VI­SION­NAIRE

La Voix Pop - - LA UNE - JUS­TINE GRA­VEL jus­tine.gra­vel@tc.tc

Alors que sa car­rière avait le vent dans les voiles, Da­vid De­mers a su­bi­te­ment per­du l’usage de ses yeux. Au cours des six der­nières an­nées, il a tra­vaillé d’ar­rache-pied pour re­trou­ver son train de vie d’avant et il est main­te­nant fier d’être le di­ri­geant de l’or­ga­nisme qui l’a ai­dé à vivre avec sa dé­fi­cience vi­suelle, INCA Qué­bec, dans Saint-Hen­ri.

POR­TRAIT. Tout juste avant de fran­chir le cap de la tren­taine, Da­vid De­mers a per­du la vue sou­dai­ne­ment, alors qu’il était au tra­vail. Main­te­nant âgé de 36 ans, il est le nou­veau di­ri­geant d’INCA Qué­bec, un or­ga­nisme si­tué sur la rue De­lisle, dans Saint-Hen­ri, au­quel il a eu re­cours au mo­ment de s’adap­ter à sa nou­velle vie.

À l’époque, son oeil gauche était dé­jà mal en point, mais il était en­core ca­pable de fonc­tion­ner grâce à l’autre. Un ma­tin, en re­gar­dant son poste de tra­vail, son oeil droit a tout sim­ple­ment ces­sé de fonc­tion­ner. M. De­mers a tout de même conti­nué sa jour­née sans ébrui­ter la si­tua­tion et est re­tour­né chez lui, es­pé­rant que ce ne soit que tem­po­raire.

Il n’a ja­mais re­trou­vé l’usage de ses yeux. Deux ans plus tard, il ap­prit qu’il souf­frait d’une ma­la­die mi­to­chon­driale, un trouble trans­mis de mère en fils, qui af­fecte éga­le­ment son frère.

«Au dé­but, je me sen­tais pri­son­nier de chez moi. Comme je suis quel­qu’un de fon­ceur, je me suis dit que je ne pou­vais pas ar­rê­ter de vivre. Je vou­lais conti­nuer de contri­buer à la so­cié­té », dit l’homme qui tra­vaillait au­pa­ra­vant dans le do­maine du com­merce élec­tro­nique et pos­sé­dait éga­le­ment sa propre en­tre­prise d’art vi­suel, Da­vid De­mers Pho­to­gra­phie.

D’ailleurs, il trou­va par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile de faire son deuil de la pho­to­gra­phie, une pas­sion qui l’ha­bi­tait de­puis qu’il était tout pe­tit.

PE­TITS DÉ­FIS

Tran­quille­ment, M. De­mers com­men­ça à se don­ner des pe­tits dé­fis, comme al­ler ache­ter du lait au dé­pan­neur. Cet acte semble simple à pre­mière vue, mais de­vient d’un tout autre ni­veau de dif­fi­cul­té lors­qu’il est exé­cu­té avec une canne.

« Je sa­vais que si je me don­nais un trop gros dé­fi d’un seul coup, j’al­lais échouer et aban­don­ner », ra­conte-t-il.

Puis, il re­com­men­ça à prendre les tran­sports en com­mun, à faire du ka­ra­té et re­tour­na même sur les bancs d’école après plu­sieurs an­nées d’ar­rêt afin de com­plé­ter un bac­ca­lau­réat en af­faires pu­bliques et com­mu­nau­taires à l’uni­ver­si­té Con­cor­dia. Son ob­jec­tif était alors de tra­vailler pour l’or­ga­nisme qui l’avait tant ai­dé à com­po­ser avec sa dé­fi­cience vi­suelle.

DÉSTIGMATISATION

Mal­gré toute la per­sé­vé­rance dont il a fait preuve, Da­vid avoue qu’il s’est ren­du jus­qu’ici grâce à l’aide d’INCA, qui sou­tient les per­sonnes non voyantes.

«J’ai sui­vi un groupe d’en­traide psy­cho­so­cial, ce qui m’a don­né un énorme sup­port mo­ral. Mais, ce qui m’a le plus ai­dé, c’est la for­ma­tion en tech­no­lo­gie adap­tée, ce qui me per­met au­jourd’hui de tra­vailler comme n’im­porte qui d’autre », ex­plique-t-il.

Grâce à un lo­gi­ciel par­ti­cu­lier qui lui per­met d’agran­dir son écran d’or­di­na­teur jus­qu’à dix fois sa taille nor­male, une montre en braille, des écou­teurs spé­ciaux qui lui per­mettent d’en­tendre le tra­fic tout en écou­tant les in­di­ca­tions de son GPS, un té­lé­phone qui parle, un lec­teur de billets de banque et bien d’autres ob­jets adap­tés pour les non-voyants, M. De­mers peut vivre pra­ti­que­ment comme avant.

D’ailleurs, main­te­nant qu’il oc­cupe le poste de di­ri­geant, il s’est don­né comme mis­sion de prou­ver à la po­pu­la­tion qu’une per­sonne aveugle peut être une per­sonne nor­male.

«Je consi­dère avoir eu beau­coup de suc­cès mal­gré ma perte de vi­sion et je veux m’as­su­rer que ceux qui vivent la même réa­li­té que moi aient aus­si la confiance, les ou­tils et les op­por­tu­ni­tés dont ils ont be­soin pour s’épa­nouir », dé­clare-t-il.

S’im­pli­quant au sein de l’or­ga­nisme de­puis plus de cinq ans, M. De­mers convoi­tait la di­rec­tion. Il a tout d’abord sié­gé au conseil consul­ta­tif puis a agi à titre d’am­bas­sa­deur. Il a éga­le­ment été le porte-pa­role d’INCA, ce qu’il de­meure à ce jour, étant à la tête de l’or­ga­ni­sa­tion.

(Pho­to : TC Me­dia – Pa­trick Si­cotte)

« On n’est ja­mais pré­pa­ré à la perte de vi­sion. Il faut ré­ap­prendre à vivre, comme ça nous af­fecte dans toutes les sphères de notre vie », pré­cise Da­vid De­mers, le nou­veau di­ri­geant de l’or­ga­nisme INCA Qué­bec, qui vient en aide aux per­sonnes aveugles.

(Pho­to : TC Me­dia – Pa­trick Si­cotte)

Des livres au­dios sont en­re­gis­trés di­rec­te­ment dans les lo­caux d'INCA. Leur bi­blio­thèque com­prend éga­le­ment des livres en braille et des livres élec­tro­niques.

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