Un co­mi­té pour contrer les pu­naises de lit

La Voix Pop - - ACTUALITÉS - JUSTINE GRAVEL justine.gravel@tc.tc

Dé­si­rant amé­lio­rer la si­tua­tion des per­sonnes aux prises avec des pu­naises de lit, une ré­si­dente de Ville-Émard a sug­gé­ré aux élus de l’ar­ron­dis­se­ment du Sud-Ouest de créer un co­mi­té qui réuni­rait des gens ayant vé­cu le même pro­blème afin de par­ta­ger des as­tuces pour se dé­bar­ras­ser de cet in­secte.

Lors­qu’Aline a em­mé­na­gé dans son nou­vel ap­par­te­ment de la rue Sainte-Mar­gue­rite dans Saint-Hen­ri, elle ne se dou­tait pas que ce qu’elle consi­dère comme « la pire ex­pé­rience de sa vie » l’at­ten­dait: des pu­naises de lit. Dé­plo­rant le manque de ser­vices of­ferts aux gens aux prises avec ce pro­blème, elle sou­haite que la si­tua­tion change et que per­sonne n’ait à vivre l’en­fer qu’elle a vé­cu ces der­niers mois.

« C’était dé­but juillet. J’étais as­sise sur mon so­fa et tout d’un coup ça a com­men­cé à me pi­quer. Puis, ça a com­men­cé à brû­ler aus­si. Je me grat­tais et ça en­flait », se rap­pelle-t-elle.

Ses pieds ont tel­le­ment gon­flé à force de dé­man­ger qu’elle n’était plus ca­pable de se chaus­ser. Comme son lit a vite été conta­mi­né, elle a été contrainte de dor­mir sur une chaise pliante dans sa cui­sine, la lu­mière ou­verte, sa­chant que l’éclai­rage avait un ef­fet ré­pul­sif.

Un ex­ter­mi­na­teur a trai­té l’ap­par­te­ment en juillet sans même de­man­der à Aline de quit­ter les lieux. Le pro­blème n’a pas été ré­glé. Un deuxième trai­te­ment a été né­ces­saire le mois sui­vant, sans plus de suc­cès.

« Cinq ap­par­te­ments étaient conta­mi­nés, donc il a seule­ment dés­in­fec­té ceux-là. Le pro­prié­taire ne vou­lait pas dés­in­fec­ter tout l’im­meuble. Mais, il au­rait dû parce qu’à la fin sep­tembre, les pu­naises étaient re­ve­nues », rap­porte Aline.

Elle s’est fi­na­le­ment ré­si­gnée à quit­ter son lo­ge­ment à l’au­tomne pour em­mé­na­ger dans à Ville-Émard.

CAM­PAGNE D’IN­FOR­MA­TION

L’idée de créer un co­mi­té est un pas dans la bonne di­rec­tion se­lon Ha­rold Lea­vey, ex­pert en ges­tion pa­ra­si­taire. Il croit que le pre­mier geste à po­ser pour amé­lio­rer la si­tua­tion se­rait de lan­cer une cam­pagne d’in­for­ma­tions grand pu­blic.

«Il n’y a pas de so­lu­tion au pro­blème des pu­naises de lit. On peut seule­ment mieux le contrô­ler. Les gens doivent com­prendre l’im­por­tance d’agir ra­pi­de­ment et de faire af­faire avec un ges­tion­naire de pa­ra­site qua­li­fié», men­tionne-t-il.

Pour l’ex­pert, qui forme éga­le­ment des ins­pec­teurs à la Ville de Mont­réal, les ser­vices of­ferts par la ville-centre sont bons, mais in­suf­fi­sants pour un pro­blème d’une telle am­pleur.

RÉ­GLE­MEN­TA­TION

Un rè­gle­ment sur la sa­lu­bri­té en­cadre la pro­blé­ma­tique des pu­naises de lit. Dans le cas d’im­meuble à lo­ge­ments, les pro­prié­taires doivent trai­ter avec un ex­ter­mi­na­teur de leur choix, à leurs frais.

«La Ville ne se pro­nonce pas quant au ni­veau de qua­li­fi­ca­tion des ges­tion­naires de pa­ra­sites. Seule l’uti­li­sa­tion des pro­duits d’ex­ter­mi­na­tion est nor­mée dans l’in­dus­trie », re­late Jules Cham­ber­land-La­joie, re­la­tion­niste à la Ville de Mont­réal.

Mais les pro­prié­taires ne font pas tou­jours af­faire avec des spé­cia­listes. « Ils cherchent sou­vent à trou­ver le meilleur prix. Ce n’est pas nor­mal que cer­tains ex­ter­mi­na­teurs de­mandent 600 $ et d’autres 75 $ », sou­ligne Ha­rold Lea­vey.

Si les pro­duits ou le trai­te­ment sont in­adé­quats, les pu­naises se mul­ti­plient. « Plus on leur fait la vie dure, plus elles vivent long­temps, ajoute l’ex­pert. Elles vont se ré­fu­gier dans les murs et ça de­vient ra­pi­de­ment un en­fer ».

Se­lon lui, la Ville de­vrait se do­ter d’ins­pec­teurs spé­cia­li­sés en san­té pu­blique, plu­tôt que d’ins­pec­teurs mul­ti­tâches, afin d’as­su­rer un meilleur contrôle du pro­blème.

Le maire du Sud-Ouest, Be­noit Do­rais, avait dé­cla­ré lors du pas­sage d’Aline en con­seil qu’il était ou­vert à la ren­con­trer pour dis­cu­ter d’un pro­jet pi­lote de co­mi­té. Tou­te­fois au­cune ren­contre n’a en­core eu lieu. Que faire en cas de pu­naises de lit ?

- Si vous êtes lo­ca­taire, aver­tis­sez im­mé­dia­te­ment votre pro­prié­taire. Il a la res­pon­sa­bi­li­té de faire ap­pel ra­pi­de­ment à des ges­tion­naires de pa­ra­sites qua­li­fiés dé­te­nant un per­mis du mi­nis­tère de l’En­vi­ron­ne­ment

- Ne ten­tez sur­tout pas de ré­gler le pro­blème vous-même. Uti­li­ser des pro­duits in­adé­quats ne fait qu’em­pi­rer la si­tua­tion et peut nuire à votre san­té

- Pré­pa­rer le lo­ge­ment en pré­vi­sion du trai­te­ment en le main­te­nant propre et désen­com­bré

- Louez des ma­chines à va­peur pour net­toyer tous les meubles. Les pu­naises de lit se cachent aus­si dans les in­ter­rup­teurs et les plaques élec­triques. Il n’est pas né­ces­saire de se dé­par­tir de vos meubles, sauf si l’ex­ter­mi­na­teur vous le conseille - Vi­dez les ti­roirs des com­modes et les pla­cards et met­tez tous les vê­te­ments et la li­te­rie au cycle le plus chaud de la sé­cheuse pen­dant au moins 30 mi­nutes. Il est im­por­tant de ne pas les étendre dans la buan­de­rie avant de les avoir fait sé­cher

- Met­tez en­suite le tout dans des sacs de plas­tique scel­lés jus­qu’à la fin des trai­te­ments.

- L’hi­ver, lorsque la tem­pé­ra­ture at­teint – 10 °C, pla­cez les sacs à l’ex­té­rieur pen­dant deux jours ou plus. Vous pou­vez faire de même avec votre ma­te­las, le froid tue les pu­naises.

SAN­TÉ PU­BLIQUE.

(Pho­to : TC Me­dia – Ar­chives)

Plus de 5000 mé­nages ont été in­fec­tés par des pu­naises de lit au cours de l’an­née 2017. Ce chiffre ex­clut tou­te­fois ceux n’ayant pas eu re­cours aux ser­vices de la Ville de Mont­réal.

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