Une par­celle d’his­toire qui s’ef­face

La Voix Pop - - ACTUALITÉS - JUSTINE GRA­VEL Justine.gra­vel@tc.tc

RES­TAU­RA­TION. Après 62 ans à des­ser­vir les résidents de Pointe-Saint-Charles, la can­tine Chez Paul, sur la rue du Centre, cé­de­ra sa place à un nou­veau pro­jet im­mo­bi­lier. Le spé­cia­liste du stea­mé ces­se­ra ses ac­ti­vi­tés le 2 sep­tembre, sus­ci­tant beau­coup de frus­tra­tion chez ses nom­breux ha­bi­tués.

«C’est de l’his­toire qui s’en va», men­tionne un des clients en file pour sa­vou­rer un de ses der­niers hot-dog va­peur avant la fer­me­ture im­mi­nente. Ré­sident de la Pointe de­puis 50 ans, il ve­nait pra­ti­que­ment tous les jours de­puis les vingt der­nières an­nées.

«Ils veulent nous chas­ser d’ici. On nous en­lève tout, ce n’est même plus sur­pre­nant», s’in­surge Lyne Rail, une autre ha­bi­tuée de l’en­droit de­puis 12 ans.

Le pro­prié­taire du com­merce Mi­chel La­pierre a an­non­cé of­fi­ciel­le­ment la mau­vaise nou­velle à sa fi­dèle clien­tèle la se­maine der­nière. De­puis les an­nées 1980, ses beaux-pa­rents étaient pro­prié­taires du 2425 rue du Centre. À la suite du dé­cès de son ma­ri et de sa fille, la belle-mère de M. La­pierre a dé­ci­dé de vendre l’im­meuble en no­vembre.

Le nou­vel ac­qué­reur, Ben­ja­min Pa­pi­neau, a dé­ci­dé de ne pas re­nou­ve­ler le bail du res­tau­rant. «Nous al­lons ré­no­ver la bâ­tisse afin de la re­vendre à l’au­tomne, pro­ba­ble­ment à quel­qu’un qui veut y em­mé­na­ger des bu­reaux. Dans le sta­tion­ne­ment d’à cô­té, nous al­lons construire un im­meuble lo­ca­tif de trois étages, afin de des­ser­vir la po­pu­la­tion qui n’a pas les moyens de s’ache­ter des condos», pré­cise-t-il.

L’homme de 57 ans avait es­pé­ré une meilleure fin pour ce com­merce fa­mi­lial, qui a été fon­dé en 1955 par l’oncle de sa femme, Paul Gau­thier. Après 34 ans à tra­vailler six jours par se­maine, il pré­voyait en­core conti­nuer une ou deux an­nées, puis vendre afin que l’en­tre­prise conti­nue entre de bonnes mains.

Ce père de deux en­fants ne sou­hai­tait tou­te­fois pas que le res­tau­rant reste dans la fa­mille. «Un es­clave dans la fa­mille c’est as­sez», ri­cane-t-il, sou­li­gnant qu’il est très heu­reux que sa fille soit in­fir­mière et que son fils soit dans le do­maine de la construc­tion.

HIS­TO­RIQUE

Mi­chel La­pierre a com­men­cé à tra­vailler Chez Paul en 1983. À l’époque, c’est son beau­père, le frère du fon­da­teur, qui lui a en­sei­gné les ru­di­ments du mé­tier. Il avait afait l’ac­qui­si­tion du res­tau­rant après que Paul Gau­thier, vic­time d’un ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral (AVC), ait dû je­ter l’éponge, à dé­faut de pou­voir s’en oc­cu­per.

Grâce aux en­sei­gne­ments de son beau-père, Mi­chel La­pierre a vite re­pris les rênes du res­tau­rant, pour­sui­vant la tra­di­tion de vendre uni­que­ment des hot-dogs va­peur et des frites. Il a tou­te­fois ajou­té une touche per­son­nelle en in­sé­rant la pou­tine au me­nu il y a vingt-cinq ans, ce qui a fait fu­reur au­près de ses clients.

«Tout est pa­reil de­puis 60 ans. C’est la même mou­tarde, la même re­cette de sa­lade de chou, la même méthode pour les pa­tates frites et les stea­més, rien n’a chan­gé», sou­ligne-t-il. Cette tra­di­tion se ter­mi­ne­ra dans moins de deux se­maines.

Plu­sieurs clients ont fait part de leur dé­sir de voir le res­tau­rant ou­vrir ailleurs, mais M. La­pierre n’exau­ce­ra pas leur sou­hait. Il consi­dère prendre un re­pos bien mé­ri­té au cours des pro­chains mois et voir ce que la vie lui ré­ser­ve­ra par la suite.

Ce qui est sûr, c’est que ce ré­sident de Poin­teSaint-Charles, qui a em­mé­na­gé dans le quar­tier par amour en 1980, compte y res­ter.

«Je vais mou­rir dans la Pointe, c’est cer­tain», conclu M. La­pierre.

(Pho­to: TC Media – Pa­trick Si­cotte)

Mi­chel La­pierre était par­te­naire avec sa femme, jus­qu’à ce qu’elle tombe ma­lade et dé­cède des suites de sa ma­la­die il y a deux ans.

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