Gaz de schiste dans d’au­tray

UPA, en­vi­ron­ne­men­ta­listes et ex­perts se pro­noncent

L'Action D'Autray - - ACTUALITÉS - Isa­belle Pa­du­la

Les in­quié­tudes et les ques­tion­ne­ments sont de di­vers ordres et nous en­ten­dons toutes sortes d’af­fir­ma­tions sur le fo­rage et l’ex­ploi­ta­tion de puits au Qué­bec. Qu’en est-il de la si­tua­tion dans la ré­gion d’Au­tray ? Pour éclair­cir la si­tua­tion, Gil­bert Ni­cole, di­rec­teur gé­né­ral et se­cré­taire de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles (UPA) de La­nau­dière, Odette Sar­ra­zin du Co­mi­té de vi­gi­lance gaz de schiste (CGVS) La­nau­dière, Gilles Cô­té, di­rec­teur du Conseil ré­gio­nal de l’en­vi­ron­ne­ment de La­nau­dière (CREL), Ju­lien Ro­sa-Fran­coeur, porte-pa­role du CGVS de Saint-Sul­pice, ain­si que Marc Brul­le­mans, co­or­don­na­teur de la rive nord du re­grou­pe­ment in­ter­ré­gio­nal de la val­lée du St-Laurent, ont ac­cep­té de se pro­non­cer sur ce su­jet en­vi­ron­ne­men­tal de l’heure.

Une va­rié­té de puits

Marc Brul­le­mans avance que la ré­gion d’Au­tray n’est pas de prime abord in­té­res­sante pour le gaz de schiste vu l’épais­seur des roches sé­di­men­taires. « Mais leur si­tua­tion peu pro­fonde, la ma­tu­ri­té du ké­ro­gène pré­sent et la proxi­mi­té des ga­zo­ducs font en sorte que les mu­ni­ci­pa­li­tés ri­ve­raines au fleuve peuvent se ré­vé­ler in­té­res­santes pour une ga­zière ou une pé­tro­lière, en l’oc­cur­rence ici Ju­nex. » ajoute-t-il. Gilles Cô­té rap­pelle que tout le ter­ri­toire a dé­jà été « clai­mé » par l’in­dus­trie du gaz même si au­cun fo­rage spé­ci­fi­que­ment dé­dié à l’ex­plo­ra­tion ou à l’ex­ploi­ta­tion du gaz de schiste n’a en­core été réa­li­sé dans La­nau­dière. Pre­nant à titre d’exemple la mu­ni­ci­pa­li­té de Saint-Cu­th­bert, il avance qu’il pour­rait y avoir ex­ploi­ta­tion de gaz de schiste dans cette ré­gion puisque la mu­ni­ci­pa­li­té est si­tuée à la li­mite nord du bassin de gaz de schiste si­tué sous la plaine du Saint-Laurent.

Une mul­ti­pli­ca­tion des risques

Cer­taines mu­ni­ci­pa­li­tés de la ré­gion ayant dé­jà plu­sieurs puits fo­rés sur leur ter­ri­toire, est-ce in­quié­tant ? Pour Ju­lien Ro­sa-Fran­coeur, l’as­pect le plus me­na­çant de ces puits dé­jà fo­rés, n’est pas leur nombre mais bien l’ab­sence de sui­vi. « Ces puits ont-ils été col­ma­tés adé­qua­te­ment? Com­bien d’entre eux ont des fuites? Sont-ils bien lo­ca­li­sés? » Odette Sar­ra­zin sou­lève éga­le­ment que plus il y a de puits fo­rés plus les risques de conta­mi­na­tion de l’eau est grande.

Des agri­cul­teurs in­quiets

Les agri­cul­teurs ont plu­sieurs pré­oc­cu­pa­tions sur le su­jet confirme Gil­bert Ni­cole. « Suis-je maître chez-moi ? Une com­pa­gnie peut-elle fo­rer sans mon consen­te­ment ? Qu’en se­ra-t-il du bruit, de la pous­sière, de la cir­cu­la­tion des vé­hi­cules lourds et de la dé­té­rio­ra­tion des pay­sages ? Quelles com­pen­sa­tions me se­ront ver­sées si j’ai un puits chez moi ? La qua­li­té et la quan­ti­té d’eau po­table se­ront-t-elles af­fec­tées ? » sont les ques­tions les plus fré­quem­ment po­sées. L’UPA a adop­té une ré­so­lu­tion en 2011 qui em­prunte la ligne di­rec­trice sui­vante: ne pas al­ler de l’avant dans le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie, tant et aus­si long­temps qu’il n’au­ra pas été cer­ti­fié par une dé­marche in­dé­pen­dante que les ef­fets liés à ce dé­ve­lop­pe­ment sont ac­cep­tables sur le plan en­vi­ron­ne­men­tal et so­cial.

Des im­pacts né­fastes

Pour Gilles Cô­té, les im­pacts de fo­rage, ex­plo­ra­tion et ex­ploi­ta­tion sont mul­tiples. « Il me semble évident que les puits fo­rés dans le but d’ex­plo­rer ou d’ex­ploi­ter les gaz de schiste sont de na­ture à faire bais­ser la va­leur des mai­sons et des pro­prié­tés dans le voi­si­nage. Les im­pacts po­ten­tiels sur l’eau sont de conta­mi­ner les nappes d’eau sou­ter­raine et l’eau de sur­face si les re­jets d’eau conta­mi­née par les opé­ra­tions sont in­adé­qua­te­ment trai­tés. Se­lon moi, à court terme, le plus clair des im­pacts est de l’ordre des nui­sances tels bruits in­tenses et conti­nus et ca­mion­nage in­ces­sant. À long terme, les fuites de mé­thane ré­si­duel dû à la frag­men­ta­tion ren­dront les an­ciens puits pol­luants lo­ca­le­ment et glo­ba­le­ment. »

Des pro­prié­taires igno­rants

Est-ce que les puits pré­sents dans d’Au­tray ont été fo­rés à l’in­su des pro­prié­taires ? Odette Sar­ra­zin ex­plique que les com­pa­gnies ga­zières et pé­tro­lières de­mandent do­ré­na­vant des droits de pas­sage via un contrat si­gné sous le sceau de la confi­den­tia­li­té suite à un dé­cret adop­té en 2011. Au­pa­ra­vant, au­cun pa­lier po­li­tique ne connais­sait les en­tentes si­gnées entre la com­pa­gnie et les pro­prié­taires. Ju­lien Ro­sa-Fran­coeur est plu­tôt pré­oc­cu­pé par le bon nombre de pro­prié­taires ac­tuels qui ignorent l’exis­tence ac­tuelle d’un puits sur leur pro­prié­té.

Pho­to gra­cieu­se­té

Les Amis de l’en­vi­ron­ne­ment de Bran­don est un re­grou­pe­ment en lien étroit avec les co­mi­tés de vi­gi­lance de gaz de schiste dans La­nau­dière.

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