Ne pas dé­con­cen­trer les chiens-guides

L'Action - - ACTUALITÉS - MÉ­LIS­SA BLOUIN

Tou­te­fois, Mme Di­gnard garde une cer­taine an­xié­té avant d’ef­fec­tuer des sor­ties, car elle trouve dif­fi­cile de com­po­ser avec la mé­con­nais­sance des gens face à Yo­na. « Les gens veulent tou­jours flat­ter les chiens-guides, alors qu’il faut les igno­rer. Quand ils re­çoivent de l’at­ten­tion, ils sont heu­reux, mais perdent leur concen­tra­tion. À la mai­son ils ont tout l’amour dont ils ont be­soin, mais s’ils nous suivent lors de nos sor­ties, c’est parce que nous avons be­soin d’eux et ils doivent res­ter fo­ca­li­sés sur leur tra­vail.»

Mme Di­gnard peut se faire in­ter­cep­ter une di­zaine de fois lors de ses sor­ties et même s’il est écrit «ne pas flat­ter» sur le dos­sard de Yo­na, c’est gé­né­ra­le­ment la pre­mière chose que les gens font. «Sou­vent, ils ne me re­gardent même pas, ils vont di­rec­te­ment vers mon chien. Quand je vais ma­ga­si­ner avec une de mes amies, qui a aus­si un chien-guide, nous sommes comme une at­trac­tion, on nous pointe constam­ment du doigt.»

Mal­gré tout, elle n’en veut pas aux gens, car elle sait que ce­la part d’un geste du coeur. Elle prend le temps de dis­cu­ter avec eux et d’ex­pli­quer sa si­tua­tion. «Quand on a un chien-guide, on de­vient comme un porte-pa­role de la cause. C’est im­por­tant de sen­si­bi­li­ser les gens, de leur ex­pli­quer que notre chien forme une équipe avec nous. »

Par­fois, elle se fait même un plai­sir d’ou­tiller les gens qui ont des en­fants avec des be­soins par­ti­cu­liers vers cette res­source in­es­ti­mable. Elle men­tionne que les chiens-guides sont là pour res­ter et qu’ils se­ront de plus en plus nom­breux au fils des an­nées, puis­qu’ils sont main­te­nant uti­li­sés pour ai­der des gens dia­bé­tiques, épi­lep­tiques ou souf­frants de ma­la­dies men­tales, d’où l’im­por­tance de cette sen­si­bi­li­sa­tion.

Comme son han­di­cap est in­vi­sible, l’in­com­pré­hen­sion des gens est en­core plus grande et elle res­sent constam­ment le be­soin d’ex­pli­quer sa si­tua­tion. « Il n’y a pas de meilleurs ou de pires han­di­caps. Quand on a un chien-guide, c’est parce qu’il y a une bonne rai­son, alors il faut que les gens soient plus to­lé­rants», a ajou­té la La­nau­doise.

Un soir, alors qu’elle était au ci­né­ma, quel­qu’un lui a dit que ce n’était pas une place pour un chien. « Mal­heu­reu­se­ment, il y a en­core ce type de per­son­na­li­tés, alors qu’on de­vrait vivre dans une so­cié­té où

TÉ­MOI­GNAGE. En jan­vier 2014, la vie de Ma­non Di­gnard a com­plè­te­ment bas­cu­lé alors qu’elle est de­ve­nue mal­en­ten­dante. Sa qua­li­té de vie en a été af­fec­tée, mais l’an­née der­nière, l’ar­ri­vée de son chien-guide, Yo­na, a tout chan­gé. «Je ne pour­rais plus m’en pas­ser. Ce qu’elle m’ap­porte est ex­tra­or­di­naire, elle a amé­lio­ré ma qua­li­té de vie de 100 % et est de­ve­nue une ex­ten­sion de moi-même.»

il y a une ac­cep­ta­tion de la dif­fé­rence. » Elle ra­conte éga­le­ment qu’il y a un grand ma­laise lors­qu’elle se rend dans des res­tau­rants plus chics et qu’on lui pro­pose par­fois des tables un peu à l’écart.

«Les res­tau­rants ne peuvent pas me re­fu­ser l’en­trée, tou­te­fois nous avons des obli­ga­tions en ayant un chien-guide. Il doit être propre, ne doit pas aboyer, gro­gner ou déranger. Par exemple, je n’ac­cep­te­rai pas que mon chien soit cou­ché de tout son long et que la ser­veuse doive l’en­jam­ber. J’ai une res­pon­sa­bi­li­té et un code éthique à res­pec­ter et je le fais, mais en échange je m’at­tends à ce que la po­pu­la­tion soit res­pec­tueuse.»

Mme Di­gnard est agente cor­rec­tion­nelle de­puis près de 20 ans et même à son tra­vail, qui est ré­gi par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, ce­la a été un gros com­bat pour pou­voir faire en­trer Yo­na et il n’est pas en­core ga­gné. «Mon chien ne met pas la sé­cu­ri­té de l’éta­blis­se­ment en dan­ger, au contraire, elle apaise et di­mi­nue l’an­xié­té de tout le monde. Les dé­te­nus savent qu’ils ne doivent pas la tou­cher ou lui par­ler, avec eux c’est su­per fa­cile!»

Elle men­tionne que les droits ca­na­diens lui ont confir­mé qu’elle avait rai­son de se battre et qu’elle va conti­nuer de le faire. Ce­la lui fait tou­te­fois vivre beau­coup d’an­xié­té et mine sa san­té. «Nous n’avons pas à vivre ce­la et sur­tout pas au gou­ver­ne­ment, ça de­vrait être re­pré­sen­ta­tif.»

(Pho­to TC Me­dia- Mé­lis­sa Blouin)

Ma­non Di­gnard et Yo­na forment une belle équipe.

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