Ana­lyse d’un grand amour

La Voix de l'Est - - ACTUALITÉS - MARIE-ÈVE MARTEL marie-eve.martel@la­voix­de­lest.ca

GRAN­BY — Telle celle du pro­jet avor­té d’un Parc As­té­rix à Gran­by, une mul­ti­tude d’anec­dotes et d’autres faits his­to­riques se re­trouvent dans

As­té­rix chez les Qué­bé­cois, Un Gau­lois en Amérique,

un ou­vrage que l’au­teur Tris­tan De­mers des­tine tant aux néo­phytes qu’aux connais­seurs de la bande des­si­née.

« Il y a des per­son­nages, des uni­vers, qui vous ac­com­pagnent toute une vie. De ma pe­tite en­fance à l’âge adulte, As­té­rix a tou­jours été là, à por­tée de main », écrit d’em­blée M. De­mers dans son avant-pro­pos.

L’au­teur et bé­déiste, qui s’est au­pa­ra­vant pen­ché sur les liens entre Tin­tin et la Belle Pro­vince dans un pré­cé­dent ou­vrage, se livre à une ana­lyse so­cio­lo­gique ex­haus­tive et très bien do­cu­men­tée. Pour les be­soins de l’ou­vrage, le créa­tif a usé de son cô­té plus ra­tion­nel, plus stu­dieux, pour foui­ner dans des tonnes d’archives. Un tra­vail de moine de deux ans et de­mi. « C’est vrai­ment un ma­riage entre mon amour pour la bé­dé et ce­lui que j’éprouve pour l’his­toire du Qué­bec mo­derne », confie-t-il en en­tre­vue avec La Voix de l’Est.

S’APPROPRIER UN UNI­VERS

Le livre pu­blié cette se­maine aux Édi­tions Hur­tu­bise est bour­ré d’anec­dotes qui nous rap­pellent à quel point As­té­rix fait par­tie de nos moeurs, et ce, au-de­là des re­prises an­nuelles des films qu’on se plaît à re­voir à Ci­né-Ca­deau. En fait, l’at­ta­che­ment qui lie les Qué­bé­cois aux cé­lèbres Gau­lois de la bande des­si­née de­puis plus de cin­quante ans est plus pro­fond qu’on ne le croit.

« Tin­tin, on l’a ai­mé et il nous a fait voya­ger, illustre M. De­mers. Mais on s’est re­con­nus dans As­té­rix et dans sa ré­sis­tance. On s’est ap­pro­prié le per­son­nage et son uni­vers. »

D’abord un di­ver­tis­se­ment dans les pages de jour­naux, puis dans les al­bums et en­fin, sur écran, les aven­tures d’As­té­rix et d’Obé­lix sont de­ve­nues un ré­fé­rent cultu­rel pour le peuple qué­bé­cois — seul rem­part de la langue fran­çaise en Amérique — au vil­lage gau­lois ré­sis­tant à l’en­va­his­seur ro­main. « Notre ef­fer­ves­cence na­tio­na­liste s’est ser­vie d’As­té­rix », dit l’au­teur sans dé­tour.

Les di­vers thèmes abor­dés à la fois avec hu­mour et sé­rieux dans les al­bums, tels la bu­reau­cra­tie, le fé­mi­nisme, l’as­si­mi­la­tion cultu­relle, l’ar­gent et la ré­sis­tance, entre autres, ré­sonnent chez nous. Par exemple, l’al­bum Le Grand Fos­sé, pa­ru en 1980 et qui se veut une mé­ta­phore pour la di­vi­sion du monde de­puis l’érec­tion du mur de Ber­lin, trouve écho chez beau­coup de Qué­bé­cois qui se re­mettent alors de l’échec du pre­mier ré­fé­ren­dum, re­lève Tris­tan De­mers.

Les Qué­bé­cois s’iden­ti­fient aus­si aux per­son­nages de la bande des­si­née. « Il est vrai que ces tru­cu­lents Gau­lois se dé­fi­nissent eux-mêmes, dans l’al­bum La Grande Tra­ver­sée (1975), comme étant cou­ra­geux, ri­go­leurs, râ­leurs, ba­gar­reurs, ami­caux et ama­teurs de bonne chère. Ne sont-ce pas là des traits qui nous ca­rac­té­risent ? », écrit Tris­tan De­mers.

Lui-même a ap­pris plu­sieurs choses sur le per­son­nage fé­tiche et son uni­vers. « Plus je creu­sais, plus je dé­cou­vrais des liens. Il y a tel­le­ment d’ex­pres­sions qui sont main­te­nant in­té­grées dans notre culture. Mais il y a aus­si toutes les pu­bli­ci­tés. Le Coke Diète avec Cé­line Dion et Obé­lix, les Whip­pets, et même Al­can ! »

« Je ne pen­sais pas avoir as­sez de ma­té­riel pour me rendre à 125 pages, ajoute-t-il. Fi­na­le­ment j’en ai fait 176 ! »

— P⋆OTO JULIE ARTAC⋆O

Tris­tan De­mers at­tri­bue en grande par­tie à son amour de l’oeuvre de Gos­cin­ny son choix de car­rière comme au­teur et bé­déiste.

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