais-tu ce­la ? Honte à toi ! », a écrit un autre.

Mais cer­tains sont al­lés plus loin. « Si je te trouve, tu vas mou­rir », a lan­cé un autre, a rap­por­té Ra­dioCa­na­da sur son site in­ter­net.

Plu­sieurs autres, par contre, se di­saient ou­trées de ces com­men­taires, et poin­taient plu­tôt les ar­bitres du doigt pour cette dé­ci­sion contro­ver­sée, et non l’ath­lète sher­broo­kois.

Pour le père de Kim Bou­tin, tou­jours pré­sent à Sher­brooke, et qui s’en­vole pour la Co­rée du Sud jeu­di, ce fut une si­tua­tion un peu par­ti­cu­lière.

Ce der­nier était, avec plu­sieurs autres Sher­broo­kois, at­ta­blé à la Cage aux sports de Sher­brooke, dès 5 h mar­di ma­tin, afin d’as­sis­ter aux rondes pré­li­mi­naires et à la fi­nale du 500 m.

Il a ap­pris la si­tua­tion concer­nant sa fille plus tard dans la jour­née. Les té­lé­phones, les tex­tos et les mes­sages des proches et des amis af­fluaient, tant pour sou­li­gner la mé­daille de bronze que pour dé­plo­rer l’ava­lanche de com­men­taires né­ga­tifs.

« Comme les ath­lètes, il faut gé­rer ces mo­ments-là. J’ai pleine confiance au Co­mi­té olym­pique ca­na­dien, à la Fé­dé­ra­tion de pa­ti­nage de vi­tesse et à l’am­bas­sade ca­na­dienne et à la GRC, qui sont tous im­pli­qués avec les au­to­ri­tés lo­cales pour gé­rer la si­tua­tion. Ils vont s’en oc­cu­per. Kim est en sé­cu­ri­té », a-t-il ad­mis à La Tri­bune en après-mi­di.

Pierre Bou­tin s’est re­trou­vé au centre d’une tem­pête mé­dia­tique, l’es­pace de quelques heures.

En pleins pré­pa­ra­tifs avant son pé­riple de 10 jours en Co­rée, il ten­tait de gar­der les idées claires. « En fait, je suis plus terre-à-terre par rap­port à cette si­tua­tion. J’ai vé­cu les cham­pion­nats du monde et les coupes du monde de Kim à dis­tance ; je sais qu’elle est bien en­ca­drée là-bas. On a une très belle re­la­tion moi et elle, et je sais que si elle avait be­soin, elle m’ap­pel­le­rait. »

« Je pré­fère me concen­trer sur le po­si­tif ; ce ma­tin, Kim a rem­por­té la mé­daille de bronze. J’étais heu­reux de voir qu’elle a connu un très bel élan, un ex­cellent dé­part. C’est sa force. Pour le reste, ce fut une course comme on en voit sou­vent, avec des coups de coude, des contacts. En­suite, il faut avoir confiance aux juges qui sont sur place. »

« C’est plu­tôt sur ça que je mets le fo­cus. J’aime mieux mettre l’ac­cent sur le fait que de­puis huit mois, Kim peut contrô­ler ses peurs, l’an­goisse qu’elle avait face à ces dé­fauts, à dé­pas­ser, à vou­loir al­ler plus vite. Le reste, on ne s’en pré­oc­cupe pas », a-til lan­cé.

HEU­REUSE ET SA­TIS­FAITE

Comme en de­mi-fi­nale, Kim Bou­tin a dû at­tendre de longues se­condes avant d’en­tendre la dé­ci­sion fi­nale des juges à l’is­sue de la fi­nale.

C’est avec Ma­rianne St-Ge­lais tout près qu’elle a fi­na­le­ment ap­pris qu’elle mon­tait sur le po­dium. Les deux co­équi­pières se sont sau­tées dans les bras. « Je suis vrai­ment contente. J’ai fait un su­per dé­part. Il est ar­ri­vé plein de choses dans la course, mais je suis contente de ce que j’ai fait. »

« C’est énor­mé­ment de tra­vail, a pour­sui­vi Bou­tin. En re­gar­dant les Jeux olym­piques, on a l’im­pres­sion que c’est fa­cile et que les ath­lètes sont bons, mais il y a tel­le­ment d’ef­forts der­rière ça que c’est ça qui est gra­ti­fiant », s’est ré­joui la pre­mière mé­daillée ca­na­dienne en pa­ti­nage courte piste à Pyeong­chang.

L’Ita­lienne Arianne Fon­ta­na a été cou­ron­née tan­dis que la deuxième place est al­lée à la Néer­lan­daise Ya­ra van Ker­khof.

Vic­time d’obs­truc­tion de la part de la Chi­noise Qu Chu­nyu en de­mi­fi­nale, la Sher­broo­koise a été avan­cée en fi­nale. Cin­quième sur la ligne de dé­part, ce­la ne lui a pas trop nui puis­qu’elle s’est em­pa­rée du deuxième rang dès ses pre­miers coups de pa­tin.

Pour elle, sa place en fi­nale n’était que du bo­nus. « En de­mi-fi­nale, ma job était faite, a-t-elle sou­li­gné. Mon 500 m n’est pas ma meilleure dis­tance alors une mé­daille n’était pas l’ob­jec­tif ul­time. Je me suis concen­trée sur ma tech­nique et mon dé­sir d’agres­si­vi­té dans le dé­part », a dit Kim Bou­tin.

Avec la col­la­bo­ra­tion de Sportcom

— P⋆OTO AS­SO­CIA­TED PRESS

Kim Bou­tin a ter­mi­né l’épreuve de pa­ti­nage de vi­tesse courte piste en qua­trième place, mais a pu mon­ter sur le po­dium à la suite de la dis­qua­li­fi­ca­tion de la pa­ti­neuse sud-co­réenne Choi Min-jeong.

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