Des meubles à l'image de Grif­fin­town

La Voix Pop - - ACTUALITÉS - JUS­TINE GRA­VEL jus­tine.gra­vel@tc.tc

POR­TRAIT. Ré­sident de Grif­fin­town de­puis 21 ans, Shaun Faw­cett a connu le quar­tier à l’époque où il était pra­ti­que­ment in­ha­bi­té. Main­te­nant que plu­sieurs tours à condos ont pous­sé et que le sec­teur est bon­dé de nou­veaux ré­si­dents, il sou­haite don­ner aux nou­veaux ve­nus une ma­nière tan­gible de con­nec­ter avec le pas­sé in­dus­triel du quar­tier, ce qu’il a fait par l’ar­ti­sa­nat, en fon­dant son en­tre­prise Grif­fin­works.

L’ébé­niste ma­nie le bois et l’acier re­cy­clé pour en faire des meubles, comme des bancs, des têtes de lit ou des tables à ca­fé. Tout est pen­sé de ma­nière à rap­pe­ler la place fon­da­trice qu’a eue Grif­fin­town dans l’his­toire mont­réa­laise.

«Ce sont des ma­té­riaux que l’on re­trou­vait beau­coup à l’époque. Il y avait plu­sieurs fon­de­ries et beau­coup de construc­tions étaient faites en bois », men­tionne l’homme de 68 ans. Il fait no­tam­ment ré­fé­rence à la fon­de­rie Eagle ou Dar­ling, toutes deux da­tant de l’époque de la ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, entre 1820 et 1900.

Pour so­li­di­fier le lien entre le pas­sé du quar­tier et ses confec­tions, M. Faw­cett a dé­ci­dé de nom­mer cha­cune de ses pièces en l’hon­neur d’an­ciennes rues, comme la rue Col­borne qui est main­te­nant Peel, ou la rue McCord do­ré­na­vant ap­pe­lée de la Mon­tagne. Les ob­jets sont aus­si dé­co­rés d’un mé­daillon à l’ef­fi­gie de sa com­pa­gnie pour at­tes­ter de leur hé­ri­tage.

Ce mé­daillon est un clin d’oeil à l’his­toire du quar­tier. Trois lignes re­pré­sentent les forces mo­trices der­rière Grif­fin­town, soit les in­dus­tries, les rails de che­min de fer et les na­vires. La double co­lo­ra­tion fait quant à elle ré­fé­rence aux deux ma­té­riaux pré­co­ni­sés dans la confec­tion des ob­jets, tan­dis que son style an­tique et son ter­nis­se­ment vieilli ont été spé­cia­le­ment choi­sis pour trans­mettre une connexion au­then­tique avec le pas­sé in­dus­triel du sec­teur.

PAS­SION­NÉ D’HIS­TOIRE

Ar­ri­vé à Mon­tréal en 1996, Shaun Faw­cett s’est ins­tal­lé dans le quar­tier par ha­sard. L’homme ori­gi­naire d’On­ta­rio a vi­si­té plu­sieurs autres en­droits avant d’ar­rê­ter son choix sur un condo de la rue Notre-Dame Ouest.

« Per­sonne ne com­pre­nait pour­quoi je m’étais ins­tal­lé là-bas. À l’époque ce n’était pas connu, c’était pra­ti­que­ment aban­don­né, il de­vait y avoir maxi­mum 500 ha­bi­tants », ex­plique-t-il.

Il avoue avoir été char­mé par la ri­chesse du sec­teur, son his­toire et ses vieilles usines aban­don­nées. Ce n’est qu’en al­lant dis­cu­ter avec le pro­prié­taire du Ca­fé Grif­fin­town, voi­sin de sa nou­velle ré­si­dence, qu’il ap­prit qu’il avait dé­mé­na­gé dans Grif­fin­town, un nom qui lui était au­pa­ra­vant in­con­nu.

Il se mit à s’in­for­mer sur le quar­tier, à tra­vers des ou­vrages comme An Irish Heart de Sha­ron Dried­ger ou 20th cen­tu­ry Grif­fin­town in Pic­tures de Ri­chard Bur­man, ce qui de­vint une vé­ri­table pas­sion.

Au­jourd’hui, l’homme se plaît à re­tra­cer l’his­toire de Grif­fin­town à tra­vers la vitre de son sa­lon, dans son condo du Low­ney 3, tout juste à cô­té de l’an­cienne cho­co­la­te­rie. De là-haut, sa vue est im­pre­nable, pou­vant voir l’en­droit où un avion bom­bar­dier s’est écra­sé en 1944 - sur deux mai­sons des rues Shan­non et Ot­ta­wa- et la New Ci­ty Gas, qui se classe par­mi les plus grosses usines à gaz de pre­mière gé­né­ra­tion au monde.

Mal­gré les nom­breux chan­ge­ments, M. Faw­cett n’a que du po­si­tif à dire sur le dé­ve­lop­pe­ment ur­bain du quar­tier qu’il a connu à l’aban­don. Avec ses jeunes ha­bi­tants, son dy­na­misme et son riche pas­sé, il n’a ja­mais re­gret­té d’y avoir em­mé­na­gé.

SES DÉ­BUTS

En 2015, Shaun Faw­cett a vou­lu ma­té­ria­li­ser son sa­voir his­to­rique en confec­tion­nant des ob­jets, une ma­nière tan­gible de con­nec­ter avec le pas­sé se­lon lui, en com­men­çant par une table à ca­fé pour sa fille.

Pe­tit à pe­tit, il a élar­gi sa col­lec­tion qu’il fa­brique à l’ate­lier He­lios Ma­kers­pace dans Saint-Hen­ri, et voi­là qu’il pos­sède main­te­nant un site in­ter­net pour sa com­pa­gnie Grif­fin­works éta­lant un éven­tail de choix d’ameu­ble­ment.

Cette idée qui avait ger­mé il y a de ce­la deux ans est main­te­nant of­fi­ciel­le­ment un em­ploi à temps plein et M. Faw­cett se ré­jouit que ses af­faires fonc­tionnent bien, comp­tant plu­sieurs clients lo­caux.

« Un couple de Grif­fin­town m’a com­man­dé une tête de lit, un autre des planches de ser­vice et il y a aus­si des gens de Saint-Hen­ri qui ont ache­té de mes pro­duits », ajoute-t-il.

Il compte conti­nuer dans cette lan­cée pour les pro­chaines an­nées, ayant dé­cou­vert une vé­ri­table pas­sion pour l’ébé­nis­te­rie.

(Pho­to: TC Me­dia – Pa­trick Si­cotte)

Avant au­jourd'hui, l'ébé­nis­te­rie n'était qu'un hob­by pour Shaun Faw­cett, main­te­nant c'est une vé­ri­table pas­sion.

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