À la rue en plein hi­ver

La Voix Pop - - ACTUALITÉS - JUS­TINE GRA­VEL jus­tine.gra­vel@tc.tc

LO­GE­MENT. For­cés de quit­ter leur lo­ge­ment ju­gé in­sa­lubre et non-sé­cu­ri­taire par la Ville de Mon­tréal, une quin­zaine de ré­si­dents de deux im­meubles si­tués sur les rues du Centre et Châ­teau­guay dans Pointe-Saint-Charles pour­raient se re­trou­ver sans toit dès le 22 fé­vrier.

Les pre­mières ten­ta­tives des ac­teurs du mi­lieu pour pro­lon­ger le dé­lai de trois se­maines ac­cor­dé par l’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale pour la re­lo­ca­li­sa­tion se sont avé­ré in­fruc­tueuses, mais ils conti­nuent de tra­vailler en ce sens.

La table de concer­ta­tion Ac­tion-Gar­dien, les or­ga­nismes com­mu­nau­taires du quar­tier et l’Of­fice mu­ni­ci­pal d’ha­bi­ta­tion de Mon­tréal (OMHM) sont una­nimes sur le fait que trou­ver un autre lo­ge­ment dans le quar­tier à seule­ment trois se­maines de pré­avis re­lève de l’im­pos­sible.

Ils tra­vaillent fort de­puis le 31 jan­vier pour trou­ver un nou­veau lo­ge­ment aux per­sonnes qui se­ront éva­cuées. Mais, pour le mo­ment, neuf per­sonnes sont in­joi­gnables et seule­ment quatre lo­ca­taires ont été re­lo­ca­li­sés.

Si la ville-centre as­sure que ceux qui n’au­ront pas en­core trou­vé pour­ront être hé­ber­gés tem­po­rai­re­ment, Has­san El As­ri, or­ga­ni­sa­teur com­mu­nau­taire au Re­grou­pe­ment In­for­ma­tion Lo­ge­ment de Pointe-Saint-Charles, n’en est pas aus­si sûr.

« Il y a trop d’at­tente sur la liste de l’OMHM. Nous sommes dans un quar­tier où beau­coup de per­sonnes sont vul­né­rables. Les ré­si­dents se­ront contraints de dé­mé­na­ger très loin de leur quar­tier », ex­plique-t-il.

Mal­gré la si­tua­tion pré­caire des ré­si­dents, la Ville main­tient sa po­si­tion et ils de­vront quit­ter les lieux au plus tard le 22 fé­vrier. « Le pro­blème avec ce bâ­ti­ment en par­ti­cu­lier est qu’il pré­sente des pro­blèmes graves pour la san­té et la sé­cu­ri­té des lo­ca­taires, d’où le fait que ça s’est fait de ma­nière pré­ci­pi­tée », a ex­pli­qué la vice-pré­si­dente du co­mi­té exé­cu­tif, Mag­da Po­pea­nu, lors du con­seil mu­ni­ci­pal du 19 fé­vrier.

« Suite au con­seil de ville où on n’a pas eu toutes les ré­ponses es­pé­rées, nous avons en­voyé une lettre à la di­rec­tion de l’ha­bi­ta­tion de la Ville de Mon­tréal et à Mme Po­pea­nu pour de­man­der une pro­lon­ga­tion du dé­lai », ex­plique Cé­dric Glo­rio­so-De­raiche, res­pon­sable des dos­siers d’amé­na­ge­ment chez Ac­tion-Gar­dien.

La cli­nique com­mu­nau­taire de Pointe-Saint-Charles a éga­le­ment pu­blié une lettre dé­mon­trant les pro­blèmes de san­té qu’un dé­mé­na­ge­ment dans ces cir­cons­tances pour­rait oc­ca­sion­ner.

PRO­BLÈME CONNU

Les deux im­meubles pré­sentent plu­sieurs non-confor­mi­tés, no­tam­ment en ce qui a trait aux is­sues de se­cours, à la struc­ture du bâ­ti­ment et au sys­tème élec­trique. La plus ré­cente ins­pec­tion, da­tant de dé­cembre, re­cense éga­le­ment la pré­sence de ver­mines et de ron­geurs en plus de traces d’in­fil­tra­tion d’eau et de moi­sis­sures.

La Ville de Mon­tréal a en­tre­pris ses pre­mières dé­marches avec le pro­prié­taire des deux im­meubles en 2010, an­née de la toute pre­mière ins­pec­tion. À ce mo­ment, les pro­blé­ma­tiques de non-confor­mi­tés étaient liées à des ques­tions d’en­tre­tien et de sa­lu­bri­té, mais rien n’a été fait pour y re­mé­dier.

Tou­te­fois, ni les lo­ca­taires, ni les or­ga­nismes du mi­lieu n’ont été aver­tis avant le 2 fé­vrier de cette an­née.

RE­FUS DE QUIT­TER

À quelques jours de la date bu­toir, cer­tains lo­ca­taires croyaient en­core en la pos­si­bi­li­té que la Ville change d’idée à pro­pos de l’éva­cua­tion. « [Les or­ga­nismes com­mu­nau­taires] vont ar­ran­ger les choses avec la Ville et nous pour­rons en­core res­ter ici 10 ans », sou­li­gnait un ré­sident ren­con­tré par TC Me­dia lun­di, pré­ci­sant qu’il re­fu­sait de s’en al­ler.

En en­tre­vue avec d’autres mé­dias, des lo­ca­taires étaient aus­si ca­té­go­riques sur le fait qu’ils ne comp­taient pas quit­ter les lieux, no­tam­ment en rai­son du faible coût du loyer. C’est le cas de Sa­mi­na Sa­boo­hi, ré­si­dente du bloc de la rue Centre de­puis 22 ans et qui paie en­vi­ron 500 $ pour son 4 et de­mi.

Pour sa voi­sine, Giu­lia Gior­gi, qui paie son loyer 600 $ pour un 5 et de­mi, c’est tout sim­ple­ment im­pos­sible de trou­ver un en­droit à un prix aus­si bas.

(Pho­to : TC Me­dia – Jus­tine Gra­vel)

Même si les or­ga­nismes du quar­tier se ré­jouissent que la Ville agisse sur les cas d’in­sa­lu­bri­té, ils dé­plorent le court dé­lai ac­cor­dé aux 19 ré­si­dents pour se re­lo­ca­li­ser.

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