Lan­ce­ment d’un livre sur As­té­rix

Quand Gran­by a failli ac­cueillir le vil­lage de l’ir­ré­duc­tible gau­lois

La Voix de l'Est - - LA UNE - MARIE-ÈVE MARTEL marie-eve.martel@la­voix­de­lest.ca

GRAN­BY — Il y au­ra bien­tôt trente ans, l’idée de do­ter Gran­by d’un parc thé­ma­tique dé­dié à l’uni­vers de la bande des­si­née As­té­rix ani­mait élus et per­son­na­li­tés d’af­faires. Après avoir été dans leur col­li­ma­teur pen­dant quelques an­nées, le pro­jet ne se­ra tou­te­fois ja­mais mis de l’avant.

Au mi­lieu des an­nées 1980, le maire de Gran­by de l’époque, Ma­rio Gi­rard, se rend à Or­lan­do, en Flo­ride, ren­con­trer des re­pré­sen­tants de l’As­so­cia­tion in­ter­na­tio­nale des parcs d’amu­se­ment et des at­trac­tions. Il re­vient en ville avec une idée, un rêve : do­ter Gran­by de son propre parc thé­ma­tique.

« À l’époque, il y avait une vo­lon­té de réa­li­ser des parcs thé­ma­tiques, dans la fou­lée du dé­ve­lop­pe­ment des parcs de Dis­ney. Tout le monde en vou­lait un », re­late-t-il dans le cadre d’un en­tre­tien avec La Voix de l’Est.

La bo­ni­fi­ca­tion de l’offre tou­ris­tique de la ville du Zoo, en com­plé­men­ta­ri­té avec ce­lui-ci, mo­ti­vait les idéa­teurs du pro­jet. « L’in­té­rêt de la Ville ré­side sur­tout dans la créa­tion d’em­plois, l’ac­ti­vi­té éco­no­mique gé­né­rée, le re­ve­nu pro­ve­nant des taxes fon­cières et, bien sûr, d’un at­trait sup­plé­men­taire im­por­tant », écri­vait d’ailleurs l’élu dans un rap­port ré­di­gé sur le pro­jet. On es­time alors que ce­lui-ci pour­rait gé­né­rer 200 em­plois à Gran­by.

À LA CONQUÊTE DE L’AMÉRIQUE

Le choix de la thé­ma­tique du parc s’est en­suite im­po­sé, As­té­rix étant la bande des­si­née la plus po­pu­laire au Qué­bec de­puis une ving­taine d’an­nées. De plus, le Parc As­té­rix, alors tout nou­veau tout beau à Plailly, en ban­lieue de Pa­ris, connais­sait dé­jà un suc­cès monstre.

Le pro­jet As­té­rix World était né. An­non­cé en grande pompe en 1989, on es­pé­rait que les pre­miers vi­si­teurs fran­chissent les tour­ni­quets du parc en 1992.

D’une su­per­fi­cie de 24 hec­tares, ce­lui-ci au­rait re­créé l’uni­vers de la bande des­si­née aux abords d’un lac ar­ti­fi­ciel amé­na­gé tout près de l’au­to­route 10. « Le plan du parc est pro­met­teur : on y dé­couvre un vil­lage sem­blable à ce­lui des al­bums, quelques camps ro­mains, des ex­po­si­tions per­ma­nentes sur les ci­vi­li­sa­tions ro­maine et gau­loise, plu­sieurs ma­nèges, des res­tau­rants, un hô­tel et même… un ca­si­no ! », dé­taille l’au­teur Tris­tan De­mers dans un court cha­pitre dé­dié à l’aven­ture, dans son livre As­té­rix chez les Qué­bé­cois, Un gau­lois en Amérique (voir autre texte).

RE­TOUR À LA RÉALITÉ

Mal­heu­reu­se­ment, le contexte éco­no­mique de l’époque et le bas­sin de tou­ristes in­suf­fi­sant pour sou­te­nir une telle at­trac­tion a fait en sorte que l’As­té­rix World ne s’est ja­mais concré­ti­sé.

Le pro­jet ini­tial était éva­lué à

35 mil­lions de dol­lars. Au terme de l’étude de fai­sa­bi­li­té, le coût pro­je­té était plu­tôt de 100 mil­lions de dol­lars. En dol­lars d’au­jourd’hui, ce­la si­gni­fie­rait que la fac­ture au­rait bon­di de 65,1 à

186,2 mil­lions de dol­lars !

« Il fau­drait plus d’un mil­lion de vi­sites an­nuel­le­ment pour tout juste main­te­nir le fonc­tion­ne­ment du parc. Il ne s’agit plus d’un pro­jet d’in­té­gra­tion d’un parc thé­ma­tique au Zoo », réa­lise alors le maire Gi­rard, qui écri­ra ce constat dans un bi­lan in­ti­tu­lé De la pro­blé­ma­tique d’éta­blis­se­ment d’un parc thé­ma­tique de classe in­ter­na­tio­nale à Gran­by.

« Les études ont dé­mon­tré qu’en in­ves­tis­sant 100 mil­lions, on peut at­ti­rer un vi­si­teur pen­dant quatre heures. Pas quatre jours. On ne pou­vait pas se per­mettre un in­ves­tis­se­ment de cette en­ver­gure pour ne re­te­nir les vi­si­teurs qu’à peine quelques heures », re­vient M. Gi­rard avec le re­cul.

De plus, il au­rait fal­lu dé­zo­ner plu­sieurs terres agri­coles et pro­cé­der à des ex­pro­pria­tions pour construire le site, sans comp­ter le rac­cor­de­ment aux in­fra­struc­tures mu­ni­ci­pales et l’amé­na­ge­ment d’in­fra­struc­tures rou­tières pour s’y rendre sans nuire à la flui­di­té de la cir­cu­la­tion pé­ri­phé­rique.

Mal­gré des es­poirs de re­lance, le pro­jet est bel et bien en­ter­ré en 1993.

L’an­cien maire Gi­rard n’a pas de re­grets au­jourd’hui. « Le pro­jet a bien été ana­ly­sé, confiet-il. Ça a quand même coû­té

400 000 $ à la Ville et au gou­ver­ne­ment pour faire une étude, mais on avait vite com­pris que ça re­pré­sen­te­rait des in­ves­tis­se­ments de plu­sieurs mil­lions de dol­lars pour quelque chose qui ne se­rait ja­mais ren­table. C’était d’une trop grande en­ver­gure. »

« Au­jourd’hui, le Zoo ac­cueille

700 000 vi­si­teurs par an­née. On voit que c’est pos­sible d’ame­ner des gens à Gran­by, mais en­core là, ils ne viennent que quelques heures avant de re­par­tir », pour­suit M. Gi­rard.

« As­té­rix et Obé­lix de­meurent tou­jours pour les Gran­byennes et les Gran­byens des ci­toyens dé­si­rés, écri­ra le maire Gi­rard dans son bi­lan post mor­tem du pro­jet. Sou­hai­tons que la po­tion ma­gique des temps mo­dernes, l’ar­gent, trouve son druide pour la réa­li­sa­tion du parc rê­vé. »

— PHOTO ARCHIVES LA VOIX DE L’EST

Une ma­quette du parc tel qu’il au­rait été construit.

— CAPTURE D’ÉCRAN

An­non­cé en 1989, le pro­jet As­té­rix World de­vait voir le jour à Gran­by en 1992. Ce­lui-ci au­rait re­créé l’uni­vers de la bande des­si­née aux abords de l’au­to­route 10.

— PHOTO ARCHIVES LA VOIX DE L’EST

Même si le pro­jet ne s’est pas concré­ti­sé, l’an­cien maire de Gran­by Ma­rio Gi­rard n’a pas de re­grets au­jourd’hui.

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