Plus de congés de ma­la­die pour des rai­sons psy­cho­lo­giques

La Voix de l'Est - - ACTUALITÉS - La Tri­bune CLAUDE PLANTE claude.plante@la­tri­bune.qc.ca

SHER­BROOKE — Le taux de dé­part en congé de ma­la­die pour des rai­sons psy­cho­lo­giques a pro­gres­sé dans le ré­seau de la santé en Es­trie.

C’est le constat « in­croyable » que dresse l’Al­liance du per­son­nel pro­fes­sion­nel et tech­nique de la santé et des ser­vices so­ciaux (APTS) de­vant les chiffres four­nis mar­di par le CIUSSS de l’Es­trie-CHUS.

Au sein même des em­ployés du ré­seau de la santé et des ser­vices so­ciaux de l’Es­trie, les ab­sences ma­la­die pour des rai­sons psy­cho­lo­giques ont ex­plo­sé. Le taux de dé­part en ma­la­die psy­cho­lo­gique ne cesse d’aug­men­ter de­puis la fu­sion des 14 an­ciens éta­blis­se­ments de la ré­gion, dé­plore Em­ma­nuel Bre­ton, ré­pon­dant politique APTS pour l’Es­trie.

Éta­bli à 47 % en 2014-2015, ce taux est dé­sor­mais de 51 %. Autre don­née trou­blante, 52 % des gens qui sont en ab­sence ma­la­die ont entre 30 et 39 ans. C’est in­ac­cep­table que le taux soit si éle­vé pour nos membres qui sont dans la fleur de l’âge.

« Le mi­nistre (de la Santé) Bar­rette pré­tend que sa ré­forme n’af­fecte en rien les ser­vices à la po­pu­la­tion, que les syn­di­cats se plaignent et qu’ils ne sont pas po­si­tifs », dit-il.

« Il y a ac­tuel­le­ment 7,73 % des em­ployés qui sont en congé de tra­vail. On est ren­du à un taux de 51 % pour des troubles psy­cho­lo­giques comme l’an­xié­té ou la dé­pres­sion. C’est in­croyable. Ça fait peur ! Ce sont des chiffres four­nis par le CIUSSS. »

COÛT HU­MAIN ET FI­NAN­CIER

Cette réa­li­té a un coût hu­main et fi­nan­cier, ajoute M. Bre­ton. Ce taux de 51 % coûte, au 13 fé­vrier 2018, plus de 25 mil­lions $ cette an­née. Cette somme est prise di­rec­te­ment dans le bud­get du CIUSSS, ce qui af­fecte les soins don­nés à la po­pu­la­tion es­trienne. « C’est ef­frayant de voir aug­men­ter si ra­pi­de­ment le nombre d’em­ployés ex­té­nués et en dé­tresse pro­fonde », s’in­surge-t-il.

Ce constat est ren­du pu­blic alors que la crise fait rage chez les in­fir­mières qui se disent ex­té­nuées par le tra­vail. Rappelons que le feu a été al­lu­mé par la jeune in­fir­mière sher­broo­koise Émilie Ri­card. Les membres de l’APTS vivent les mêmes réa­li­tés, ajoute Em­ma­nuel Bre­ton. Ceux-ci s’oc­cupent par exemple des ana­lyses san­guines et des ra­dio­gra­phies. « Sans le per­son­nel pro­fes­sion­nel et tech­nique, le système n’avance pas », es­time-t-il.

L’APTS in­ter­pelle di­rec­te­ment le mi­nistre Bar­rette. « Monsieur le Mi­nistre, comment jus­ti­fiez-vous ce taux ef­fa­rant de vos em­ployés, de soi­gnants en Es­trie qui quittent pour des rai­sons psy­cho­lo­giques ? Comment pou­vez-vous ex­pli­quer à la po­pu­la­tion es­trienne que 25 000 000 $ de leurs im­pôts vont ser­vir à payer des gens qui ne les soignent pas ? », lance l’as­so­cia­tion.

« Les pro­fes­sion­nels et les tech­ni­ciens sont in­dis­pen­sables au main­tien du fonc­tion­ne­ment du ré­seau de santé et des ser­vices so­ciaux. Les listes d’at­tentes dé­bordent. Nos col­lègues ne sont pas rem­pla­cés, nos di­rec­tions nous de­mandent de faire plus avec moins, alors que la sur­charge et la dé­tresse aug­mentent. Ils de­mandent des congés pour ne pas tom­ber ma­lades et ça leur est re­fu­sé parce qu’il manque du per­son­nel. Voi­là des chiffres élo­quents, criants de vérité qui dé­montrent très clai­re­ment les consé­quences de votre ré­forme, Monsieur Bar­rette ! » SHER­BROOKE — Le CIUSSS de l’Es­trie – CHUS prend les grands moyens pour ré­duire la pres­sion dans ses hô­pi­taux. Jus­qu’au 11 mars, la ca­dence se­ra ré­duite dans les blocs opé­ra­toires et cer­taines in­ter­ven­tions non ur­gentes de­vront être re­por­tées. D’autres me­sures ont éga­le­ment été an­non­cées mer­cre­di afin de sou­te­nir le per­son­nel, tout en s’as­su­rant de main­te­nir la qua­li­té et la sé­cu­ri­té des soins et des ser­vices à la po­pu­la­tion, a-t-on an­non­cé en confé­rence de presse, mer­cre­di après-mi­di.

Ces me­sures touchent les deux hô­pi­taux ma­jeurs de Sher­brooke ain­si que ceux de Gran­by et de Co­wans­ville, par­ti­cu­liè­re­ment acha­lan­dés. De­puis les der­nières se­maines, l’af­fluence aux ur­gences et les be­soins d’hos­pi­ta­li­sa­tion sont tels que le per­son­nel a été sol­li­ci­té pour des heures sup­plé­men­taires afin de ré­pondre aux be­soins.

Une série de me­sures sont mises en oeuvre afin de li­mi­ter le ni­veau d’ac­ti­vi­té à l’hô­pi­tal Brome-Mis­sis­quoi-Per­kins, l’hô­pi­tal de Gran­by, l’hô­pi­tal Fleu­ri­mont et l’Hô­tel-Dieu de Sher­brooke.

« Les dé­bor­de­ments dans les ur­gences sont symp­to­ma­tiques d’un phé­no­mène plus large, en lien avec la dis­po­ni­bi­li­té des lits de courte et de longue durée dont la ges­tion doit se faire en adé­qua­tion entre les be­soins de la po­pu­la­tion et la ca­pa­ci­té d’ac­cueil des hô­pi­taux », a men­tion­né le di­rec­teur gé­né­ral ad­joint du pro­gramme santé phy­sique gé­né­rale et spé­cia­li­sée et à la mis­sion universitaire, doc­teur Sté­phane Trem­blay.

« C’est ce qui nous amène à ré­duire le ni­veau d’ac­ti­vi­té de nos pla­teaux d’in­ter­ven­tions chi­rur­gi­cales et non chi­rur­gi­cales. »

Con­crè­te­ment, on ajuste les ac­ti­vi­tés chi­rur­gi­cales se­lon les pa­tients, on ré­duit les cas élec­tifs de­vant être hos­pi­ta­li­sés, on de­mande de ré­duire à un seul proche pour ac­com­pa­gner un ma­lade aux ur­gences, on fait ap­pel à du per­son­nel d’autres types d’em­ploi pour sou­te­nir les in­fir­mières et on iden­ti­fie des sites non tra­di­tion­nels pour hos­pi­ta­li­ser des ma­lades.

L’éva­lua­tion se fe­ra quo­ti­dien­ne­ment, ajoute M. Trem­blay. Les per­sonnes né­ces­si­tant des soins se­ront prises en charge, as­sure-t-il. Les me­sures choi­sies ne met­tant pas la vie de la po­pu­la­tion en dan­ger.

HEURES DIF­FI­CILES

Les chan­ge­ments sont an­non­cés alors que les salles d’ur­gence ont connu des heures très dif­fi­ciles plus tôt cette se­maine. Presque toute la jour­née de lundi, l’ur­gence du CHUS Fleu­ri­mont a no­tam­ment frô­lé les 200 % d’oc­cu­pa­tion avec plus de 50 pa­tients sur ci­vières, alors qu’il n’y en a que 28 au per­mis.

« Nous sou­hai­tons ré­duire la pres­sion et sou­te­nir nos équipes qui font dé­jà preuve d’un grand dé­voue­ment en­vers les usa­gers des ser­vices », a in­di­qué le di­rec­teur des res­sources hu­maines, des com­mu­ni­ca­tions et des af­faires ju­ri­diques, Gilles Mi­chaud.

Les em­bauches se pour­suivent. On veut aus­si ré­duire l’ab­sen­téisme. L’autre le­vier pour amé­lio­rer la si­tua­tion est de ré­duire le vo­lume de ser­vices of­ferts, dit-il.

« Il est im­por­tant de pré­ci­ser que tout pa­tient pré­sen­tant une condi­tion ur­gente se­ra pris en charge se­lon nos stan­dards de pra­tique », a sou­te­nu pour sa part Ré­mi Brassard, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint pro­grammes so­ciaux et de réa­dap­ta­tion.

« Outre le ra­len­tis­se­ment de cer­taines ac­ti­vi­tés non ur­gentes, d’autres so­lu­tions sont en­vi­sa­gées. »

Des de­mandes d’aug­men­ta­tion de l’ac­cès aux plages ho­raires ont éga­le­ment été de­man­dées aux GMF du ter­ri­toire. Les me­sures an­non­cées visent à sou­la­ger des sec­teurs d’ac­ti­vi­tés de la pres­sion de l’ou­ver­ture de lits ad­di­tion­nels de courte durée sous dif­fé­rentes formes.

L’an­nonce de ces me­sures est in­dé­pen­dante de la si­tua­tion fi­nan­cière de l’éta­blis­se­ment et est prise uni­que­ment en lien avec la ca­pa­ci­té du per­son­nel dis­po­nible à of­frir les ser­vices de fa­çon sé­cu­ri­taire, af­firment MM Trem­blay, Brassard et Mi­chaud, tout en sou­li­gnant l’exem­pla­ri­té de la col­la­bo­ra­tion du per­son­nel et de la com­mu­nau­té mé­di­cale de l’en­semble de l’éta­blis­se­ment pour leur contri­bu­tion ex­cep­tion­nelle.

Concer­nant la sur­charge de tra­vail des in­fir­mières, dont plu­sieurs se disent ex­té­nuées, M. Trem­blay ré­pond que des me­sures ont été prises de­puis la haute pé­riode d’acha­lan­dage dans les hô­pi­taux de la ré­gion, mais qu’on était ren­du à un ni­veau né­ces­si­tant des me­sures ex­cep­tion­nelles.

— P⋆OTO ARC⋆IVES LA TRI­BUNE

Le taux de dé­part en congé de ma­la­die pour des rai­sons psy­cho­lo­giques a pro­gres­sé chez le per­son­nel dans le ré­seau de la santé en Es­trie, dé­nonce l’APTS.

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