La po­ly­sé­mie des « va­leurs »

La Voix de l'Est - - OPINIONS -

De­puis quelques jours, le dé­bat est re­lan­cé sur la ques­tion des signes os­ten­ta­toires re­li­gieux dans la fonc­tion pu­blique. Ce­la contre­vient aux di­vers chartes et pactes in­ter­na­tio­naux, mais sur­tout à celle du Qué­bec tant dans l’ar­ticle 3 que l’ar­ticle 10, qui sti­pule : « Toute per­sonne a droit à la re­con­nais­sance et à l’exer­cice, en pleine éga­li­té, des droits et li­ber­tés de la per­sonne, sans dis­tinc­tion, ex­clu­sion ou pré­fé­rence fon­dée sur la race, la cou­leur, le sexe, l’iden­ti­té ou l’ex­pres­sion de genre, la gros­sesse, l’orien­ta­tion sexuelle, l’état ci­vil, l’âge sauf dans la me­sure pré­vue par la loi, la re­li­gion, les convic­tions po­li­tiques, la langue, l’ori­gine eth­nique ou na­tio­nale, la condi­tion so­ciale, le han­di­cap ou l’uti­li­sa­tion d’un moyen pour pal­lier ce han­di­cap. Il y a dis­cri­mi­na­tion lors­qu’une telle dis­tinc­tion, ex­clu­sion ou pré­fé­rence a pour ef­fet de dé­truire ou de com­pro­mettre ce droit. »

L’ex­pres­sion pu­blique (port de signes re­li­gieux) cor­res­pond à la re­con­nais­sance ef­fec­tive du droit per­son­nel sans re­mettre en ques­tion la laï­ci­té des ins­ti­tu­tions (laï­ci­té de re­con­nais­sance).

Un autre as­pect re­pré­sen­tant une fa­cette de la plu­ra­li­té ne concerne-t-il pas le « test » des « va­leurs » ? Ce­la en­gendre, pour plu­sieurs, un ma­laise cer­tain. En ef­fet, qui dé­ter­mi­ne­ra les normes so­ciales et les « va­leurs » consen­suelles ? Comment en me­sure-ton l’adhé­sion des consi­dé­ra­tions gé­né­rales d’au­tant que dans leurs dé­cli­nai­sons, elles de­meurent l’ob­jet de maints dé­bats au sein de la so­cié­té qué­bé­coise ?

Exem­pli­fions cette pro­blé­ma­tique au moyen de l’en­jeu de la laï­ci­té, une in­ter­ro­ga­tion pour­rait s’énon­cer ain­si : « Êtes-vous en fa­veur du re­trait du cru­ci­fix au-des­sus du siège de la pré­si­dence de la salle de l’As­sem­blée na­tio­nale (sa­lon bleu) ? »

La CAQ s’op­pose vi­ve­ment au re­trait du cru­ci­fix même si le rap­port Bou­chard-Tay­lor le re­com­mande : « Au nom de la sé­pa­ra­tion entre l’État et les Églises, au nom aus­si de la neu­tra­li­té de l’État, nous pen­sons qu’il fau­drait re­ti­rer le cru­ci­fix du mur de l’As­sem­blée na­tio­nale (nous sommes ici dans l’en­ceinte même qui sym­bo­lise l’État de droit). » (p. 22 du rap­port.) Le gou­ver­ne­ment élu s’est en­ga­gé à en res­pec­ter les re­com­man­da­tions. En lais­sant le cru­ci­fix re­jette-t-elle la no­tion de laï­ci­té dite « ou­verte » ou « ré­pu­bli­caine » ? Le par­ti n’échoue­rait-il pas ain­si à son propre test « des va­leurs » ?

Par dé­fi­ni­tion, la dé­cli­nai­son de nor­ma­ti­vi­tés se ré­vèle, dans la vie quo­ti­dienne, po­ly­sé­mique. Une pers­pec­tive in­ter­cul­tu­relle fa­vo­ri­sant des po­li­tiques d’in­clu­sion et l’édu­ca­tion ci­toyenne au plu­ra­lisme axée sur le dia­logue contri­bue­ront, à moyen terme, à per­ce­voir que la di­ver­si­té s’avère in­hé­rente à toute so­cié­té. Ce­la per­met­tra de construire un meilleur vivre en­semble fon­dé sur l’éga­li­té, l’équi­té et la re­con­nais­sance de la plu­ra­li­té des normes.

Pa­trice Per­reault Gran­by

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