« Ou­trée » et « dé­çue » de la sen­tence im­po­sée au chauf­fard qui a fau­ché la vie de son ma­ri

L'Action D'Autray - - ACTUALITÉS - GE­NE­VIÈVE GEOF­FROY

« Je suis dé­çue et ou­trée parce que je sais que ce n’est pas 54 mois qu’il va faire en rai­son d’une li­bé­ra­tion condi­tion­nelle pos­sible », af­firme Isa­belle Si­rois, 55 ans.

La po­li­cière au Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal, ac­tuel­le­ment en ar­rêt de tra­vail, es­time que la sen­tence im­po­sée à Pierre Durand, 63 ans de La­val­trie, pour avoir pris la vie de son ma­ri, Marc Du­lude, est « ri­di­cule » et « n’a pas de bon sens ».

BIÈRE ET AL­COOL FORT

Le 6 mars 2015, Pierre Durand, a bu de l’al­cool fort et de la bière à son tra­vail.

Il a pris le vo­lant de son Ford Ran­ger gris sous l’ef­fet de l’al­cool et, vers 16 h 30, il a frap­pé avec sa ca­mion­nette Marc Du­lude qui mar­chait le long de la route 138 à La­no­raie.

Sous la force de l’im­pact, Marc Du­lude a été pro­je­té dans le fos­sé et il est dé­cé­dé presque im­mé­dia­te­ment.

Alors âgé de 51 ans, Marc Du­lude avait pris sa re­traite du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal six mois plus tôt et il avait pris l’ha­bi­tude de sor­tir se pro­me­ner à pied plu­sieurs fois par se­maine pour se mettre en forme.

INSENSÉ

Pour Isa­belle Si­rois, il est insensé que son ma­ri soit dé­cé­dé de cette fa­çon.

«Je ter­mi­nais mon quart de tra­vail quand mes col­lègues m’ont dit de ve­nir avec eux dans le lo­cal près de mon bu­reau. Ils m’ont dit que mon ma­ri était dé­cé­dé. Je leur ai dit : « Ça ne se peut pas, a-t-elle té­moi­gné dans une lettre lue de­vant le tri­bu­nal. Ça fait six mois qu’il est re­trai­té, qu’il a ris­qué sa vie 30 ans dans la po­lice et que tout ce qu’il fait, c’est de prendre des marches. Ce n’est pas dan­ge­reux prendre une marche ».

PLUS DU DOUBLE

Ar­rê­té presque aus­si­tôt, des ana­lyses d’ha­leine réa­li­sées après le drame ont mon­tré que Pierre Durand avait un taux d’al­coo­lé­mie de 187 mg/100 ml de sang, soit 107 mg/100 ml de plus que la li­mite per­mise.

In­ter­ro­gé par un po­li­cier, il a dit avoir été ébloui par le so­leil et n’avoir ja­mais vu Marc Du­lude mar­cher sur le bord de la route. Une re­cons­ti­tu­tion de la scène a per­mis de conclure qu’au­cun autre fac­teur que le fac­teur hu­main n’est à con­si­dé­rer dans cette col­li­sion.

«Vous êtes le seul res­pon­sable. Vous avez dé­ci­dé de prendre de l’al­cool et de conduire », a adres­sé le juge Fran­çois Lan­dry à Pierre Durand avant de l’en­voyer au pé­ni­ten­cier.

DÉ­ÇUE

Au sor­tir de la salle de cour, après le pro­non­cé de la sen­tence, im­pos­sible pour Isa­belle Si­rois de res­sen­tir le moindre sou­la­ge­ment tel­le­ment elle se di­sait dé­çue. La salle était pour­tant bon­dée d’amis, de membres de la fa­mille et de col­lègues de tra­vail pré­sents pour la sou­te­nir.

Son fils, Fran­çois Du­lude, af­fir­mait lui aus­si être « un peu en co­lère » parce qu’il croit que « la peine est lé­gère par rap­port à sa gra­vi­té ».

DÉ­LAIS JU­GÉS TROP LONGS

Tous les deux en ont sur­tout après le dé­lai de 27 mois sé­pa­rant le drame de ce­lui de la sen­tence du fau­tif.

« C’est ça qui a été le plus dif­fi­cile, at­tendre après les re­ports », nous a confié Fran­çois Du­lude.

« On at­tend cinq mi­nutes au comp­toir des viandes froides à l’épi­ce­rie pour se faire ser­vir et on trouve ça long. Ima­gi­nez avoir at­ten­du [plus de deux ans]», a no­tam­ment illus­tré Isa­belle Si­rois, dans sa lettre lue de­vant le tri­bu­nal.

Se­lon elle, le sys­tème de jus­tice n’est pas du tout adap­té aux fa­milles en­deuillées des vic­times.

JUS­TICE. Une po­li­cière dit avoir re­çu comme un « coup de ca­non dans le ventre » le 6 mars 2015 quand son ma­ri est mort presque sur le coup après avoir été per­cu­té par un chauf­feur ivre, à La­no­raie. La dou­leur, dit-elle, est tou­jours aus­si vive et la sen­tence de 54 mois im­po­sée au conduc­teur, le 20 juin, n’apaise en rien sa peine, mais at­tise plu­tôt son sen­ti­ment d’in­jus­tice.

AP­POR­TER SON AIDE

Quand elle se­ra prête à re­tour­ner tra­vailler, Isa­belle Si­rois ai­me­rait agir pour les vic­times d’actes cri­mi­nels.

«Je sens que j’ai en­core quelque chose à faire là-de­dans », in­dique-t-elle.

Elle nous a confié qu’elle a dé­jà fait des de­mandes à ses su­pé­rieurs du Ser­vice de po­lice de la Ville de Mon­tréal pour l’amé­lio­ra­tion des me­sures d’aides aux vic­times.

Elle ai­me­rait aus­si s’im­pli­quer au­près de MADD (Mères contre l’al­cool au vo­lant) afin d’ap­por­ter son sou­tien à des proches de vic­times de l’al­cool au vo­lant comme l’a été son ma­ri.

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